Carnets de vie de Elle S.Claës

26 octobre 2008

Petit art de rue

Regard en coin, photo E.S.Claës

Regard en coin, photo E.S.Claës

L’art de rue, c’est quoi ? L’art de rue nous regarde de haut, mais ne se prend jamais au sérieux.

Petite céramique cachée dans les plantes, photo E.S.Claës

Petite céramique cachée dans les plantes, photo E.S.Claës

L’art de rue n’est pas bobo. Si cet art est anti-conformiste par excellence, ce qui est plutôt fait pour plaire aux bobos, il se veut à la frontière du conflictuel, ce qui leur plait moins, et, surtout, est gratuit, ce qui emmène cet art très loin des enthousiasmes bourgeois bohème de consommation et de tendances.

, Photo E.S.Claës

La légion d'honneur au garde à vous ? Photo E.S.Claës

Petits chats jouant devant le coiffeur, Photo E.S.Claës

Chats jouant devant le coiffeur, Photo E.S.Claës

L’art de rue ne fait pas nécessairement réfléchir, il se veut présent, plutôt discret, et si possible un peu surprenant.
Photo E.S.Claës

Art reflété, et oué, Photo E.S.Claës

Détail d'un volet blanc

Détail d'un volet blanc

Photo E.S.Claës

Photo E.S.Claës

Porte basse dentellée et fleurie

Porte basse dentelée et fleurie

En pleine crise financière le petit art de rue a quelque chose d’incroyablement relaxant.

Ces massages de l’âme se cachent au détour des rues, petites et grandes, boulevards et sans issues, au dessus des têtes des passants préoccupés, sur les tuyaux souffrant de l’indifférence du temps.

Quoi faire quand notre humeur s’enfonce dans le goudron ?

Regarder en l’air, prendre cet air du temps ?

Quoi faire quand les envies se font timides ?

Pourquoi pas rester dehors à chercher ces petits détails qui vous rempliront votre journée…

… et ouvriront autant de portes minuscules ignorées et pourtant très très mal cachées.

L’art de rue est un art si simple qu’il est préservé de toute académie.

Il n’a pas d’école, pas de codes, pas de règles, mais attention ! il est marqué au coin de l’esprit, et nous emporte par son imagination modeste et son culot léger.

Nombreuses sont les œuvres artistiques qui ne peuvent pas en dire autant.

Petit patapan.

24 octobre 2008

Merci

Classé dans : Pensée de Saulclaës — saulclaes @ 11:42
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Merci pour tous les messages d’anniversaire.

Touchée.

Droit au cœur.

20 octobre 2008

Quand le panda mange

Classé dans : Vidéos — saulclaes @ 5:22
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18 octobre 2008

Balzac, l’éveillé

Maison de Balzac, Paris

Maison de Balzac, Paris

Louis Lambert, personnage saisissant sorti tout droit de l’imagination d’Honoré de Balzac, est décrit par un ami. Incompris, Louis fait sa vie, s’élève, seul à comprendre, seul face à lui-même, seul capable d’embrasser les subtilités invisibles d’un monde qui le rejette. Louis Lambert, à qui Balzac donne le pouvoir de distinguer sans effort les strates spirituelles qui animent en transparence le théâtre social, a la grâce.

Louis Lambert ne subit pas son génie, cette furieuse clairvoyance, il fait le choix de s’aspirer dans sa propre sphère intime, et de livrer de là-haut, au fil de ses humeurs opaques, des éclairs phrasés.

Fascinantes, d’une subtile simplicité, bien loin de “l’épreuve de la folie” comme est souvent définie l’intention de Balzac avec ce remarquable roman, les réflexions de Louis Lambert démontrent que le romancier percevait nettement le principe d’élévation spirituelle : il la savait jugée, incomprise, méprisée, considérée comme effrayante, hors norme, dangereuse et donc à ranger sur les étagères d’un médecin.

Voici quelques phrases de Lambert, réunies après lecture du roman. Sont-ce vraiment les élucubrations d’un fou ?

