21 mai 2009. Jeudi de l’ascension.
Un curé de ville normande confesse à une de ses ouailles qu’un phénomène nouveau de « débaptisation » enfle ces derniers mois dans sa paroisse. Pourtant, l’Église catholique c’est la classe ! La plus grande entreprise commerciale de tous les temps ! Des milliards en monnaies cliquetantes, des parchemins aux valeurs inestimables, des penseurs précieux, d’immenses figures atemporelles. Un Empire, romain, apostolique doté d’un remarquable sens des affaires. Un droit et un code. Une spectaculaire spiritualité. Une culture universelle, une pensée humaniste…
Oui mais jusqu’à un certain point.
Claude-Henri de Saint-Simon, ouvrage numérisé et mis en ligne.
« Jusqu’au XVème, l’Église avait suivi assez exactement [sa] direction chrétienne »[1]
Depuis « […] les ecclésiastiques se sont trouvés investis de pouvoirs tout-à-fait arbitraires, et dont ils ont abusé de la manière la plus extravagante et la plus absurde :
- les uns ont persuadés à leurs clients que pour obtenir le paradis ils devaient se déchirer le corps à coups de discipline ;
- les autres, que c’était en portant un cilice qu’ils devaient se martyriser ;
- d’autres, que c’était du poisson qu’il fallait manger, et qu’on devait s’abstenir de viandes ;
- d’autres, qu’il fallait lire tous les jours une effroyable quantité de prières, presque toutes insignifiantes, et écrites dans une langue ignorée de la très grande majorité des fidèles ;
- d’autres, qu’il fallait passer une grande partie de la journée à genoux dans les églises,
… toutes choses qui ne pouvaient nullement contribuer à l’amélioration du sort de la classe pauvre.
Cette conduite du clergé a pu et a dû avoir lieu à l’époque de l’enfance de la religion : mais aujourd’hui que nos idées à cet égard se sont éclaircies et précisées, la prolongation de pareilles mystifications serait déshonorante pour la cour de Rome. Certainement tous les chrétiens aspirent à la vie éternelle, mais le seul moyen de l’obtenir consiste à travailler dans cette vie à l’accroissement du bien-être de l’espère humaine. »[2]
L’Église catholique, détournée des besoins de la classe la plus pauvre ? Incompréhensive de l’humain de son temps ? Perdue dans la théologie pure, presque dans la superstition, égarée dans l’exercice du pouvoir ?
Il est étrange, en effet, que notre Benoît XVI international, aux chaussures de cuir et au fauteuil 18 carats, soit un si catastrophique pape au moment de la crise financière… Assistons-nous aux mêmes phénomènes d’épuisement de la bête sur laquelle sont montés les grands patrons et autres traders ? Le Pape tire-t-il sur la corde ? Attend-t-il le domestique ? L’Église et ses bons hommes rouge et or, bien mâles et tout, serait-elle intéressée par le confort, les vêtements de luxe, le rang social et les échines courbées ? L’Église souhaite-t-elle se réformer et s’adapter en profondeur ?
Petit rappel numéro 1 : avant d’être Pape, Benoît XVI était professeur en dogmatique et théologie fondamentale[3], théologien (en Allemagne), participant au concile œcuménique Vatican II[4] en tant que consulteur théologique, archevêque de Munich et Freising[5], cardinal[6], et notamment rapporteur du Ve synode des évêques sur le thème : « Les missions de la famille chrétienne dans le monde d’aujourd’hui »[7].
Petit rappel numéro 2 : Benoît XVI enchaîne les bourdes depuis quelques mois, on s’en souvient. L’Église est loin de s’adapter. Mais alors, que cherche-t-elle ?
« Une des explications – pas forcément la meilleure – à l’actuel durcissement des positions catholiques officielles en matière de foi serait la thèse du « conservatoire de la bonne doctrine ». Selon cette thèse, certains catholiques se seraient résignés à l’impuissance de l’Église face aux valeurs du monde occidental moderne, notamment l’individualisme, la permissivité sexuelle et morale, le relativisme, etc. Le rôle des institutions ecclésiales serait alors moins de promouvoir les valeurs de l’Église dans le monde que de réussir à conserver la pureté de la « vraie » doctrine. »
Ainsi s’exprime[8] un membre du conseil d’administration de l’Association des journalistes d’information religieuse, Jérôme Anciberro, un des rédacteurs du Journal Témoignage chrétien, La résistance spirituelle. L’Église serait donc au-dessus des limites de son époque, suffisamment forte pour ne pas avoir à s’adapter, à écouter ? Suffisamment supérieure pour ne pas avoir à suivre les évolutions du monde entier ? Faut voir. C’est fort de café, mais enfin faut voir.
Plus récemment, un autre rédacteur du même journal, Jacques Noyer, Évêque émérite d’Amiens, explique que l’Église traverse une crise grave et estime quant à lui qu’il est nécessaire d’entrer en résistance :

