Carnets de vie de Elle S.Claës

9 novembre 2009

Vas-y Jerry !

Le cocon du rock'n roll, matrice musicale. Jerry Lee Lewis au Grand Rex. nov2009. Photo E.S.Claës.

Le cocon du rock'n roll, matrice musicale. Jerry Lee Lewis au Grand Rex. nov2009. Photo E.S.Claës.

La semaine dernière, la capitale a reçu Jerry Lee Lewis, 74 ans, pour son dernier concert en France.

L’homme est âgé, il arrive lentement, péniblement, seul, il s’assoit à son piano et ne bouge plus.

Il commence à jouer, les mains quasiment statiques, et là, un mystère, un inexplicable mystère comme le sont les vrais mystères : l’ambiance est électrique et les premières notes endiablées.

C’est officiel, on peut être immobile et faire lever une salle.

Après nombre de chansons, dont l’inoubliable “Great Balls of fire“, Jerry Lee Lewis se paye le luxe de partir au beau milieu de son morceau “Mean old man“, le simple de son dernier album sorti en 2009 (52 ans après le premier), sans saluer. A peine.

D’aucuns diront qu’il est arrogant, la salle est en effet restée un peu interdite, d’autres se diront que l’homme a largement, très largement les moyens de partir quand il veut comme il veut.

Et puis, il le dit lui-même, il est un vieil homme méchant.

Qui a dit que Jerry Lee Lewis n’était plus rock’n roll ?

2 juin 2009

Un Festival d’Art de rue

La fin du mois de mai a fêté, dans le quartier parisien et béni de Saint-Germain des Près, l’Art de rue.

Et évidemment, vu de la rue, on ne se doutait de rien…

La grande fête de l'art de rue, vue de la rue. Place Saint Sulpice. Photo E.S.Claës.

La grande fête de l'art de rue, vue de la rue. Place Saint Sulpice. Photo E.S.Claës.

A la seconde où cette photo est prise, le soleil est haut dans le ciel et l’air résonne de mystérieuses notes hip-hop. Vous approchez ; peu habitué à entendre du hip hop dans le quartier, vous ne pouvez qu’approcher. En passant la tête derrière les tôles, surprise, il y a tout pleins de gens, des artistes peintres improvisés et des dizaines de bombes éparpillées sur le sol.

Petits fours et bombes Molotov. Demandez le programme. Photo E.S.Claës.

Petits fours et bombes Molotow. Demandez le programme. Photo E.S.Claës.

Voilà qui n’est pas commun.

Cette découverte fut on ne peut plus réjouissante.

Un vrai gamin dans une boulangerie.

Artiste de rue observé, public observateur observé. Woua. Photo E.S.Claës.

Artiste de rue observé, public observateur observé. Woua. Photo E.S.Claës.

Des œuvres de rue, de tous les genres ou presque, se réunissaient là. Dans un éblouissant enchaînement des genres. Après avoir traqué l’art de rue pendant des semaines, mis les photos en ligne, exhibées comme autant de trophées, les auteurs de cet art de rue, ces artistes du bitume, se tenaient là, en chair et en os, avec des tatouages et des casquettes souvent.

C'est là bas t'inquiètes. Photos E.S.Claës.

Quelques intervenants. Photos E.S.Claës.

Ils sirotaient une boisson fraîche, discutaient avec les fans, les potes, les collègues. Venus par dizaines, tous plus connus les uns que les autres par les amateurs du genre, ils faisaient en toute décontraction la promotion de leur démarche artistique.

Humeur ? Photo E.S.Claës.

Humeur ? Photo E.S.Claës.

La chose avait de quoi perturber les habitudes.

Des dizaines de badauds et autres curieux passaient devant leurs expositions éphémères, expositions de cet art éphémère s’il en est.

Oh temps suspends ton vol !

Et ressers une bière.

Au moins pour la rime.

Ouaiis, je galère avec les dernières bombes que j'ai achetées... Photo E.S.Claës.

Ouaiis, je galère avec les dernières bombes que j'ai achetées... Photo E.S.Claës.