« Le monde des Idées se divise en trois sphères :

  • celle de l’Instinct,
  • celle des Abstractions,
  • celle de la Spécialité »

Instinct :

« La plus grande partie de l’Humanité visible, la partie la plus faible, habite la sphère de l’Instinctivité. Les Instinctifs naissent, travaillent et meurent sans s’élever au seconde degré de l’intelligence humaine, l’Abstraction. »

Abstraction :

« A l’Abstraction commence la Société. [...] De l’Abstraction naissent les lois, les arts, les intérêts, les idées sociales. Elle est la gloire et le fléau du monde : la gloire, elle a créé les sociétés ; le fléau, elle dispense l’homme d’entrer dans la Spécialité, un des chemins de l’infini. »

Spécialité :

« La Spécialité consiste à voir les choses du monde matériel aussi bien que celles du monde spirituel [...]. Les plus beaux génies humains sont ceux qui sont partis des ténèbres de l’Abstraction pour arriver aux lumières de la spécialité [...] La perfection de la vue intérieure enfante le don de la Spécialité. » Définition du mot Spécialité par Balzac : « voir tout, et d’un seul coup ; speculum, miroir ou moyen d’apprécier une chose en la voyant tout entière.» « La Spécialité est nécessairement la plus parfaite expression de l’Homme, l’anneau qui lie le monde visible aux mondes supérieurs : il agit, il voit et il sent par son Intérieur. »

De là trois degrés pour l’homme :

1) « Instinctif, il est au-dessous de la mesure » [«l’homme instinctif veut des faits »]

2) « Abstractif, il est au niveau » [«l’homme abstractif s’occupe des idées »]

3) « Spécialiste il est au-dessus. Le Spécialisme ouvre à l’homme sa véritable carrière, l’infini commence à poindre en lui, là il entrevoit sa destinée »[ «l’homme spécialiste voit la fin, il aspire au divin qu’il pressent et contemple »]

Honoré de Balzac,

dans Louis Lambert, édité en 1832.

Rajoutons, pour le plaisir, pour le bien-être, pour rien, cette dernière citation, toujours extraite de cette œuvre majeure qu’est le roman balzacien Louis Lambert ; elle plonge dans des réflexions sans fond, ces réflexions que Balzac nomme des « gouffres intellectuels » :

« Il est un nombre que l’Impur ne franchit pas, le Nombre où la création est infinie ».

17 octobre 2008

En vert et contre tous

Photo E.S.Claës

Photo E.S.Claës

Les actuels trentenaires qui ont grandi en Seine et Marne ont peut-être souffert de l’abattage des arbres de leurs routes d’enfance. Une nationale particulièrement a subi ce déboisement cruel, l’axe qui joint Melun à la médiévale cité de Provins.

Dans ce proche et lointain passé, cette fréquentée nationale s’harmonisait, avec un charme indicible, de ramures démesurées qui, filant en rangées, à l’infini, apaisaient les voyageurs, leur inspiraient de douces humeurs. Ces arbres magnifiques s’offraient aussi aux yeux des enfants, un soupçon hypnotisés, qui, désœuvrés, assis à l’arrière des voitures, emmenés vers des destinations inconnues, reportaient leur impatience sur les branches animées par les vents. Quelle déception quand l’enfant, du jour au lendemain, n’eut plus ces compagnons de voyage pour le bercer, quelle souffrance de les savoir arrachés et remplacés par de mornes et vides perspectives endeuillées, et quelle surprise en revenant des années plus tard sur le théâtre de ce mémorable forfait…

Des dizaines de nouvelles pousses ont été plantées il y a suffisamment longtemps maintenant pour couvrir à leur tour la longue nationale de feuilles d’or tombées avec l’automne. Il serait intéressant de savoir ce qui a changé les vues régionales et orchestré cette politique de reboisement des routes ; tant d’années sont passées sans aucune intention, sans aucun projet, même timide, de replanter… pourquoi maintenant ? Hasard ? Mystérieux apport d’argent ? Chantage de la nouvelle maîtresse d’un cravaté vieillissant en mal de virilité ? Ou peut-être seulement le signe d’une nouvelle ère qui voit ses nantis dédaigner les piscines chauffées pour se mettre au vert ?

Quoi qu’il en soit, il reste que cette semaine le chauffeur d’un camion citerne d’une des cinq plus importantes compagnies pétrolières du monde a, tout pouce dehors, et autant de sourires encourageants de sortie, fortement incité une cycliste esseulée à persister dans ses balades à vélo. Alors entre les arbres et les camionneurs qui freinent, laissons nous aller à rêver que quelque chose est vraiment en train de changer…

15 octobre 2008

Monts et Fermeilles

Luc Besson, a déclaré ce matin sur Europe 1 qu’il n’est pas « l’Etat à lui tout seul ». L’homme, producteur de son seul état, s’est fendu de cette explication qui en vaut d’autres pour se justifier de ne pouvoir embaucher la terre entière pour ses productions. Mais de quoi parle-t-il ?

