Carnets de vie de Elle S.Claës

18 février 2009

Gouzi Gaza

Classé dans : Anecdotes, Pensées politiques — saulclaes @ 6:42
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Il y a peu, une Française revenait d’un voyage de deux mois en Chine. Invitée à fêter ce retour par son père, dans un restaurant chinois, elle s’installe à une table et raconte ses péripéties. La serveuse, cantonaise comme le père et la fille l’apprennent vite, approche et se réjouit de l’intérêt de ses deux clients pour son pays. Là-dessus, elle réalise que cette cliente a une préférence pour Shanghai, la même serveuse s’en attriste alors, très sincèrement. Elle regarde sa cliente, puis son père, puis la salle et, poussée par une générosité mêlée d’inquiétude, baisse la voix et les met en garde contre les habitants de Shanghai :

« Faîtes attention avec les Chinois de Shanghaï, il ne faut jamais leur faire confiance, ils sont sournois comme des Juifs. »

La pauvre ignorait que ses deux clients, sournois, étaient juifs.

Anecdote véridique.

juifs-dechristianisation

Carte postale bretonne anti-républicaine : Marianne est une juive, hideuse au nez crochu, qui pousse les politiciens à écraser la dépouille de Jésus sous les yeux des chrétiens humiliés (alentours de 1870).

L’antisémitisme est historiquement un des racismes, sinon le racisme le plus ancien, après celui des femmes.

Il faut dire que les Juifs sont coupables d’avoir tué Jésus, d’avoir empoisonné des puits, lancé des épidémies, tué des bébés chrétiens les jours de Pâques, détruit le christianisme, mis en place la République, mis en place la Démocratie et enfin, plus récemment, d’assassiner le peuple palestinien, de se transformer en nazis et en monstrueux capitalistes.

Question : pourquoi tant de haine contre Israël alors qu’un quasi silence sur la Chine persiste, sauf à l’occasion des Jeux Olympiques ?

La question reste ouverte. Béante diront certains. Dernière question : si les Chinois étaient Juifs, se tairait-on encore ?

Allez savoir.

Quoi qu’il en soit, méfiez-vous des Chinois de Shanghai, ce sont les pires.

1 décembre 2008

Il est parti le socialiste

Photo E.S. Claës

Photo E.S. Claës

1988, réélection de François Mitterrand, humain ou extraterrestre couramment considéré comme le dernier grand représentant du parti socialiste. Cela fait vingt ans. Et depuis vingt ans, son ombre plane démesurée, belle et terrible, comme un rappel à l’ordre persistant du superviseur, visionnaire visant à ne jamais être perdu de vue. Cette ombre rappelle les hauteurs de l’aventure socialiste, sa grandiose Histoire, son Espérance, cette bleue déesse * à laquelle les plus grandes âmes de la pensée socialiste se sont converties. Cette ombre ternit aujourd’hui l’éclat du quotidien qui peine à voir le soleil. Depuis toutes ces années, l’ombre passe, repasse, et sœur Anne ne voit rien venir.

Vingt ans.

SFIO

SFIO

Le parti, lui, est beaucoup plus âgé. Son intention politique s’est fixée en 1905 sous la forme d’une union socialiste, il y a donc plus de cent ans, et n’a , à l’aube du XXIème siècle, plus grand chose de l’union. Pour les désœuvrés, il y a moyen de s’occuper extraordinairement en suivant au fil de l’eau les remous et autres mous léchant par vagues répétées et inlassables les pieds de l’identité socialiste depuis quelques décennies, et tout particulièrement depuis quelques semaines.