Les peintres en bâtiment ne levaient pas les yeux de leur travail.

Les avant-après réjouissaient les passants.

Comment pousse une ville. Photo E.S.Claës.

Comment pousse une ville. Photo E.S.Claës.

Les moindres détails étaient ici rafraîchissants. Le grimage des arbres et celui des simples poteaux, jusqu’au travail de l’artiste sous la surveillance active et nécessaire du plot de protection. On adôôôre le plot.

Quand les détails mangent les arbres et caressent les poteaux. Photos E.S.Claës.

Quand les détails mangent les arbres et caressent les poteaux. Photos E.S.Claës.

On adôôôre, on adhère ?

On adore.

Dentelle et vieille radio. Photo E.S.Claës.

Dentelle et vieille radio. Photo E.S.Claës.

Et pendant ce temps, la musique se fait douce, dansante, pulsée.

Hip hop, electro, drum’n bass et autres gros mots.

C’est vrai, franchement, que fais-t-on sans la musique ? Surtout en plein processus de création ? Peindre sans musique ?

Les groupes musicaux et leurs machines se succèdent sur la scène. En arrière-plan la Fontaine de la place Saint-Sulpice, dessinée par l’architecte Visconti, entourée de ses evêques, écoute. Elle date de 1844 cette Fontaine dite des “quatre points cardinaux”,  elle en a vu d’autres.

Et puis Bossuet et Fénelon qui l’ornent ne se sont jamais rendus malade à cause des sursauts de culture populaire.

C’est d’autant plus vrai quand on sait combien cette manifestation est bancale. Attendez… Où est ce papier, le programme ? Attendez, je vais le chercher…

Le voilà. Donc, sous le nom des participants, nombreux, après les horaires des conférences, des performances, une fois avoir lu le nom des partenaires parce qu’on est bien curieux de savoir qui s’associe à ce genre de festivités, on découvre un rien déçu un Avertissement :

toutes dégradations et détériorations des biens par inscriptions, graffitis, tags, sont répréhensibles par le code pénal (depuis 1994) blah bla puni par deux ans d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende blah blah…”

En gros, si chacun de ces artistes est pris à barbouiller un mur, aussi moche soit-il, il en prend pour 3750 € d’amende.

Ouaip.

C’est pas folichon.

Y'a du boulot. Photo E.S.Claës.

Y'a du boulot. Photo E.S.Claës.

Raison de plus pour sortir les bombes.

Les bonbombes.

LE bon sens.

Mais c’est bien sûr.

*****

Artistes

Miss Tic, VLP, Jérôme Mesnager, Mimi the Clown, FKDL, Bom-K, Troy Henriksen, Babs, Keag, Sore, Gilbert Petit, TRBDSGN, Tom Tom, Stanley Stray Larue, L’Atlas, Nasty, Teurk,
Tanc, Yaze, Seize, Dacruz, Ema Tricopathe, Kashink, Dealyt T.E.R, Ecloze, Psyckoze, Aksel

Edition et librairie

Critères Editions, Kitchen 93, Editions Alternatives, Wasted Talent

Galeries Agents

Gautier Bischoff, Taxie Galerie, David Guiraud,
duRififi: Sophie Bousquet, Gil Le Magoarou, Galerie Keller, Studio 55

Associations et Collectifs

Graffer’z Delight, TRBDSGN, 100 Pression, Association V.A.O, France-Tricot, Douze12,
Collectif T.E.R

Street Culture

Auguste, Deco Spray, AK-LH

Musique

Lyre le temps, ArtKut

Media

Graffitti Art Magazine, 90BPM

23 mai 2009

Disney, parc naturel

Petit couple et poussettes. Photo E.S.Claës.

Disneyland, petit couple et poussettes. Photo E.S.Claës.

Pourquoi un enfant pleure-t-il, épuisé, avachi dans une poussette trop petite pour lui ? Parce qu’il quitte le parc Disney.

Les enfants finissent souvent cette journée sur les nerfs, accablés, comme sous l’effet d’un choc incompréhensible. Souvent.