Église dublinoise avec échelle, curé concerné qui nous invita à entrer. Photo E.S.Claës.
Depuis 2006, le Catholicisme n’est plus la première religion du monde, elle est passée derrière l’Islam[10]. Alors ? To réforme or not to réforme ? Entrer en résistance on nous dit. Mais, est-il encore temps ? Et puis… Est-ce bien raisonnable ?
« Mais le Fils de l’Homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » Évangile selon Saint Luc (Luc XVIII,8).
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Le Journal Témoignage Chrétien est sur le point de disparaître : il subit de plein fouet tour à tour la crise économique, la crise de l’Eglise et la crise de la presse… Signe des temps, le journal titrait le 19 février dernier « Appel 2009 : Témoignage chrétien va-t-il mourir ? » Des personnalités aussi diverses que Jacques Delors, Axel Kahn, Benoît Hamon, Stéphane Hessel, Jean-Claude Guillebaud, Jacques Noyer et Cécile Duflot ont lancé un manifeste : « Nous avons besoin de Témoignage chrétien » et tentaient de mobiliser lecteurs et donateurs potentiels. Avis aux âmes généreuses.
[1] Saint-Simon, Le Nouveau Christianisme, Edition Bossange Père, Paris, 1825, p30.
[2] Saint-Simon, Op. cit, pages 50 et 51.
[3] A l’École supérieure de Freising, puis professeur de théologie à l’université de Münster de 1959 à 1963, professeur de théologie à l’université de Bonn de 1963 à 1966.
[4] Quatre sessions de 1962 à 1965.
[5] Nommé en 1977 par le pape Paul VI.
[6] Promu la même année, le 27 juin 1977.
[7] 1980.
[8] Dans son article Toutes les sanctions mènent à Rome publié en 2006.
[9] Article Les crises se suivent… par Jacques Noyer, dans Témoignage chrétien, édition du 7 mai 2009, en ligne.
[10] Les musulmans représentent en 2006 19,2% de la population mondiale et les catholiques 17,4%. Source : Osservatore Romano, organe du Vatican, par Mgr Vittorio Formenti, auteur de l’annuaire statistique 2008 de l’Etat pontifical.

Christ dublinois, même église, même curé concerné (on le comprend mieux). (Pour l'anecdote, le curé ne faisait que passer devant son église fermée ; il sortit de grosses clefs de son manteau magique exprès pour les photos et le recueillement). Photo E.S.Claës.





Cette juxtaposition de sujet occasionne une réflexion perturbante. Ou rassurante, c’est selon. Dans les deux cas, la chute et la crise, on a beau tout prévoir, on ne contrôle rien du tout. Le risque zéro n’existe pas. Mais dans les deux cas, ça fait mal et ça fait peur, on cherche une raison, une explication, on aimerait trouver un coupable, et comme le dit si pertinemment notre président, le châtier. On exulterait d’en faire un exemple. Dans les deux cas.
Haaa, Monsieur Sarkozy est presque parfait, mais ce presque est lorenzien, il démontre rien de moins que la fameuse théorie du chaos : arrivé aujourd’hui, ce presque parfait, cette infime variation de paramètre, peut extraordinairement nous retarder dans notre avancement civilisationnel. Notre président a presque raison, mais s’il n’a pas raison ? Cela change tout. Si parce qu’il a presque raison nombre d’entre nous le soutiennent, Nicolas Sarkozy nous freinera de façon largement surdimensionnée, et tout aussi dommageable, par rapport aux problèmes réels que nous traversons. Notre président nous exhorte à « changer nos manières de penser et nos comportements » à fournir « l’effort nécessaire pour nous adapter aux réalités nouvelles qui s’imposent à nous », il nous incite « à refonder le capitalisme sur une éthique de l’effort et du travail, à retrouver un équilibre entre la liberté et la règle, entre la responsabilité collective et la responsabilité individuelle ». Ha ! Il a presque raison, quel idéal ! mais c’est ce même presque qui a si lamentablement fait échouer le système communiste… Oui, Monsieur Sarkozy a souvent presque raison : « quelques principes simples qui relèvent du bon sens et de la morale élémentaire sur lesquels je ne céderai pas », « L’impunité serait immorale », 