Ces lignes n’inventent rien, n’apportent rien, ne font qu’exprimer littéralement ce que traduit une triviale blague circulant sans vergogne sur internet depuis des jours :

« J’ai entendu dire que les socialistes ont changé leur emblème pour le muguet, parce que c’est la seule fleur capable de supporter autant de cloches. »

Bref. Le thème socialiste inspire et échauffe les esprits, cela part dans tous les sens, comme les cheveux au réveil. À croire que le parti socialiste ne veut radicalement pas se discipliner, et que sa tête s’avoue impuissante à rester bien coiffée. Remarquez, la tête semble être le nœud du problème. Et quand on parle de nœud, les fameuses leçons d’Alexandre le Grand reviennent à l’esprit. Mais enfin, des nœuds, il y en assez comme cela. Les têtes du PS sont tout à fait conscientes des problèmes qui gangrènent le parti ; elles savent, tentent, proposent, mais elles ne s’entendent pas, ne s’attendent pas, prises par l’urgence de réformes internes et la volonté de se démarquer. Tout le monde est d’accord, tout le monde fait preuve de bonne volonté, tous les ingrédients sont là, alors pourquoi le PS ne parvient-il pas à s’accorder ?

« Il y a la foi et il y a la volonté et il y a, au bout du compte, la liberté victorieuse dans la patrie réconciliée. »

François Mitterrand, contre l’investiture de De Gaulle, le 1er juin 1958.

Pour De Gaulle, Mitterrand, de tempérament droitiste coupant les cheveux en deux, était « le candidat des partis ». Entre les deux tours des présidentielles 1965, être le « candidat des partis » face à un monument humain, cela ne « manquait pas de sel » (paraphrase de l’homme apolitique parmi les hommes apolitiques, et parmi les gastronomes, Jacques Chirac). Le propos fut réitéré par Alain Poher, homme centriste s’il en est, et l’expression « candidat des partis » menace depuis de remonter sur le pont dès que le bateau tangue et voit apparaître une nouvelle figure de proue. Avec les années, à la lecture, à l’analyse, à l’écoute, à dieu va, nous en arrivons à l’assurance que les partis ne sont rien sans leurs visages de candidats charismatiques, et que ces visages n’ont besoin des partis que pour leur élection, ce qui n’en font que des partis pris, dixit notre président Mr Sarkozy. Le PS ne fait pas exception, il a besoin, envie d’une individualité qui rassemble mais ne trouve personne capable de s’imposer sans ambiguïté. Les mots “nouveau”, “élan” résonnent, les moyens ne suivent pas ; les esprits, tous les esprits semblent vouloir le changement sans avoir à rien toucher.

« Le Parti socialiste (PS) est un parti politique français de gauche

dont l’actuel Premier secrétaire est le maire de Lille, Martine Aubry. »

Première ligne de la page WIKIPEDIA du PS, ligne sujette à une guéguerre d’usure ces derniers jours (pour ceux qui ont le temps, l’historique est fort divertissant).

Les vertus cardinales d'Aristote. (C) RMN / Agence Bulloz

Les vertus cardinales d'Aristote. (C) RMN / Agence Bulloz.

Ainsi même un parti comme le PS, si fort de son esprit clanique, historiquement servi par sa pensée collective, fracassera sa coque sur les récifs s’il n’y trouve pas rapidement une perle rare.

En réfléchissant à la stérilité actuelle du PS, imaginons l’avenir, une ère ca-rrrré-ment sans parti politique, dirigée d’humains forts en gueule, de toutes couleurs. Un Gandhi, même si l’exemple est excessif et difficile à sortir de son contexte, est un nom fort évocateur de cette ère supposée. Oui imaginons une France des futurs où les partis politiques, communément considérés en France comme la base du système démocratique**, disparaîtraient au bénéfice d’un soutien collectif décomplexé et organisé autour d’une entreprise individuelle, un soutien volontaire et choisi d’une forte personnalité capable et déterminée, dans le style d’un Mitterrand, le même qui a rassemblé le PS autour de lui en 1969, officiel âge de la majorité de la pensé socialiste. Dans cet avenir, peut-être imminent on l’ignore, la réussite politique serait une question de tempérance, l’une des quatre vertus cardinales avec la justice, la prudence et la force selon Aristote. En revenant à nos jours, le même Aristote, penseur de son état, s’amuserait certainement de notre début de siècle qui veut qu’en politique le ralliement à un parti soit une étape obligatoire, dont il est insensé de faire l’économie, à l’exemple de la guerre qu’a dû livrer Barak Obama contre Hillary Clinton pour pouvoir déclarer la même guerre contre Mc Cain. Le grand Aristote s’égayerait autant à observer le si saisissant besoin des militants des puissances occidentales de se regrouper dans des limites marquées, besoin moderne (!) qui veut qu’avant de faire de la politique, il faille faire parti d’un parti politique. Même si ce même parti est sur le départ. Et même si tel est pris qui croyait prendre.