Pas tout le temps. Mais souvent.

Et c’est en soit un non-sens.

Enfin pas tant que ça.

Le parc Disney, un jour d’affluence, de grand soleil, de chaleur, un jour de vacance, c’est un cauchemar pour un enfant. En fin de journée, nous sommes très loin des publicités Disney on l’on voit des visages rayonnants et détendus.

En fait.

Pour faire plaisir à un petit, si on considère Disney comme une sortie incontournable, ce qui reste très discutable, il faut y aller l’hiver. Un jour où personne n’y va.

Un jour de pluie.

Un jour tranquille.

Vrai-faux griffé Disney. Photo E.S.Claës.

Vrai-faux griffé Disney. Photo E.S.Claës.

Il faut que cela soit le cadeau bonus, le petit truc en plus, la sortie comme ça. Le parc est suffisamment « fantastique » en soit pour ne pas en rajouter.

Sinon, l’excès guette, l’écœurement, le conditionnement, jusqu’à la dépendance.

Disney, présenté comme l’extraordinaire événement, le sensationnel et l’enviable se transforme en drogue dure, le référent se fait absolu et tyrannique. Disneyland c’est génial, donc tout ce qui est génial évoque Disneyland.

CQFD.

Il reste que le parc a pour lui d’entretenir des arbres magnifiques, beaux en toutes circonstances, un mélange de faux et de vrai très réussi.

Et puis soyons rassurés, loin d’entretenir une fascination nerveuse pour le rêve manufacturé, les ados eux ont bien compris que le parc Disney n’est que le parc Disney.

Ados délinquants aventurés sur pelouse interdite made in Disney. Photo E.S.Claës.

Ados délinquants aventurés sur pelouse interdite made in Disney. Photo E.S.Claës.

Pour saisissant rappel, Disneyland est la première destination touristique de France avec 15 millions de visiteurs par an. Le Mont Saint-Michel et ses 3 millions de visiteurs arrive loin derrière. Cela fait de la Belle au Bois Dormant la châtelaine la plus visitée de France.

Diantre.

Mont Saint-Michel, à la nuit tombée des nues. Photo E.S.Claës.

Mont Saint-Michel, à la nuit tombée des nues. Photo E.S.Claës.

26 décembre 2008

Ridicule ? Affirmatif

GAINSBOURG par ci.

GAINSBOURG par là.

GAINSBOURG ici ?

Ra la la.

C’est à la limite de l’amusement cette tendance à citer Gainsbourg partout, pour tout qui va crescendo en France depuis quelques années. Cela en est à la limite. À la limite. Car cela n’est pas amusant.

Son nom et sa vie sont souvent dérangés à mauvais escient. Pas toujours, mais souvent. Et cela finit par laisser un arrière goût désagréable. On cite Gainsbourg pour toute tentative de provocation. Ou de chanson. Ou de concept top tendance. Gainsbourg ressort au gré des mauvaises imitations et des fantasmes d’une période désincarnée qui aimerait se sentir vivre. Bon, cela peut se comprendre. Mais le bonhomme est une personnalité délicate à manier. Tellement de gens s’y retrouvent, et ses coups de gueule, et ses allers-retours, et sa sensibilité le rendent difficile à cerner, âme libre emprisonnée. Certes, l’homme n’appartient à personne, donc tout le monde peut le citer, utiliser son nom, ses œuvres. Certes, certes. Il reste que ce n’est pas toujours amusant. Est-ce que cela doit être amusant ? Ben oui, au moins un peu. En tous cas, cela ne doit pas être désagréable.

Petit exemple, avant un gros exemple, d’hommage gainsbourien pas marrant : Julien Doré (malgré le nom de peintre expressionniste, ce jeune homme dans la vingtaine est un blond intelligent à barrette auteur-compositeur-interprète lancé depuis peu).