Un film, réalisé par Pierre Morel (Banlieue 13 en 2004), et produit par EuropaCorp, la boîte de prod de Besson, devait être tourné en partie dans la Cité des Bosquets de Montfermeil en ce moment. Mais le projet a été remis en question suite à la destruction par le feu (attention formule), dimanche dernier, d’une dizaine de voitures prévues pour les cascades. En gros, il y a eu de l’action mais sans caméra. Ces engins ont été détruits possiblement par jalousie, en représailles, pour un règlement de compte, par dépit ou par ennui, dans tous les cas par des habitants du coin mal intentionnés, et les illusions sont tombées. De très haut.

Que Luc Besson ait pu croire en un lien spécial développé dans ses rêves et grâce à ses actions pro-banlieue, entre lui et les banlieusards, est une chose ; il est venu dans un quartier de cité particulièrement difficile en pensant y trouver un minimum de respect, voire simplement de la normalité, il y a trouvé des allumettes et un mépris total, quelque chose de l’ordre de j’en ai vraiment rien à foutre de ta gueule, et personne à part Luc lui-même ne peut juger la réaction. C’est la main froide, peut-être un peu moite, qu’il doit prendre la décision de continuer ou non le tournage.

Si le décalage entre le cinéma, les espoirs du producteur et le terrain sont criants (Luc Besson n’est de toute évidence pas éducateur spécialisé), le plus hallucinant dans cette histoire, bien au-delà des illusions de Besson et de la connerie stellaire de ceux qui ont mis le feu aux poudres, reste la réaction du maire de la ville lui-même, Xavier Lemoine, proprement ahurissante. Père de sept enfants, UMP, élu au premier tour en mars, il déclare sans nuance que le retrait, et même la simple réserve de Besson sont condamnables : «Suspendre la dynamique engagée n’était pas la meilleure décision à prendre. La population est fâchée», «Les voitures brûlées, c’est la Seine-Saint-Denis. Si on vient, on assume les risques, ce n’est pas le Club Med». Ainsi le producteur se retrouve quasiment accusé de lâcheté et l’incendie des voitures considérablement banalisé.

Là-dessus, alors que l’histoire est déjà assez délirante comme ça, des journalistes télé dépêchés sur les lieux pour filmer le cadavre fumant des voitures ont été « molestés », dixit Elise Lucet présentatrice du JT de 13h de France 2. Ces derniers, tabassés, auraient même été allégés du poids d’une de leurs caméras de télévision par des Montfermeillois qui, eux, certains de rester sur place quand tout le monde sera reparti, n’ont pas perdu le nord.

Enfin, au-delà de la tournure surréaliste que prennent les évènements, le plus drôle reste sans délibération le titre du film :

From Paris with love

Ting.

14 octobre 2008

Versailles et ballons

Photo E.S.Claës.

Le château de Versailles est assailli les belles fins de semaines ensoleillées par un nombre de touristes simplement faramineux. Mort à celui qui n’a pas eu la sagesse de réserver son billet par avance ; la queue serpente, sinue, et tue…

La cause de ce succès se devine aisément : la splendeur. Sûre d’elle, ses charmes se déploient sous les yeux d’habitants terriens en crise, en manque d’esthétisme, étouffant sous le poids de la médiocrité ennuyeuse de leur époque. Ce succès s’explique également, Let’s be tout à fait honnête, suite à de spectaculaires achats et travaux opérés ces dernières années qui nous ont ramené l’éclat solaire à Versailles et probablement un éclat de fierté. Tout commence par les grilles du château jetant mille feux sur nos têtes baissées, l’effet est si saisissant que le châtal, toujours en travaux, détourne aisément notre attention de ses échafaudages. Précisons tout de même que ces derniers sont couverts de trompe l’œil tout à fait classieux. Donc même les échafaudages sont beaux.

Barbelés versaillais

Barbelés versaillais. Photo E.S.Claës.

Amusant détail : sous le décor se tapissent d’aussi magnifiques barbelés, remarquables, ça ne plaisante pas… Petite fausse note néanmoins en constatant qu’ils ne sont pas dorés.

