Carnets de vie de Saul Claës

11 février 2008

“La pute à Sarkozy”

En cette fin d’après-midi, à la caisse d’un petit supermarché de la capitale longeant le jardin des Halles, une dame d’une cinquantaine d’années couperosées et gouailleuses interpellait une caissière. Cette dernière, d’à peu près le même âge, d’origine asiatique et d’humeur constante, tout en attrapant d’un geste égal les achats d’une cliente, l’écoutait. Elles se connaissaient visiblement. Sur fond du biiip régulier des machines enregistreuses, la cliente, qui était en train de faire la queue pour une autre caisse et, par le fait de la distance qui la séparait de son interlocutrice, faisait participer le reste du magasin à sa discussion, aborda sans prévenir les terres houleuses de la politique. Partie de la fraîche information que son magasin fermerait désormais après 21h, son discours fut introduit d’un efficace « ha bah hein ! tiens, toi qui a voté Sarko, tu l’as ta France qui travaille plus !! »

Cette entrée en matière eut pour intéressante et immédiate conséquence d’imprimer sur le visage des clients, sans exception, une expression réactive allant de l’agacement blâmant à la satisfaction approbatrice.

Le magasin était coupé en deux.

Suspens.

La dame, l’argot parisien affleurant, le regard moqueur et le nez mutin, maintenant officiellement écoutée par l’ensemble des clients amassés mollement aux caisses, continua sur ce ton et enchaîna les tableaux.

Petite précision amusante, elle persistait à ne s’adresser qu’à la caissière qui persistait à ne l’écouter que distraitement.

Biiip.

Biiip.

Elle déroula le fil de l’actualité sarkozienne, tout y passa ; de l’épisode de Neuilly, fief au cœur de l’info où le « fils téléguidé s’y croit », au discours sur le traité européen « qui nous la met pareil », la dame persiflait sans coup férir, sans manière, et peut-être même sans plaisir. Hautement française, elle commentait, critiquait, régissait, politisait ses courses enfin. Et les clients continuaient, dans un silence approximatif et hétéroclite, de valider d’une grimace plus ou moins sympathisante les sujets ainsi exposés.

Que du commun sous nos latitudes.

Elle rangeait maintenant ses achats, les carottes, les bières, le camembert, les yaourts La laitière.

Sur le point de finir de remplir son cabas, après l’ultime rappel que les caisses de l’Etat sont vides, elle couronna son laïus globalisant de cette clinquante conclusion : l’argent que Sarkozy récupère des français irait « de toutes les manières à sa pute ».

Loin d’être choquée par cet écart de langage, la clientèle, par le même phénomène homogène et spontané de réaction, s’harmonisa cette fois. Accordée, la population du magasin se fendit même d’un léger bourdonnement réconcilié.

Ha, sur ce point, tout le monde était d’accord.

Si ça ne vaut pas un sondage IPSOS, c’est tout de même assez révélateur : Mr Bruni a déconné sur ce coup là. Il faut croire qu’il a montré un visage plus sincère en ayant trouvé et imposé sa parfaite moitié. Le truc, c’est que cette parfaite moitié là, une première classe pour grands voyageurs avec abonnement, le met possiblement à nu, et tout porte à subodorer que les français n’aiment pas ce qu’ils se retrouvent à devoir contempler.

Bon, maintenant, restons objectif, nous ne l’avons pas encore vu en caleçon. Ne risquons aucune estimation, tout est possible. Mais au vu de la tendance déshabillante de nos médias actuellement, et ce malgré les procès défensifs et outrés intentés par le président, une photo de lui dans le plus simple appareil ne saurait se faire attendre longtemps.

Haut les cœurs, et bas les masques, surveillons de près les couvertures de magazines, Mr Sarkozy enlèvera prochainement le bas.

 

16 octobre 2007

Velib le terrib

Classé dans : Pensées politiques — saulclaes @ 7:18
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Cette semaine en France, la troisième du mois d’octobre, une grève généralisée des transports se déclare. Nous savons tous à peu près pourquoi. Et cela est plus ou moins douloureux selon l’endroit d’où l’on part. Mais là où le bât blesse à coup sûr (et on peut imaginer que cela fait vraiment mal), c’est que cette grève ne doit pas être une cessation concertée du travail, comme sa définition le veut, mais une cessation non concertée de la vie des autres, de tous les autres : on ne vous demande pas votre avis, et si c’est possible fermez là, c’est encore mieux. Zen effet, Monsieur Delanoë (qui bénéficiait d’un relatif capital sympathie de ma part jusqu’à cette semaine) estime le plus simplement du monde que les Velib, en tant que moyen de transport (et cela en est un il n’y a pas de doute) ne doivent pas servir d’élément anti-grève : “La mairie de Paris n’est pas là pour gêner les grévistes”.

Pour gêner les grévistes… Le mieux eut encore été d’attacher tout le monde au radiateur, baillonné, et sermonné. Mais c’eut été un peu compliqué à organiser.

Paris est prise en otage. Son maire, apparatchik reconnu, PS power my dear, a tranché, et ce ne sont pas les liens. Le choix est fait, les yeux fermés sur ce qui embête, et les yeux des autres ouverts sur ce que son parti estime être juste. Cela a de désagréables relants d’autoritarisme. Le parti… BHL va encore vendre des livres… 

La période est au dépassé. Dépassées les pensées, et courants de pensées, dépassés les nerfs, dépassées les réactions, dépassés les politiciens. L’interdiction du Vélib, cette location de vélos dont le slogan est “la ville est plus belle à vélo”, est d’une maladresse attérante et très révélatrice. Le Vélib est un service, avec un abonnement, un engagement (c’est aussi sensé être un délassement, mais nous n’avons pas le droit de nous délasser un jour de grève). Sa suspension arbitraire bêtifie son utilisateur, décide de son budget, lui dicte sa conduite, et mieux sa morale. Il FAUT que tous les français soient paralysés les jours de grève non mais. Ils veulent décider de leur vie ? Pardonnez-leur ils ne savent pas ce qu’ils font.

Petit patapon.

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