***

PETIT EXEMPLE d’HOMMAGE GAINSBOURIEN PAS MARRANT : Julien Doré fait un hommage copié-collé à Gainsbourg avec le clip de sa chanson phare, en partenariat avec Sony Ericsson. Déjà. Ensuite, Julien Doré sautant à deux pieds dans le système se targue (c’est lui qui insiste) de n’être pas enclavé dans des limites. Bon, à la limite pourquoi pas. Mais cela perd tout son charme, et son sens, quand Julien Doré se justifie  des paroles de ses chansons, notamment quand il dit aimer boire de l’alcool, en mettant en avant son inconscient ou la culture livresque*. Jamais lui donc. Il provoque mais ce n’est pas lui. C’est son inconscient. Et puis, enfin, quand Julien Doré chante “Anyone else but you” en duo avec Carla Bruni à Taratata, immortalisant une version fadasse à un point qui devrait être interdit par la loi, alors là… le provocateur gainsbourien fait pfuiiiit comme le procès de Jacques Chirac.

***

Gainsbourg… Jusque là, les reprises, copies, inspirations et tout le tutti ne faisaient que vivre leur vie. Cela a une vie toutes ces choses là, le grand Serge n’appartient à personne, oui, tout le monde peut utiliser son nom, d’accord, mais cela est plus gênant quand ce nom assure le fond d’une exposition, un fond que l’exposition touche indéniablement.

GROS EXEMPLE d’HOMMAGE GAINSBOURIEN PAS MARRANT : Le nom en grand de Gainsbourg comme titre d’une exposition égotique, tendance et ridicule, minuscule, mal foutue, cacophonique, très documentée mais sans saveur, entre ordinateurs inaccessibles et vagues documentaires que l’on aurait préféré visionner à la maison. Cette prétentieuse exposition est prétexte à vent dans l’air du temps. Et elle coûte cher. Et vous rend con.

(Il n’est pas certain que cela soit un miroir fidèle du monsieur. Mais bon, avec lui…)

***

Pour continuer sur cette exposition « Gainsbourg 2008 » avançons qu’elle porte presque bien son nom : sa prétentieuse complexité sans intérêt résume idéalement l’esprit général de « 2008 » pour les parisianistes acharnés.

Décrite sur son site internet comme « une véritable mise en espace [des] trois dimensions [mots, images et musique] », « un dédale de totems thématiques », « des écrans d’images synchronisés, composition sonore spatialisée », « un univers sophistiqué », l’expo se trahit toute seule. Elle peut se voir à la Cité de la Musique (qui a bien déconné sur ce coup là) jusqu’au 1er mars.

***

AVERTISSEMENT : même si vous n’avez rien à faire,

n’allez pas à l’exposition “Gainsbourg 2008″.

Nous répétons : n’allez pas à l’exposition “Gainsbourg 2008″.

Sortez plutôt un trente-trois tours de Chopin, que Gainsbourg admirait tant, une bouteille de vin, un pétard, ou les deux, sortez courir, faîtes couler un bain, appelez des potes, faîtes l’amour… 2009 arrive. Plus que quelques jours à tenir.

julien_dore_sony

* Entretien de Julien Doré pour Tendance Ouest du 20 novembre 2008.

5 décembre 2008

Le Stade des Français

Stade de France, photo E.S.Claës

Stade de France, photo E.S.Claës

Cela vient de tomber, c’est officiel : la France jouera contre la Nouvelle Zélande au premier tour pour le Mondial de Rugby 2011. À cette seconde s’est élevée une sourde plainte de la France oppressée. Mais, après réflexion, une tisane, ou autre chose, elle a réalisé que la nouvelle n’est pas si mauvaise qu’elle en a l’air… Et a respiré de nouveau.

Pour comprendre le pourquoi du comment, il faut remonter au dernier match amical joué entre la France et l’Australie le 22 novembre dernier au Stade de France, à Saint Denis, ville du nord de Paris alors littéralement envahie, sa population doublant le temps de la soirée. Le match a été vu par un peu de moins de 80 000 férus de rugby, et la ville compte environ 95 000 habitants. C’est impressionnant à voir. D’ailleurs, avant d’expliquer le potentiel positif du match contre la Nouvelle Zélande dans 3 ans, restons quelques lignes au Stade, cela vaut le temps du coup d’œil…

saulclaes_stade_gaminsmaquillageAvant l’ouverture des hostilités ovales, le Stade de France patiente plusieurs dizaines de milliers de personnes, c’est déjà quelque chose en soit. Ce n’est pas rien de voir tant de monde sourire en même temps.