Ainsi oui oui, le mois d’octobre nous offrant un quasi été indien, le temps est idéal pour aller visiter et revisiter le château de Versailles. Dernière chose, une exposition du sculpteur déjanté Jeff Koons est très habilement proposée dans les murs royaux.

Chien rose versaillais

Chien rose versaillais. Photo E.S.Claës.

Ses sculptures en acier chromé imitant des ballons sont simplement bluffantes.

Galerie des glaces Koonsienne

Galerie des glaces Koonsienne. Photo E.S.Claës.

Et puis c’est tout de même amusant de voir de jeunes dessinatrices adolescentes attirées au château pour dessiner des tortues et des gros cœurs suspendus dans ce passé resplendissant. Les temps ont changé, les goûts et les mœurs n’ont plus rien à voir, alors tant qu’à faire autant attirer les djeunes par de l’art pop à la culture top.

Jeunesse pop au top

Jeunesse pop au top. Photo E.S.Claës.

Il reste qu’au dessus de leurs soyeuses têtes patiente l’excellence. Ils pourraient bien y venir.

Derrière le trône...

Plafond de la galerie des glaces. Photo E.S.Claës.

3 octobre 2008

Le risque zéro

Jeudi soir, un accident de parachute a fait trois victimes, le parachutiste, mort sur le coup, et deux adolescents malencontreusement accrochés dans la chute, l’un blessé gravement et l’autre décédé de ses blessures dans la nuit. La douleur et la stupeur règnent. Rien ne laissait prévoir un tel drame. Il s’agissait de faire le spectacle, d’animer un match amical de football en introduisant la balle par les airs… La météo était idéale, le parachutiste professionnel, l’ambiance au beau fixe, on ne comprend pas. Peut-être que l’homme a fait un malaise et perdu le contrôle ? C’est là une des thèses retenues ; le parachutiste n’aurait pas répondu à un appel par talkie walkie (thèse relayée par le Journal Télévisé de 13h de France 2 du vendredi)… Aux infos télévisées, cet effroyable fait divers a été suivi d’un reportage sur la crise, la fameuse crise économique qui frappe notre monde consterné.

Cette juxtaposition de sujet occasionne une réflexion perturbante. Ou rassurante, c’est selon. Dans les deux cas, la chute et la crise, on a beau tout prévoir, on ne contrôle rien du tout. Le risque zéro n’existe pas. Mais dans les deux cas, ça fait mal et ça fait peur, on cherche une raison, une explication, on aimerait trouver un coupable, et comme le dit si pertinemment notre président, le châtier. On exulterait d’en faire un exemple. Dans les deux cas.

Non, le risque zéro n’existe pas. Et pourtant, tout le monde fait comme si. Nous sommes guidés par la fausse certitude, rationnelle, que tant que nous danserons, nous garderons l’équilibre. Alors on danse, on cherche des partenaires, on s’habille bien, on fournit des garanties, on signe des assurances, on exige des contrats de confiance. Dans cette crise, il est intéressant de voir que les principales sociétés à tanguer sont des banques et des compagnies d’assurances… Ces sociétés qui réclament confiance, engagement et loyauté. Mr Sarkozy dans son discours, du 25 septembre 2008, sur la politique économique de la France, commence par affirmer que nous vivons « Une crise de confiance sans précédent [qui] ébranle l’économie mondiale ». D’accord. Il continue en diabolisant la peur, « La peur est une souffrance. La peur empêche d’entreprendre, de s’engager. Quand on a peur, on n’a pas de rêve, on ne se projette pas dans l’avenir. La peur est la principale menace qui pèse aujourd’hui sur l’économie ». Il rajoute « Il faut vaincre cette peur. C’est la tâche la plus urgente. On ne la vaincra pas, on ne rétablira pas la confiance en mentant mais en disant la vérité. La vérité, les Français la veulent, ils sont prêts à l’entendre ». Il a raison Nicolas Sarkozy, on ne peut pas dire le contraire, les Français sont prêts à l’entendre, mais là où il est gênant, c’est qu’il ne croit pas les Français capables de trouver leur propre vérité seuls. Selon lui, les Français veulent entendre la vérité de la bouche d’un autre, ils y sont prêts, et idéalement à l’entendre de sa bouche à lui. Et bien, là est probablement la raison de la crise économique internationale que nous traversons cahin caha depuis un an : l’attente de la solution extérieure, du sauveur, de l’assurance du risque zéro.

