Carnets de vie de Elle S.Claës

27 août 2009

Nouveau nouveau musée de l’Acropole

Entrée du Nouveau nouveau musée de l'Acropole ouvert en 2009 à Athènes. Photo E.S.Claës.

Entrée du Nouveau nouveau musée de l'Acropole ouvert en 2009 à Athènes. Photo E.S.Claës.

En grande pompe, les Grecs et leur ministre de la Culture, Antonis Samaras, ont ouvert le Nouveau nouveau musée de l’Acropole cet été à Athènes.

Ultra moderne comme il se doit, poli et bien élevé sur trois niveaux, haut de 23 mètres, répandu sur 15.000 m2, le musée se visite néanmoins avec peine.

D’accord d’accord, il y a au moins 350 vestiges et sculptures de l’Acropole, d’accord il y a de magnifiques bas reliefs, des céramiques, des sculptures antiques et des pièces rares provenant des lieux de culte alentour, certes il y a les cinq émouvantes Cariatides du temple d’Erexthion, et il y a bien entendu une vue époustouflante… mais ça ne fonctionne pas.

Pire, cela gêne.

La visite du Nouveau nouveau musée de l’Acropole laisse une impression bizarre.

Vue du 2ème étage du nouveau nouveau musée. 2009, photo de E.S.Claës.

Vue du 2ème étage du nouveau nouveau musée. 2009, photo de E.S.Claës.

Pour peu que vous ayez visité la Grèce, ses villes, discuté avec ses habitants, on se demande bien l’intérêt réel de ce stupéfiant édifice mal rempli où vous n’avez pas le droit de prendre des photos même sans flash (quand vous pouvez le faire dans tout le pays).

On aime néanmoins la gestion étonnante de la lumière, le travail de l’architecte franco-suisse Bernard Tschumi. À la limite. Mais enfin, on est conscient de l’argent investi, des batailles juridiques, des négociations laborieuses, des choix cornéliens et des oui-mais politiciens…

On est surtout conscient de la santé fragile de la Grèce, ce qui rend la visite du musée franchement saumâtre…

Gorgonne du nouveau nouveau musée, 6ème siècle avant J.-C. Photo E.S.Claës (mais il faut pas le dire passque les photos sont interdites).

Gorgonne du nouveau nouveau musée, 6ème siècle avant J.-C. Photo E.S.Claës (mais il faut pas le dire passque les photos sont interdites).

La Grèce tire la langue.

Entre tendances mafieuses et églises orthodoxes traquant les shorts, entre dette publique et invasions d’immigrés*, entre millions de touristes dépersonnalisants et émeutes passées, le monde politique grec dispute des élections présidentielles anticipées pour mars 2010 et s’accroche à ses vestiges.

La Grèce construit le nouveau nouveau musée et laisse s’effondrer ses jolies maisons anciennes. La réalité est que la Grèce actuelle ressemble à la Chine. La Grèce de 2009 détruit ce qui est ancien, à part ses ruines qu’elle conserve comme une chienne protège ses petits.

À l’image du monde actuel, elle tabula-rase tout pour construire à neuf dans une frénésie commerciale et identitaire.

Béton grec 2009, photos E.S.Claës.

Béton grec 2009, photos E.S.Claës.

Les Grecs cassent, renient, attirent et rabattent le touriste qu’ils traitent avec un mépris déclaré, en dehors bien entendu des hôtels de luxe et des clubs de vacances, bien entendu bien entendu.

Poissons chinois dans l'eau grecque, Photo E.S.Claës.

Poissons chinois dans l'eau grecque, Photo E.S.Claës.

Partout se bétonnent les littoraux, se transforment les bords de route en décharge à ciel ouvert, partout les entrepreneurs grecs abattent pour reconstruire d’impersonnels immeubles à la chinoise, avec crépi et tout et tout…

La plage est là, à 10 mètres, Athènes 2009. Photo E.S.Claës.

La plage est là, à 10 mètres, Athènes 2009. Photo E.S.Claës.

MAIS ! ils ont un tout nouveau nouveau musée, trop grand, qui porte haut l’étendard et véhicule un ton revanchard.

Pointant du doigt les Anglais, ces voleurs qui ne rendent pas la frise de l’Acropole, les Grecs injectent des centaines de millions dans le musée tandis que le pays perd ce qui restait de son patrimoine post Antiquité.

Maisons de Grèce adorables et agonisantes, partout, 2009, photos E.S.Claës.

Maisons de Grèce adorables et agonisantes, partout, 2009, photos E.S.Claës.

Drôle de pays.