La rose blanche, symbole de dignité, d'humilité et d'intérêt

La rose blanche, symbole de dignité, d'humilité et d'intérêt

Enfin… Les mœurs évoluent, les crises au sein du PS en sont de possibles stigmates. Que sera donc le parti socialiste quand il ne sera plus un parti ? Cette lente évolution vers le non parti, si elle est effective, pourrait-elle être l’explication de son mal parti ? Ségolène, électron qui a la fâcheuse tendance à se détacher des objectifs moléculaires, violemment opposée dans les faits et par les votants à une robote intelligente, surnommée Terminator dans son fief du Nord, qui rassure les partisans les plus doctrinaires, n’est-ce pas tout à fait révélateur de la scission nucléaire des partis agonisants ? Et si tel est le cas, à quand l’explosion de l’UMP dont on commente déjà les timides frondes et autres divergences d’opinions ? Quoi qu’il en soit, et quoi que nous réserve l’avenir, l’actualité se prépare à être rock’n roll, pour le plus jubilatoire plaisir des petits et des grands.

Comme cet article, postons-nous. Ça va être marrant.

* ” … nous escomptons toujours le succès, nous autres amants de la bleue déesse, l’Espérance !”, citation tirée de la nouvelle “Gambara“, de Balzac.

** Ce qui revient à dire que les quelques 200 000 adhérents avérés du PS (dans ses fortes estimations) représenteraient démocratiquement, en cas d’élection présidentielle, les quelques 62 000 000 000 de français. Superbe.


3 octobre 2008

Le risque zéro

Jeudi soir, un accident de parachute a fait trois victimes, le parachutiste, mort sur le coup, et deux adolescents malencontreusement accrochés dans la chute, l’un blessé gravement et l’autre décédé de ses blessures dans la nuit. La douleur et la stupeur règnent. Rien ne laissait prévoir un tel drame. Il s’agissait de faire le spectacle, d’animer un match amical de football en introduisant la balle par les airs… La météo était idéale, le parachutiste professionnel, l’ambiance au beau fixe, on ne comprend pas. Peut-être que l’homme a fait un malaise et perdu le contrôle ? C’est là une des thèses retenues ; le parachutiste n’aurait pas répondu à un appel par talkie walkie (thèse relayée par le Journal Télévisé de 13h de France 2 du vendredi)… Aux infos télévisées, cet effroyable fait divers a été suivi d’un reportage sur la crise, la fameuse crise économique qui frappe notre monde consterné.

Cette juxtaposition de sujet occasionne une réflexion perturbante. Ou rassurante, c’est selon. Dans les deux cas, la chute et la crise, on a beau tout prévoir, on ne contrôle rien du tout. Le risque zéro n’existe pas. Mais dans les deux cas, ça fait mal et ça fait peur, on cherche une raison, une explication, on aimerait trouver un coupable, et comme le dit si pertinemment notre président, le châtier. On exulterait d’en faire un exemple. Dans les deux cas.

Non, le risque zéro n’existe pas. Et pourtant, tout le monde fait comme si. Nous sommes guidés par la fausse certitude, rationnelle, que tant que nous danserons, nous garderons l’équilibre. Alors on danse, on cherche des partenaires, on s’habille bien, on fournit des garanties, on signe des assurances, on exige des contrats de confiance. Dans cette crise, il est intéressant de voir que les principales sociétés à tanguer sont des banques et des compagnies d’assurances… Ces sociétés qui réclament confiance, engagement et loyauté. Mr Sarkozy dans son discours, du 25 septembre 2008, sur la politique économique de la France, commence par affirmer que nous vivons « Une crise de confiance sans précédent [qui] ébranle l’économie mondiale ». D’accord. Il continue en diabolisant la peur, « La peur est une souffrance. La peur empêche d’entreprendre, de s’engager. Quand on a peur, on n’a pas de rêve, on ne se projette pas dans l’avenir. La peur est la principale menace qui pèse aujourd’hui sur l’économie ». Il rajoute « Il faut vaincre cette peur. C’est la tâche la plus urgente. On ne la vaincra pas, on ne rétablira pas la confiance en mentant mais en disant la vérité. La vérité, les Français la veulent, ils sont prêts à l’entendre ». Il a raison Nicolas Sarkozy, on ne peut pas dire le contraire, les Français sont prêts à l’entendre, mais là où il est gênant, c’est qu’il ne croit pas les Français capables de trouver leur propre vérité seuls. Selon lui, les Français veulent entendre la vérité de la bouche d’un autre, ils y sont prêts, et idéalement à l’entendre de sa bouche à lui. Et bien, là est probablement la raison de la crise économique internationale que nous traversons cahin caha depuis un an : l’attente de la solution extérieure, du sauveur, de l’assurance du risque zéro.