Au lieu de quoi, et c’est fou d’ailleurs, le président nous répète comme un scoop ce que l’on sait déjà, et ce que l’on sait depuis un bail,  que nous sommes dans la merde et que ce n’est pas prêt de s’arrêter. Pourtant ce pays de tradition révolutionnaire et chafouine n’a pas grand chose à apprendre en la matière. Enfin, c’est là une pratique politique ancestrale qui, si elle n’est pas devenue agréable avec le temps, est passée dans les mœurs : quand il n’est plus possible, dixit Mme Lagarde quelques jours plus tôt, d’affirmer que tout va bien, autant mettre les pieds dans le plat et s’accorder la paternité de la recette.

Ainsi Nicolas Sarkozy se veut rassurant et surtout surprenant, il maîtrise : « Dire la vérité aux Français, c’est leur dire que la crise actuelle aura des conséquences dans les mois qui viennent sur la croissance, sur le chômage, sur le pouvoir d’achat ». Ha bien, nous, Français donc, notons. Il continue en expliquant que « nous avons rêvé », au lendemain de la guerre froide, que « la Démocratie et le marché résoudraient tous les problèmes de l’humanité » et que ce rêve s’était « brisé net », et dans net, il y a net. Le rêve, il est terminé. Il dresse ensuite un tableau cataclysmique du monde d’aujourd’hui : fondamentalismes religieux, nationalismes, revendications identitaires, terrorisme, dumpings, délocalisations, dérives de la finance globale, risques écologiques, épuisement annoncé des ressources naturelles, émeutes de la faim.

Fiou.

À peine le temps de se remettre qu’il enchaîne sur un terrible constat : « L’idée de la toute puissance du marché qui ne devait être contrarié par aucune règle, par aucune intervention politique, était une idée folle ». Les marchés libres, c’est fou. Il est pénible notre président avec ses affirmations à tout va… Pour guérir ce monde, qui souffre déjà tant à force de refuser le risque, et de refuser les responsabilités, Nicolas Sarkozy affirme donc qu’il FAUT rajouter des règles et faire intervenir les états. Mais enfin, cela ne marche pas l’intervention absolue de l’autorité, est-il réellement, réellement nécessaire d’en (re)(re)(re)faire la démonstration ? Pour ceux qui ne se suffisent pas du simple bon sens, pour ces chanceux, il reste le plaisir ultime de découvrir Jean-François Revel, ou le très grand Raymond Aron.

Non, nos rêves ne se sont pas brisés, ils se construisent, et cela n’ira pas sans difficulté, sans échec. L’autorité et les états ne règleront pas le problème, parce que le problème est en nous et dans notre manque de confiance, en nous. Pour en revenir à la peur, ce risque atroce, insupportable, ha quelle immondice, dénoncée ci-dessus, utilisons là comme moteur. Loin des horreurs qu’elle est sensée systématiquement entraîner, elle peut inspirer. Et puis, quoi qu’il arrive, elle est et sera toujours là, alors ayons peur.

Non, le rêve ne s’est pas brisé… Quelle phraséologie tout de même. Notre petite et vaste communauté d’humains apprend, les choses avancent, et elles évoluent, comme toujours. Depuis la fin des trente glorieuses, nous sommes de plus en plus nombreux à ne pas croire en la sacrosainte croissance, cette autre vérité absolue dont se fait le héraut notre président (c’est lui qui le dit : « je crois à la croissance durable »). Grandir n’est pas croître, c’est en fait l’inverse. L’univers en expansion est un rétrécissement subtil, l’élan est une renonciation, l’apprentissage un silence, la réussite la diminution de nos besoins.