Drôle de période.

Les Grecs ne sont pas sortis de l’κατοικία.

Ruines du château de Mystra sous le ciel ombrageux de l'été 2009. Photo E.S.Claës

Ruines du château de Mystra sous le ciel ombrageux de l'été 2009. Photo E.S.Claës

* De 250 000 à 2 millions immigrés clandestins sur le territoire grec en 2009 pour 11 millions de Grecs ! Concernant l’explosion de l’immigration : “Si l’Europe pesait de tout son poids, ce serait différent. Mais l’Union ne s’occupe que de ce qui se passe à sa porte. Nos partenaires ne réalisent pas l’ampleur du problème qu’ils vont devoir affronter“, Konstantinos Bitsios, Secrétaire général du ministère de l’intérieur, été 2009 dans l’Express. Europe, ma soeur Europe (en train de scruter les frontières), ne vois-tu rien venir ?

15 novembre 2008

Tirelirerelirelande

Horizon irlandais, photo E. S.Claës

Horizon irlandais, photo E. S.Claës

L’Irlande, connaît pas la crise. Enfin si. Mais non. Malgré un sérieux coup de froid sur sa croissance et la consommation de ses ménages, le moral de l’île flotte assez bien.

Il est surprenant ce pays. Il est nettoyant même. Quelque part, en allant y traîner ses guêtres, on comprend un peu, mieux, pourquoi ses habitants ont dit non à l’Europe. L’ensemble des raisons est flou, il y en a beaucoup il faut dire, mais globalement, en se fiant à son seul nez, pour peu qu’il soit un peu long, ce qui est le cas de votre obligée, quelque chose dans le parfum des irlandais, chimie tranquille, vous fait fermer les yeux… Vous vous demandez alors, un rien perturbé, si vous aussi, à leur place, vous fonceriez dans l’aventure européenne…

Comme le révèle la déjà légendaire expansion irlandaise, l’île fait partie des trois premiers pays de l’Europe dits à croissance élevée[1] et dépasse largement le niveau de prospérité de l’ensemble des pays européens depuis les années 90, et, ce qui ne gâche rien, cette croissance est particulièrement vigoureuse dans les

Irlandais pas pressé d'exporter Coca Cola

Irlandais pas pressés d'exporter Coca Cola

secteurs industriels et en particulier dans l’industrie de la connaissance[2]. En gros, pour simplifier à outrance, les irlandais ont du travail, pas trop de dettes, des idées et tout ça, sans avoir encore les inconvénients de leur phénoménale expansion : marketing à outrance, société de service surdéveloppée, peur bourgeoisante et entretenue de l’avenir, incapacité bienséante à faire la fête, immigration sauvage, atsétéra.

Serein miroitement dublinois

Serein miroitement dublinois

En se promenant à Dublin, le pied attardé sur un revêtement imparfait et détendant, les yeux attirés par quelque curiosité architecturale assumée ou un arbre en fleur dans une banlieue paumée, on réalise combien les irlandais sont tranquilles.

Maison anonyme, banlieu dublinoise

Maison anonyme, banlieue de Dublin

Débonnaires, c’est le mot.

Papis discutanus, espèce rare d'Eire

Papis discutanus, espèce rare mais courante en Eire

Irlandaises admirées des frileuses pour l'éternité

Irlandaises colorées, admirées des frileuses pour l'éternité

Leurs voitures ne sont pas encore équipées d’alarmes, les fêtards continuent de s’envoyer des litres de bière le samedi soir, leur société n’est pas gangrenée par l’angoisse de l’assurance et des garanties, les femmes sont sans nuance dénudées pour aller danser et sont, remarquablement, en plus d’une évidente résistance au froid, laissées absolument tranquilles. En gros, l’Irlande se fout la paix, vous fout la paix, et veille à ce que tout le monde foute la paix : pas un regard jugeant, qu’il soit tout droit venu du moyen âge ou des pruderies musulmanes, qu’il soit mercantile ou angoissé, qu’il soit aseptisé ou tendance, pas un regard en mal d’identité ne vient vous gâcher la soirée.