Au lieu de quoi, et c’est fou d’ailleurs, le président nous répète comme un scoop ce que l’on sait déjà, et ce que l’on sait depuis un bail,  que nous sommes dans la merde et que ce n’est pas prêt de s’arrêter. Pourtant ce pays de tradition révolutionnaire et chafouine n’a pas grand chose à apprendre en la matière. Enfin, c’est là une pratique politique ancestrale qui, si elle n’est pas devenue agréable avec le temps, est passée dans les mœurs : quand il n’est plus possible, dixit Mme Lagarde quelques jours plus tôt, d’affirmer que tout va bien, autant mettre les pieds dans le plat et s’accorder la paternité de la recette.

Ainsi Nicolas Sarkozy se veut rassurant et surtout surprenant, il maîtrise : « Dire la vérité aux Français, c’est leur dire que la crise actuelle aura des conséquences dans les mois qui viennent sur la croissance, sur le chômage, sur le pouvoir d’achat ». Ha bien, nous, Français donc, notons. Il continue en expliquant que « nous avons rêvé », au lendemain de la guerre froide, que « la Démocratie et le marché résoudraient tous les problèmes de l’humanité » et que ce rêve s’était « brisé net », et dans net, il y a net. Le rêve, il est terminé. Il dresse ensuite un tableau cataclysmique du monde d’aujourd’hui : fondamentalismes religieux, nationalismes, revendications identitaires, terrorisme, dumpings, délocalisations, dérives de la finance globale, risques écologiques, épuisement annoncé des ressources naturelles, émeutes de la faim.

Fiou.

À peine le temps de se remettre qu’il enchaîne sur un terrible constat : « L’idée de la toute puissance du marché qui ne devait être contrarié par aucune règle, par aucune intervention politique, était une idée folle ». Les marchés libres, c’est fou. Il est pénible notre président avec ses affirmations à tout va… Pour guérir ce monde, qui souffre déjà tant à force de refuser le risque, et de refuser les responsabilités, Nicolas Sarkozy affirme donc qu’il FAUT rajouter des règles et faire intervenir les états. Mais enfin, cela ne marche pas l’intervention absolue de l’autorité, est-il réellement, réellement nécessaire d’en (re)(re)(re)faire la démonstration ? Pour ceux qui ne se suffisent pas du simple bon sens, pour ces chanceux, il reste le plaisir ultime de découvrir Jean-François Revel, ou le très grand Raymond Aron.

Non, nos rêves ne se sont pas brisés, ils se construisent, et cela n’ira pas sans difficulté, sans échec. L’autorité et les états ne règleront pas le problème, parce que le problème est en nous et dans notre manque de confiance, en nous. Pour en revenir à la peur, ce risque atroce, insupportable, ha quelle immondice, dénoncée ci-dessus, utilisons là comme moteur. Loin des horreurs qu’elle est sensée systématiquement entraîner, elle peut inspirer. Et puis, quoi qu’il arrive, elle est et sera toujours là, alors ayons peur.

Non, le rêve ne s’est pas brisé… Quelle phraséologie tout de même. Notre petite et vaste communauté d’humains apprend, les choses avancent, et elles évoluent, comme toujours. Depuis la fin des trente glorieuses, nous sommes de plus en plus nombreux à ne pas croire en la sacrosainte croissance, cette autre vérité absolue dont se fait le héraut notre président (c’est lui qui le dit : « je crois à la croissance durable »). Grandir n’est pas croître, c’est en fait l’inverse. L’univers en expansion est un rétrécissement subtil, l’élan est une renonciation, l’apprentissage un silence, la réussite la diminution de nos besoins.

