« L’Américain a remplacé les opérations intellectuelles par les opérations positives ; ne lui imputez point à infériorité sa médiocrité dans les arts, car ce n’est pas de ce côté qu’il a porté son attention. Jeté par différentes causes sur un sol désert, l’agriculture et le commerce ont été l’objet de ses soins ; avant de penser, il faut vivre ; avant de planter des arbres il faut les abattre afin de labourer. […]
Il n’y a dans le continent ni littérature classique, ni littérature romantique, ni littérature indienne […]. Ainsi, ce n’est pas la littérature à part, la littérature proprement dite, que l’on trouve en Amérique : c’est la littérature appliquée, servant aux divers usages de la société ; c’est la littérature d’ouvriers, de négociants, de marins, de laboureurs. Les Américains ne réussissent guère que dans la mécanique et dans les sciences, parce que les sciences ont un côté matériel : Franklin et Fulton se sont emparés de la foudre et de la vapeur au profit des hommes. […] La poésie et l’imagination, partage d’un très petit nombre de désoeuvrés, sont regardées aux Etats-Unis comme des puérilités du premier et du dernier âge de la vie : les Américains n’ont point eu d’enfance, ils n’ont pas encore la vieillesse.
De ceci, il résulte que les hommes engagés dans les études sérieuses ont dû nécessairement appartenir aux affaires de leur pays afin d’en acquérir la connaissance […].
L’esprit mercantile commence à les envahir ; l’intérêt devient chez eux le vice national. Déjà, le jeu des banques des divers Etats s’entrave, et des banque-routes menacent la fortune commune. Tant que la liberté produit de l’or, une république industrielle fait des prodiges ; mais quand l’or est acquis ou épuisé, elle perd son amour de l’indépendance […] provenu de la soif du gain et de la passion de l’industrie. […]
Un égoïsme froid et dur règne dans les villes ; piastres et dollars, billets de banque et argent, hausse et baisse des fonds, c’est tout l’entretien ; on se croirait à la Bourse ou au comptoir d’une grande boutique. […]
En somme, les Etats-Unis donnent l’idée d’une colonie et non d’une patrie-mère ; ils n’ont point de passé, les mœurs s’y sont faites par les lois. »
François-René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe,
passage écrit vers 1822, revu et corrigé dans les années 1840,
Pp 460-472 dans l’édition datant de 1860, éditions Dufour, Mulat et Boulanger.

routine, tout ces ennemis de l’art, de l’idéal, de la liberté et de la poésie, qui cherchaient de leurs débiles mains tremblotantes à tenir fermée la porte de l’avenir ; et nous sentions dans notre cœur, un sauvage désir d’enlever leur scalp avec notre tomahawk pour en orner notre ceinture ; mais à cette lutte, nous eussions couru le risque de cueillir moins de chevelures que de perruques ; car, si elle raillait l’école moderne sur ses cheveux, l’école classique en revanche, étalait au balcon et à la galerie du Théâtre-Français une collection de têtes chauves pareilles au chapelet de crânes de la déesse Dourga. Cela sautait si fort aux yeux qu’à l’aspect de ces moignons glabres sortant de leur cols triangulaires avec des tons de couleur de chair et de beurre rance, malveillants malgré leur apparence paterne, un jeune sculpteur de beaucoup d’esprit et de talent, célèbre depuis, dont les mots valent des statues, s’écria au milieu du tumulte : «