La foule mouvante achète qui de la nourriture, qui une écharpe souvenir dont nous ne préciserons pas le prix ici, et des publicités immenses rappellent que ha oui c’est vrai, ce n’est pas que du sport, mais à part ça, l’ambiance est singulièrement détendue, surtout dans les bars célébrant les dieux du Stade en entretenant des atmosphères légères.

Australiens la bière à la main (cela rime).

Australiens la bière à la main (cela rime).

Ce soir là, les quelques australiens venus soutenir leur équipe se sont tous retrouvés au « Rendez-vous », et les autres se répartissaient entre le « 3ème mi-temps » et les bars mobiles installés à coup de planche métallique et autres toiles blanches résistant aux tempêtes des attentes.

Beaux coqs Français, photo E.S.Claës

Beaux coqs Français, photo E.S.Claës

saulclaes_stade_saulclaesSans même y regarder de très près, c’est véritablement une fête pour tous. Le maquillage est de sortie, du bleu du blanc du rouge, les yeux brillent, on s’interpelle, on s’encourage, on rigole et on a froid, ce qui explique les précautions prises ici et là, une couverture ou un deuxième manteau, il y a plus loin un écran géant pour ceux qui veulent avoir l’ambiance sans entrer dans le Stade, il y a aussi les nouveautés un peu absurdes du genre points Informations type écrans d’ordinateur hissés sur les épaules de jeunes hommes dévoués à la cause des spectateurs paumés. Et pendant ce temps, les joueurs s’échauffent sur le terrain, pour les plus pressés il est donc possible de les voir avant l’ouverture du match, ce que ne manquent pas de faire les amis du Rugby venus en meute.

Vous entrez. Et c’est grand. Émouvant. Saisissant. Les secondes se tiennent en l’air respectueuses de votre émotion.

Woaaaa, photo et exclamation E.S.Claës

Woaaaa, photo et exclamation E.S.Claës

Stadacadémy 2008, Photo E.S.Claës

Stadacadémy 2008, Photo E.S.Claës

Et, soudain, des écrans géants de chez géant, le genre qui renvoie tout ce qu’on connaît d’écran géant se rhabiller, diffusent sans introduction des publicités dont des ingénieurs de toutes évidences calés dans leur partie se sont assuré que vous ne pourriez rien entendre d’autre. Vous prenez sur vous rapidement, vous parvenez non sans mal à ne pas laisser gâcher l’instant, mais le coup bas ne tarde pas : un clip vidéo tourné par l’équipe de France qui entonne une chanson angélique, dégoulinante de bon sentiment et de notes sucrées, où l’innocente chasteté et l’inaltérable pureté de l’enfance son célébrées de concert, le tout pour une association caritative et encadré par SHARP et les montres BAUME et MERCIER.

Là, c’est dur.

Cordon de sécurité bientôt renforcé

Cordon de sécurité bientôt renforcé

Heureusement, le froid vous soutient, le cerveau est ferme. L’attention fait comme elle peut pour faire abstraction des publicités qui ne lâchent pas leurs proies, elle se reporte vers la spectaculaire caméra vidéo mobile suspendue au dessus du terrain, hallucine un peu sur les cortèges de sécurité jaune fluo, essaye en vain d’entendre la fanfare défilant sur le rectangle vert, puis le match démarre enfin, comme une comète. Et là, vous en prenez plein la vue ! Sans pub. Les ballons s’échangent, le Stade gronde, vous guettez les actions de Sébastien Chabal qui vous voient faire comme tout le monde, lâcher un RAAOWW enthousiaste dénué de toute objectivité, vous vous levez pour la Ola tant attendue*, vous vous rongez les ongles, bref vous êtes à fond dedans.

Enième essai raté par David Skrela, avant son carton jaune.

Enième essai raté par David Skrela, avant son carton jaune.