Haaa, Monsieur Sarkozy est presque parfait, mais ce presque est lorenzien, il démontre rien de moins que la fameuse théorie du chaos : arrivé aujourd’hui, ce presque parfait, cette infime variation de paramètre, peut extraordinairement nous retarder dans notre avancement civilisationnel. Notre président a presque raison, mais s’il n’a pas raison ? Cela change tout. Si parce qu’il a presque raison nombre d’entre nous le soutiennent, Nicolas Sarkozy nous freinera de façon largement surdimensionnée, et tout aussi dommageable, par rapport aux problèmes réels que nous traversons. Notre président nous exhorte à « changer nos manières de penser et nos comportements » à fournir « l’effort nécessaire pour nous adapter aux réalités nouvelles qui s’imposent à nous », il nous incite « à refonder le capitalisme sur une éthique de l’effort et du travail, à retrouver un équilibre entre la liberté et la règle, entre la responsabilité collective et la responsabilité individuelle ». Ha ! Il a presque raison, quel idéal ! mais c’est ce même presque qui a si lamentablement fait échouer le système communiste… Oui, Monsieur Sarkozy a souvent presque raison : « quelques principes simples qui relèvent du bon sens et de la morale élémentaire sur lesquels je ne céderai pas », « L’impunité serait immorale », « Qui pourrait accepter une telle injustice ? », son bon sens est souvent presque sensé, mais il ne fait rien de moins que menacer les patrons et chefs d’entreprise, pris en faute, histoire de les déresponsabiliser encore. Il est très clair que le problème, ultra gonflé il faut le dire, des parachutes dorés exaspère. C’est à se demander si nos superpatrons ne sont pas supercons. Mais non, ils sont comme tout le monde les patrons, ils se leurrent, ils ont peur, et se bercent de l’illusion du risque zéro. Nous en revenons toujours à ce formidable et dérisoire risque zéro. Et c’est l’illusion de ce risque zéro que Mr Sarkozy veut encore renforcer ?!? C’est par un retour en arrière, un retour à la sécurisation à outrance, au grand œil qui voit tout qu’il compte assurer l’avenir ? Pourtant il le dit lui-même :« On ne peut pas continuer de gérer l’économie du XXIème siècle avec les instruments de l’économie du XXème. On ne peut pas davantage penser le monde de demain avec les idées d’hier. » Mais alors qu’est-ce qu’il veut ? C’est perturbant à la fin cette question qu’il ne cesse de nous faire poser : mais qu’est-ce que veut Mr Sarkozy ?

Chene pedoncule (Quercus robur)

Chene pedoncule (Quercus robur souple)

Ben oui, c’est qu’il est embrouillant notre président, il affirme la nécessité absolue de l’intervention étatique en précisant que cette intervention peut être souple : « il FAUT bien que l’Etat intervienne, qu’il IMPOSE des règles, qu’il investisse, qu’il prenne des participations, pourvu qu’il sache se retirer quand son intervention n’est plus nécessaire. Rien ne serait pire qu’un Etat prisonnier de dogmes, enfermé dans une doctrine qui aurait la rigidité d’une religion. » En d’autres termes, s’il s’engage à alléger nos charges, lois et taxes, l’Etat DOIT imposer de nouvelles charges, lois et taxes pour notre bien (ex : « le principe pollueur¬payeur devra s’appliquer partout »), l’état DOIT être au centre de tout, l’état DOIT se substituer à notre analyse éclairée. Voilà, encore !, une affirmation délicate qui, si elle est séduisante, est presque juste et ne correspond à aucune réalité. Comment un pilier défini par un socle large et toujours élargi peut-il être souple ? Comment un chêne peut-il être souple ? Plier sans casser ? La preuve par le nombre de fonctionnaires français. Souples.