Travailleur tranquille, quartier commerçant de Dublin

Travailleur tranquille, quartier commerçant de Dublin

Alors bien sûr, si les irlandais se sont enrichis, ne paient pas trop d’impôts et tout le tintouitouin, ils n’ont pas encore développé de façon équilibrée leurs infrastructures type hôpitaux, transport, et consorts[3], certes, mais, même si les irlandais pauvres sont de vrais pauvres, le fait est que ce pays est souriant. On a souvent lu, entendu, répété que l’Irlande devait son exceptionnel développement aux aides européennes données dans les années 70, mouaich, mais quand on s’y intéresse de plus près, on prend surtout une belle leçon de libéralisme intelligent et décomplexé : depuis les années 90, le gouvernement opère une percutante diminution du taux des prélèvements obligatoires sur le travail qui passe de 37% à 19%, une couillue baisse du taux de l’impôt sur les bénéfices des sociétés qui passe de 50% à 12,5%, ce qui a entraîné évidemment le réinvestissement des bénéfices des entreprises et l’augmentation de leur chiffre d’affaires, du nombre d’employés, de l’offre et de la demande… Comment les irlandais pourraient-ils réellement vouloir là tout de suite entrer dans l’Europe alors que leur chômage est de à 4,4%[4] actuellement et que, depuis les années 90, les exportations ont augmenté de 30 à 84 milliards d’euros, le PIB de 80% à 106% de la moyenne de l’Union européenne, bref que là-bas on encourage vigoureusement la prise de risques, l’imagination, l’envie, la vie ?!!

Pub zen typique

Pub zen typique

Naan. L’Irlande n’est pas ingrate, elle est isolée, ce n’est pas tout à fait la même chose. Son essor doit beaucoup à son énergie et son optimisme. Et puis franchement, il ne faut pas oublier que cette petite île est une survivante, on ne la lui fait pas, réalisons que sa population aujourd’hui est encore inférieure à celle d’avant la triste et célèbre famine qui y l’a si durement frappée en 1846…

Architecture dublinoise vivifiante

Architecture dublinoise vivifiante

L’Irlande des années 2000 est en construction, les grues s’élèvent partout, elle ose, elle se retrouve dans les ambiances feutrées des pubs, se passionne pour le Rugby, depuis toujours, et puis les irlandais chantent encore des chansons traditionnelles…

Et ça, si ce n’est pas la preuve irréfutable d’un bien-être et d’un bon sens authentique, c’est quoi ?

Yiha.


[1] Voir le rapport Sapir : il distingue les pays à croissance élevée, ceux à croissance moyenne, ceux à croissance lente et les pays de la cohésion. Sur la période 1982-2002, l’Irlande a même une croissance nettement plus forte que les Etats-Unis.

[2] Source Eurostat. Rajoutons que dans les années 2000, l’Irlande se place en tête de l’UE-15 en nombre de diplômés mathématiques, sciences et mathématiques.

[3] Le ratio entre les dépenses d’éducation et de santé, et le PIB par habitants est inférieur à la moyenne européenne.

[4] Contre 11,7% dans les années 90.

Vagues irlandaises que Rousseau n'eut pas reniées

Vagues irlandaises que Rousseau n'eut pas reniées

16 décembre 2007

Napoléon, on en entendra parler encore longtemps

Parlement de Budapest, photo de Saul Claës
Budapest, Photo de Elle S.Claës

Budapest, capitale d’Europe centrale, est une ville atemporelle. Magnifique comme une âme sage, et malgré l’euphorie du marketing qui emballe ses vitrines, elle s’offre le luxe raffiné de rester paisible. Universelle, elle porte les stigmates de grandes joies et de grandes peines ; supérieure, rien ne semble pouvoir lui manquer de respect. Investie de la même nervosité complexée qui agite actuellement le monde, en plein développement économique elle aussi, Budapest, calme, laisse couler les eaux de son fleuve et se chauffe aux eaux de ses stations thermales. Les flamboiements impérissables de l’éblouissante époque des Habsbourg côtoient ci et là, sans façon, ses façades vieillissantes. De magnifiques bâtisses peintes, vert anis, rose saumon, bleu pâle, safran, se fissurent, tombent en ruine ; réelles, imparfaites, elles viennent vous toucher en plein cœur. Partout des traces du communisme, des blocs de gris, des étoiles rouges dans des magasins d’antiquité, et encore, garées dans un coin, en héritage, de vieilles voitures.