Au delà du caractère amical du match, nombreux sont les passionnés qui savent que se jouent ce soir les classements établis par l’International Rugby Board. Pour schématiser, si le match est remporté contre l’Australie, la France se positionne au mieux par rapport aux meilleurs, à savoir les quatre premières équipes mondiales, Nouvelle Zélande, Afrique du Sud, Australie et Argentine, têtes de série fameuses. Un truc dans le genre. Bon le fait est que la France ce soir là a perdu le match contre les Australiens, mais cela n’a pas eu de trop graves conséquences, la France restait bien placée. Et puis le tirage au sort qui a suivi a désigné la Nouvelle Zélande pour affronter notre équipe au premier tour du mondial 2011, premier tour dont les matchs peuvent être perdus puisqu’ils ne sont pas éliminatoires**. Tout reste donc à jouer. Dans ce contexte, on se souvient que la France aime jouer gros, c’est là qu’elle est la meilleure. Et puis c’est agréable de savoir qu’un excellent spectacle, euphorisant nous attend déjà pour dans trois ans.

RER qui ne perd pas ses moyens

RER qui ne perd pas ses moyens

Enfin, ce qui peut être retenu, c’est que notre hexagone aime le défi, s’emmerde si c’est trop facile, et qu’un petit tour au Stade fait beaucoup de bien. D’ailleurs, puisqu’on y revient, profitons en pour saluer les transports en commun qui parviennent à évacuer les dizaines de milliers de spectateur sans chaos, sans cahots, sans KO, voire même dans la bonne humeur.

*(et non pas Hola comme cela fut d’abord écrit ici, merci pour la correction dans les commentaires :)

** En gros il vaut mieux affronter la Nouvelle Zélande tout de suite puisqu’on ne risque pas d’être éliminé, qu’en quart de finale, le match suivant, qui lui est éliminatoire.

Un papa et ses deux filles, tout droit venus de Strasbourg.

Un papa et ses deux filles, tout droit venus de Strasbourg.

14 octobre 2008

Versailles et ballons

Le château de Versailles est assailli les belles fins de semaines ensoleillées par un nombre de touristes simplement faramineux. Mort à celui qui n’a pas eu la sagesse de réserver son billet par avance ; la queue serpente, sinue, et tue…

La cause de ce succès se devine aisément : la splendeur. Sûre d’elle, ses charmes se déploient sous les yeux d’habitants terriens en crise, en manque d’esthétisme, étouffant sous le poids de la médiocrité ennuyeuse de leur époque. Ce succès s’explique également, Let’s be tout à fait honnête, suite à de spectaculaires achats et travaux opérés ces dernières années qui nous ont ramené l’éclat solaire à Versailles et probablement un éclat de fierté. Tout commence par les grilles du château jetant mille feux sur nos têtes baissées, l’effet est si saisissant que le châtal, toujours en travaux, détourne aisément notre attention de ses échafaudages. Précisons tout de même que ces derniers sont couverts de trompe l’œil tout à fait classieux. Donc même les échafaudages sont beaux.

Barbelés versaillais

Barbelés versaillais

Amusant détail : sous le décor se tapissent d’aussi magnifiques barbelés, remarquables, ça ne plaisante pas… Petite fausse note néanmoins en constatant qu’ils ne sont pas dorés.

Ainsi oui oui, le mois d’octobre nous offrant un quasi été indien, le temps est idéal pour aller visiter et revisiter le château de Versailles. Dernière chose, une exposition du sculpteur déjanté Jeff Koons est très habilement proposée dans les murs royaux.

Chien rose versaillais

Chien rose versaillais

Ses sculptures en acier chromé imitant des ballons sont simplement bluffantes.

Galerie des glaces Koonsienne

Galerie des glaces Koonsienne

Et puis c’est tout de même amusant de voir de jeunes dessinatrices adolescentes attirées au château pour dessiner des tortues et des gros cœurs suspendus dans ce passé resplendissant. Les temps ont changé, les goûts et les mœurs n’ont plus rien à voir, alors tant qu’à faire autant attirer les djeunes par de l’art pop à la culture top.