Non, non, il n’y a pas de solution extérieure. Ce ne sont ni l’Etat ni Sarkozy qui nous sortiront de la crise, c’est notre engagement personnel, notre volonté de comprendre, soi et l’autre, notre goût du risque et de la nouveauté, notre capacité enfin à nous faire confiance et à nous libérer des tutelles. La crise est effectivement une crise de confiance, mais une crise de confiance en nous ; se faire confiance et se responsabiliser seul, ne pas noyer sa conscience dans le groupe, ne plus chercher des justifications extérieures, voilà l’étape suivante. D’ailleurs, notre président lui-même, par un oubli parfaitement involontaire, une faute de frappe indépendante de sa volonté, met l’accent sur cette étape suivante : en plein milieu de sont discours tapé et mis en ligne sur son blog, une phrase, UNE phrase, fallait-il que cela soit celle-ci ?!, est mystérieusement coupée : « Les épargnants qui ont eu confiance dans les banques, dans les compagnies d’assurance, dans ».

Détail magnifique.

Il reste que Nicolas Sarkozy est déterminé. Mais à sa décharge, c’est notre président de la République, nous l’avons absolument élu, et il serait dommageable qu’il ne puisse pas lui faire ce qu’il croit être juste. Autant qu’il se fasse aveuglément confiance, voir même qu’il soit excessif, tant qu’à faire. Et puis, il est le reflet de la situation d’ensemble, de notre incapacité actuelle à nous assumer. Alors, dépensons l’avenir. Ou faisons de la politique.

« Je suis déterminé à poursuivre la modernisation de notre économie et de notre société quelles que soient les difficultés parce que nous n’avons plus le choix parce que nous ne pouvons pas attendre. Alors que les vieilles idées et les vieilles structures sont balayées, nous devons être imaginatifs et audacieux.Nous avons le choix de subir ce changement ou d’en prendre la tête. Mon choix est fait. Françaises, Français, au milieu des difficultés nous devons précéder la marche du monde et non la suivre.

Vive la République ! Vive la France ! »

Texte intégral du discours typiquement sarkozien du 25 septembre 2008 sur son blog (qui fait accessoirement de la pub pour sa femme tellement elle est belle) :

http://www.sarkozynicolas.com/nicolas-sarkozy-discours-de-toulon-texte-integral/

11 février 2008

“La pute à Sarkozy”

En cette fin d’après-midi, à la caisse d’un petit supermarché de la capitale longeant le jardin des Halles, une dame d’une cinquantaine d’années couperosées et gouailleuses interpellait une caissière. Cette dernière, d’à peu près le même âge, d’origine asiatique et d’humeur constante, tout en attrapant d’un geste égal les achats d’une cliente, l’écoutait. Elles se connaissaient visiblement. Sur fond du biiip régulier des machines enregistreuses, la cliente, qui était en train de faire la queue pour une autre caisse et, par le fait de la distance qui la séparait de son interlocutrice, faisait participer le reste du magasin à sa discussion, aborda sans prévenir les terres houleuses de la politique. Partie de la fraîche information que son magasin fermerait désormais après 21h, son discours fut introduit d’un efficace « ha bah hein ! tiens, toi qui a voté Sarko, tu l’as ta France qui travaille plus !! »

Cette entrée en matière eut pour intéressante et immédiate conséquence d’imprimer sur le visage des clients, sans exception, une expression réactive allant de l’agacement blâmant à la satisfaction approbatrice.

Le magasin était coupé en deux.

Suspens.

La dame, l’argot parisien affleurant, le regard moqueur et le nez mutin, maintenant officiellement écoutée par l’ensemble des clients amassés mollement aux caisses, continua sur ce ton et enchaîna les tableaux.

Petite précision amusante, elle persistait à ne s’adresser qu’à la caissière qui persistait à ne l’écouter que distraitement.

Biiip.

Biiip.

Elle déroula le fil de l’actualité sarkozienne, tout y passa ; de l’épisode de Neuilly, fief au cœur de l’info où le « fils téléguidé s’y croit », au discours sur le traité européen « qui nous la met pareil », la dame persiflait sans coup férir, sans manière, et peut-être même sans plaisir. Hautement française, elle commentait, critiquait, régissait, politisait ses courses enfin. Et les clients continuaient, dans un silence approximatif et hétéroclite, de valider d’une grimace plus ou moins sympathisante les sujets ainsi exposés.

