Carnets de vie de Elle S.Claës

19 juillet 2010

Episode 4 : Charme puissant

Filed under: Voyages de Saulclaës — Chloe S. Herzhaft @ 7:07
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Arbre indien. Metaphore indienne. Photo E>S>Claes

Les murs de la chambre d’hôtel sont saumon tacheté de moisi. Le ventilateur est immense, il fonctionne vite, donc tout va bien. Un voisin anonyme regarde un film avec le son comme il se doit au maximum. Il fait nuit, les moustiques couvrent les ampoules et les lézards aux gros yeux se régalent.

Nous sommes dans la région du Tamil Nadu, la région des Tamouls, berceau culturel de l’Inde du Sud. Nous nous apprêtons à nous endormir dans la Ville de Thanjavur, la Rome de la vieille civilisation des Chola, l’un des plus anciens empires de l’Inde. Il est 22h00.

Aujourd’hui, jour du mois de juillet 2010, deux Français bien conseillés ont visité, aux aurores, le temple de Nataraja, temple de l’incarnation de Shiva en danseur de l’univers, édifice érigé vers 1300 à Chidambaram. Au crépuscule, ils ont visité le temple de Brihadishvara, érigé vers 1100 à Thanjavur. Entre les deux temples, quatre heures de bus avec un chauffeur qui, comme tous les chauffeurs de bus indiens, conduit à vue et au klaxon (surtout surtout s’asseoir au fond du bus). Notre chauffeur a réalisé son plus long coup de klaxon vers le début du voyage : 14 secondes. Les autres ne furent que gnognote et faribole, dépassant à peine les 9 secondes.

Chauffeur de bus recordman de klaxon, homme incarnation mystique. Photo E.S.Claes

L’Inde du Sud défile. Une écolière au milieu des champs, des vieux lancés dans d’interminables discussions, des vaches sacrées au milieu des routes (KLAXOOOOOOOOOOON), des vélos par milliers (KLAXOOOOOOOOOOOON), la jungle à perte de vue, des couleurs, des odeurs, des fruits, des baraques en feuilles de palmiers, des étals, de la chaleur et de l’humidité. Des maisons insalubres partent en enfilade. On voit peu de choses du cœur des petites villes. A peine si l’on peut entrer dans quelques boutiques sombres. Le périmètre s’entête à ne rester qu’un impénétrable mystère.

Qui sont ces passants portant des sacs impressionnants et bigarrés sur la tête ? Sont-ce des céréales, du riz ? Que représentent ces dizaines de statues, des bustes d’hommes qui changent à chaque village ? Des anciens maires, des gourous, des « pères », tous peints de couleurs chatoyantes entourés de lampes clignotantes ? Et puis toutes ces femmes qui vendent des fleurs magnifiques, du jasmin finissant fixé dans les cheveux de si gracieuses indiennes…

On nous lance partout des sourires. Des centaines, des centaines de sourires. Quand nous nous promenons, perdus les plus souvent, loin des endroits pour touristes, des Indiens viennent nous saluer. Ils ont besoin de nous toucher, de nous sourire. Ils demandent d’où l’on vient. De France. Ils repartent heureux nous laissant perplexes, mais bon, contents nous aussi.

Petit indien se hissant jusqu'a Gandhi. Pondichery. 14 juillet 2010. Photo E.S.Claes.

Avant de passer aux choses sérieuses, de nous enfoncer dans les terres, et de pénétrer au cœur du sanctuaire du temple de Chidambaram, nous sommes restés trois jours à Pondichéry, histoire de nous préparer dirons-nous. Entre plage, bodyboard, musées, statue de Gandhi, marchés et boulangeries françaises, nous y avons notamment fêté le 14 juillet. Perdus et en retard, nous avons émergé par erreur sous le feu d’artifice. Nous avons pu l’admirer à moins de vingt mètres du foyer des fusées. Jamais vu un feu d’artifice d’aussi près, sur fond de Piaf et Barbara. Des policiers indiens, probablement dépêchés sur place pour assurer un périmètre de sécurité, sont restés à regarder bouche bée, les yeux au ciel, les feux illuminés sans s’inquiéter une seconde de notre présence incongrue. C’était réjouissant de voir ces messieurs sérieux, toute moustache dehors, nous laisser tranquilles préférant se faire petits garçons devant les immenses flammèches bleues et dorées de notre 14 juillet national. Nous avons fini allongés sur le sol pour mieux profiter du spectacle, autant celui des feux colorés que de ces virils policiers sans artifice.