Jeunesse pop au top

Jeunesse pop au top

Il reste qu’au dessus de leurs soyeuses têtes patiente l’excellence. Ils pourraient bien y venir.

Derrière le trône...

21 janvier 2008

La voie du tambour

D’après les guichetiers de l’évènementiel de cette ruineuse capitale française, qui persiste à aimer les dorures des théâtres et ce moment vibrant où la lumière s’éteint, tout Paris se précipite cette semaine à un spectacle, LE spectacle : Yamato.

Ha.

Très bien, alors faisons la queue, d’accord monsieur.

L’entrée pour le spectacle Yamato, photo de Saulclaës

Photo de Elle S.Claës

En duo avec une délicate amie, spirituelle et précieuse directrice de crèche, nous n’avions à peu de choses près aucune idée, en arrivant, de ce qui nous attendait. Il est vrai que nous ne nous étions pas précisément cassées pour savoir de quoi il en retournait. Pressentant que ça devait être du lourd, et un peu douillettes concernant nos lombaires, nous avions soigneusement évité tout effort et retenu, grosso modo, les mots « tambours » et « japonais ». Donc nous savions de loin que le mot Yamato n’était pas aztèque. Néanmoins, nous réalisâmes vite que ces deux mots, s’ils résument tout de même bien la configuration de la représentation, restent très loin d’en révéler la surprenante portée et ses multiples, pénétrantes, dimensions.

Le silence se fit dans la salle. Si nous étions peu disposées à faire des efforts de mémoire, nous étions tout à fait, absolument, sans problème, ouvertes à tout ce que ces donc japonais joueurs de tambour nous offriraient. Et bien nous en prit ; dès les premières frappes, le voyage nous emmena haut, au-delà des mots, hors du temps. Et vu comme cela fut simple, et même rapide d’atteindre ces invisibles hauteurs, c’eut été un crime, sans grandeur ni passion, de s’en priver.

D’un élan aisé, humble, singulier, constant, incroyablement énergique, la troupe de musiciens enchaîne tableaux sur paysages sonores. Ils désenveloppent progressivement leur talent, déploient leur joie, libèrent de subtiles présences, débarrassent leurs espaces et lient leurs caractères. Bientôt, il ne reste que d’individuelles sérénités capables de se fréquenter et de se parler abondamment dans les silences. De temps en temps, dans la salle, l’esprit d’un spectateur s’éclaire, une réflexion, longtemps retournée, problématique, trouve une solution, une idée jaillit, claire. Puis de nouveau aspirées dans le spectacle, les attentions reviennent. Maintenant, une vibration d’évidence et de simplicité passe dans le public avant de se perdre dans les velours et les rouges de la salle drapée.

En sortant, en arrêt devant l’immense affiche du spectacle, mon esprit est retenu par un mot inconnu que je n’avais pas remarqué en entrant : Taïko.

Sachant désormais que le mot n’est pas d’origine vaguement Inca, et la pensée armée d’un exceptionnel esprit de déduction, j’en arrive à la rapide conclusion : ça doit être un tambour japonais.

Et j’avais raison.

Mais là où, encore une fois, décidément, je ne me doutais de rien, c’est à quel point ce terme est porteur de sens. Et à quel point il éclaire le mystère de douceur et de profondeur de ce spectacle percussif d’un autre monde. Le Taïko n’est pas qu’un tambour, il n’est même pas qu’un art, c’est une voie. À l’instar de la voie du sabre, de la voie du thé, du subtil apprentissage de la calligraphie ou de l’étude exigeante d’un art martial, le Taïko enseigne le dépouillement, le goût de la raffinée simplicité. Il rassemble, transmet le respect, le positionnement, le sens de l’effort, il transporte dans les zones flottantes de l’esprit, il transcende.

Loin du souci tout occidental de la productivité, de la rationalité, de la réglementation, du principe de complication valorisante enfin, ce spectacle ouvre des portes insoupçonnées.

C’est peut-être le moment de (re)penser à Star Academy.

Allez savoir.

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