Que du commun sous nos latitudes.

Elle rangeait maintenant ses achats, les carottes, les bières, le camembert, les yaourts La laitière.

Sur le point de finir de remplir son cabas, après l’ultime rappel que les caisses de l’Etat sont vides, elle couronna son laïus globalisant de cette clinquante conclusion : l’argent que Sarkozy récupère des français irait « de toutes les manières à sa pute ».

Loin d’être choquée par cet écart de langage, la clientèle, par le même phénomène homogène et spontané de réaction, s’harmonisa cette fois. Accordée, la population du magasin se fendit même d’un léger bourdonnement réconcilié.

Ha, sur ce point, tout le monde était d’accord.

Photo parue dans le magazine espagnol Down Town de février 2008

Si ça ne vaut pas un sondage IPSOS, c’est tout de même assez révélateur : Mr Bruni a déconné sur ce coup là.

Il faut croire qu’il a montré un visage plus sincère en ayant trouvé et imposé sa parfaite moitié. Le truc, c’est que cette parfaite moitié là, une première classe pour grands voyageurs avec abonnement, le met possiblement à nu, et tout porte à subodorer que les français n’aiment pas ce qu’ils se retrouvent à devoir

contempler.

Photo parue dans le magazine espagnol Down Town de février 2008

Bon, maintenant, restons objectif, nous ne l’avons pas encore vu en caleçon. Ne risquons aucune estimation, tout est possible. Mais au vu de la tendance déshabillante de nos médias actuellement, et ce malgré les procès défensifs et outrés intentés par le président, une photo de lui dans le plus simple appareil ne saurait se faire attendre longtemps.

Haut les cœurs, et bas les masques, surveillons de près les couvertures de magazines, Mr Sarkozy enlèvera prochainement le bas.

16 octobre 2007

Velib le terrib

Classé dans : Pensées politiques — saulclaes @ 7:18
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Cette semaine en France, la troisième du mois d’octobre, une grève généralisée des transports se déclare. Nous savons tous à peu près pourquoi. Et cela est plus ou moins douloureux selon l’endroit d’où l’on part. Mais là où le bât blesse à coup sûr (et on peut imaginer que cela fait vraiment mal), c’est que cette grève ne doit pas être une cessation concertée du travail, comme sa définition le veut, mais une cessation non concertée de la vie des autres, de tous les autres : on ne vous demande pas votre avis, et si c’est possible fermez là, c’est encore mieux. Zen effet, Monsieur Delanoë (qui bénéficiait d’un relatif capital sympathie de ma part jusqu’à cette semaine) estime le plus simplement du monde que les Velib, en tant que moyen de transport (et cela en est un il n’y a pas de doute) ne doivent pas servir d’élément anti-grève : “La mairie de Paris n’est pas là pour gêner les grévistes”.

Pour gêner les grévistes… Le mieux eut encore été d’attacher tout le monde au radiateur, baillonné, et sermonné. Mais c’eut été un peu compliqué à organiser.

Paris est prise en otage. Son maire, apparatchik reconnu, PS power my dear, a tranché, et ce ne sont pas les liens. Le choix est fait, les yeux fermés sur ce qui embête, et les yeux des autres ouverts sur ce que son parti estime être juste. Cela a de désagréables relants d’autoritarisme. Le parti… BHL va encore vendre des livres… 

La période est au dépassé. Dépassées les pensées, et courants de pensées, dépassés les nerfs, dépassées les réactions, dépassés les politiciens. L’interdiction du Vélib, cette location de vélos dont le slogan est “la ville est plus belle à vélo”, est d’une maladresse attérante et très révélatrice. Le Vélib est un service, avec un abonnement, un engagement (c’est aussi sensé être un délassement, mais nous n’avons pas le droit de nous délasser un jour de grève). Sa suspension arbitraire bêtifie son utilisateur, décide de son budget, lui dicte sa conduite, et mieux sa morale. Il FAUT que tous les français soient paralysés les jours de grève non mais. Ils veulent décider de leur vie ? Pardonnez-leur ils ne savent pas ce qu’ils font.

Petit patapon.

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