Marche de Pondichery. Appreciez les moustaches. Photo E.S.Claes.

Passé le feu d’artifice, un petit attroupement de Français, dont nous fûmes bien sûr, est allé gentiment se poster devant le Consulat Français pour manifester son mécontentement à coup de « Fraternité, Egalité » quand il fut évident qu’une soirée privée nous était interdite d’accès. Ravi, notre petit groupe a marqué de la sorte son appartenance aux frondeuses traditions tricolores sans pour autant pourvoir accéder à cette fête organisée dans les jardins du Consulat. Nous fûmes donc interdits de petits fours mais notre petite réunion spontanée a été une franche réussite, nous avons bien rigolé.

Plus tard, nous avons convergé vers le Lycée Français où se déroulait un bal populaire « avec orchestre et djay ». Nous eûmes l’immense joie de danser sur du Plastic Bertrand et du Francky Vincent. Un groupe de musique indienne est venu sauver la soirée en inspirant quelques mémorables danseurs dans la salle, des danseurs indiens qui nous donnèrent à tous une vraie leçon de danse décomplexée, une grâce et un dynamisme plus qu’enviables…

La magies des panneaux... Un des grands plaisirs des preneurs de photo. Photo E.S.Claes.

Pour ceux qui souhaitent y venir, Pondichéry et son quartier français est un village. La toute jeune et ravissante Swati, stagiaire franco-indienne de la boulangerie française Baker Street (cela ne s’invente pas), vous le dira. À 15 ans, on se sent bien à Pondichéry, tout le monde se connait. Les Français s’attirent et s’adoubent avec une étonnante fraternité.

Ce qui est remarquable, à bien y réfléchir, lors de cet improbable 14 juillet 2010 du moins, c’est que les Français n’ont pu s’empêcher de revendiquer leur french touch avec force et insistance, fierté et modestie, tandis qu’en France, les mêmes, nous tous soyons honnêtes, trouvons toujours quelque chose à redire sur une ou plusieurs pratiques hexagonales. C’est comme ça, c’est plus fort que nous, il faut que l’on critique quelque chose, un truc, un détail, un ressort qui entre dans les côtes. Ce soir là, à Pondichéry, quelques Vive la France ont fusé, dont un purement Florianesque. Les sourires se sont surpris à être complices. L’esprit de contradiction bien Français, le fameux, a très joli teint sur la promenade de bord de mer de cette si jolie et désuète ancienne colonie française. C’est un fait.

Il reste que cette halte de trois jours sera la dernière du genre. L’emploi du temps s’accélère. Les lieux à visiter nous attendent ainsi que les trajets en bus qui savent si bien nous rappeler que oui des vertèbres, cela peut se tasser.

Cela me rappelle que j’ai eu l’extrême bonheur, comme d’habitude fruit d’un hasard heureux et d’un certain sens de l’opportunité, de me faire ausculter ET masser par un médecin ayurvédique réputé qui m’a spectaculairement fait craquer le dos. L’instant fut inoubliable. J’ai appris dans un même élan que j’avais une dominante « Feu », que je pensais trop, qu’il me fallait éviter les aliments acides, abuser du radis et des grenades, que ma tension était particulièrement basse, ce qui explique ma légendaire propension à dormir (« this is the main problem ») et que je ne faisais pas mon âge mais bien dix ans de moins (ce qui, passé ma joie légitime, s’est en fait révélé une mauvaise chose comme le médecin l’a vite précisé : « You must get balanced ») (en gros, il est temps de mûrir).

Moi ce que je retiens c’est que je fais dix ans de moins. Cela persiste à ne pas me déplaire. Quant au massage, aaah le massage…

Crepuscule, bord de mer, Pondichery, le bon vivre... Photo E.S.Claes.

1 Commentaire »

  1. Pas de marc de café, un indien, deux mains (j’extrapole), un “laisse toi malaxer et je te dirai qui tu es”… j’adore. 10 ans quand même… c’est certainement parce que les voyages forment la jeunesse, ou l’appellent…
    Aère-toi et reviens tard. :)

    Commentaire par Winnid'où — 21 juillet 2010 @ 9:42 | Répondre


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