L’étoile rouge du communisme, photo de Saul Claës
Budapest, Photo de Elle S.Claës
L’étoile rouge du communisme, photo de Saul Claës
Budapest, Photo de Elle S.Claës

Le bleu glacial des cieux lumineux, les passages incessants de tramways colorés, les perspectives à perte de vue des infinies avenues de cette incroyable ville sont autant de souvenirs vastes qui élargissent votre âme. Le capitalisme continue d’arriver, on voit son empreinte partout, et, au même moment, à autant d’endroits, on sent que l’humain du coin s’en fout. Au quatrième étage d’un superbe immeuble or, on imagine un échange entre une directrice à l’image de sa ville, flegmatique, au-dessus de la médiocrité des modes, et son jeune assistant, “oui bon, d’accord, met la ta plaque dehors…”

Immeuble de Budapest, photo de Saul Claës
Budapest, Photo de Elle S.Claës
Photo de Saul Claës
Budapest, Photo de Elle S.Claës

Budapest jouit d’un des plus grands réseaux de thermes au monde. C’est un plaisir indéfinissable que de venir se baigner dans ses bains chauds, la nuit, en plein air, le corps immergé dans une eau à 37 degrés, le visage fouetté par le froid hongrois d’une fin d’année. Partout des tourbillons de vapeur s’élèvent, et, parfois, ils vous laissent apercevoir, au gré des vents d’hiver, les étoiles. Oui cette ville incroyable est délicieuse. Elle vous surprend jusque dans ses douches thermales. Il est vrai que d’y croiser Magda, hongroise d’une soixantaine d’années, ancienne secrétaire de direction, qui tour à tour se plaint de sa maigre pension et s’enchante des poèmes d’Attila József, vous laisse un souvenir incomparable. Informée de ma nationalité française, cette respectable dame me fit part de sa persistante admiration pour notre grand homme, Napoléon Bonaparte. Partie dans une description très approximative de quelques unes de ses batailles, Magda, nue, parce que nous étions dans les douches on s’en souvient, et que les hongrois(es) ne s’encombrent manifestement d’aucune pudeur superflue, se coiffait les cheveux et les sourcils. Arrivée au moment crucial de la bataille d’Austerlitz, les yeux débordants d’admiration, cette charmante Magda me tourne soudain le dos pour se coiffer les poils pubiens, qui avaient probablement eu l’outrecuidance de prendre quelques libertés, puis me fait de nouveau face, présentable, pour m’avouer son autre passion : Gilbert Bécaud.

Il est des images comme ça qui resteront à jamais dans notre mémoire.

Haaa Budapest… Vous, dont le raffinement est allé jusqu’à me laisser en cadeau un ami, un français retrouvé là-bas dont vous avez soigné les bleus, avez conquis mon âme.

Surtout ne changez pas trop, mon coeur ne le supporterait pas.

Rue de Budapest, photo de Saul Claës
Budapest, Photo de Elle S.Claës

12 décembre 2007

Haaa les aéroports…

Les aéroports sont un endroit où rien n’est faisable et où tout est possible.

Entre deux mondes, sur le départ, sur le retour, l’on y trouve des humains en fuite, en quête, en panne, en transit.

Certains voyageurs, pris par leur vie, leur actualité, leur voilà, ne voient rien de cet océan de possibilités. Habitués peut-être, occupés toujours, ils ne lèvent pas le nez du journal ou de l’ordinateur portable, assis dans le fond de la formalité. D’autres voyageurs, sensibles au va et vient incessant alentour, ne supportent pas ce carrefour d’alternatives, il les écrase, les intimide, les bouleverse même parfois. Cernés d’exceptionnel, agressés, pressés de partir, ils sont pressés d’arriver. Et puis il y a les voyageurs qui prennent le pouls du monde, ceux qui vont au bout du monde et sont incapables de banaliser cette réalité. Ils voient dans un aéroport un filtre fantastique, un livre ouvert, une invitation, une initiation, un oubli, un appel… L’endroit d’où l’on part, et celui où l’on va, n’a pour eux plus d’importance. Ce qui compte, c’est le mouvement. Autour tout vole. Autour, tout se meut, rien ne reste. Les voyageurs, les avions, dans leur valse, se subtilisent alors aux vagues de Rousseau et se retrouvent dans les contemplations de Victor Hugo.

Pour ces voyageurs là, ceux-ci qui observent toute cette vie, le monde va bien. Il devient. Il grandit. Le quotidien s’investit, il s’évade, se positionne, se règle, s’adapte, travaille. Loin d’être inquiété, il s’élève. Et si ces voyageurs là se débrouillent bien, ils le savent, s’ils se détachent à temps des noms, des raisons, des prétextes, si enfin ils parviennent à tout à fait s’extraire des pourquoi et de leurs comment, le temps de leur passage, alors, il ne leur restera que ce qui compte. Une fois tout en haut, sans nationalité, sans sexe, même si le bagage n’est pas loin, ils auront la tête dans les nuages, des ailes de géant les empêcheront de marcher, et ils deviendront poètes.

Haaaa les aéroports…

Mince alors.

Aéroport, photo de Elle S.Claës
Photo de Saul Claës, nov 07

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