Haaa, Monsieur Sarkozy est presque parfait, mais ce presque est lorenzien, il démontre rien de moins que la fameuse théorie du chaos : arrivé aujourd’hui, ce presque parfait, cette infime variation de paramètre, peut extraordinairement nous retarder dans notre avancement civilisationnel. Notre président a presque raison, mais s’il n’a pas raison ? Cela change tout. Si parce qu’il a presque raison nombre d’entre nous le soutiennent, Nicolas Sarkozy nous freinera de façon largement surdimensionnée, et tout aussi dommageable, par rapport aux problèmes réels que nous traversons. Notre président nous exhorte à « changer nos manières de penser et nos comportements » à fournir « l’effort nécessaire pour nous adapter aux réalités nouvelles qui s’imposent à nous », il nous incite « à refonder le capitalisme sur une éthique de l’effort et du travail, à retrouver un équilibre entre la liberté et la règle, entre la responsabilité collective et la responsabilité individuelle ». Ha ! Il a presque raison, quel idéal ! mais c’est ce même presque qui a si lamentablement fait échouer le système communiste… Oui, Monsieur Sarkozy a souvent presque raison : « quelques principes simples qui relèvent du bon sens et de la morale élémentaire sur lesquels je ne céderai pas », « L’impunité serait immorale », « Qui pourrait accepter une telle injustice ? », son bon sens est souvent presque sensé, mais il ne fait rien de moins que menacer les patrons et chefs d’entreprise, pris en faute, histoire de les déresponsabiliser encore. Il est très clair que le problème, ultra gonflé il faut le dire, des parachutes dorés exaspère. C’est à se demander si nos superpatrons ne sont pas supercons. Mais non, ils sont comme tout le monde les patrons, ils se leurrent, ils ont peur, et se bercent de l’illusion du risque zéro. Nous en revenons toujours à ce formidable et dérisoire risque zéro. Et c’est l’illusion de ce risque zéro que Mr Sarkozy veut encore renforcer ?!? C’est par un retour en arrière, un retour à la sécurisation à outrance, au grand œil qui voit tout qu’il compte assurer l’avenir ? Pourtant il le dit lui-même :« On ne peut pas continuer de gérer l’économie du XXIème siècle avec les instruments de l’économie du XXème. On ne peut pas davantage penser le monde de demain avec les idées d’hier. » Mais alors qu’est-ce qu’il veut ? C’est perturbant à la fin cette question qu’il ne cesse de nous faire poser : mais qu’est-ce que veut Mr Sarkozy ?

Chene pedoncule (Quercus robur)

Chene pedoncule (Quercus robur souple)

Ben oui, c’est qu’il est embrouillant notre président, il affirme la nécessité absolue de l’intervention étatique en précisant que cette intervention peut être souple : « il FAUT bien que l’Etat intervienne, qu’il IMPOSE des règles, qu’il investisse, qu’il prenne des participations, pourvu qu’il sache se retirer quand son intervention n’est plus nécessaire. Rien ne serait pire qu’un Etat prisonnier de dogmes, enfermé dans une doctrine qui aurait la rigidité d’une religion. » En d’autres termes, s’il s’engage à alléger nos charges, lois et taxes, l’Etat DOIT imposer de nouvelles charges, lois et taxes pour notre bien (ex : « le principe pollueur¬payeur devra s’appliquer partout »), l’état DOIT être au centre de tout, l’état DOIT se substituer à notre analyse éclairée. Voilà, encore !, une affirmation délicate qui, si elle est séduisante, est presque juste et ne correspond à aucune réalité. Comment un pilier défini par un socle large et toujours élargi peut-il être souple ? Comment un chêne peut-il être souple ? Plier sans casser ? La preuve par le nombre de fonctionnaires français. Souples.

Non, non, il n’y a pas de solution extérieure. Ce ne sont ni l’Etat ni Sarkozy qui nous sortiront de la crise, c’est notre engagement personnel, notre volonté de comprendre, soi et l’autre, notre goût du risque et de la nouveauté, notre capacité enfin à nous faire confiance et à nous libérer des tutelles. La crise est effectivement une crise de confiance, mais une crise de confiance en nous ; se faire confiance et se responsabiliser seul, ne pas noyer sa conscience dans le groupe, ne plus chercher des justifications extérieures, voilà l’étape suivante. D’ailleurs, notre président lui-même, par un oubli parfaitement involontaire, une faute de frappe indépendante de sa volonté, met l’accent sur cette étape suivante : en plein milieu de sont discours tapé et mis en ligne sur son blog, une phrase, UNE phrase, fallait-il que cela soit celle-ci ?!, est mystérieusement coupée : « Les épargnants qui ont eu confiance dans les banques, dans les compagnies d’assurance, dans ».

Détail magnifique.

Il reste que Nicolas Sarkozy est déterminé. Mais à sa décharge, c’est notre président de la République, nous l’avons absolument élu, et il serait dommageable qu’il ne puisse pas lui faire ce qu’il croit être juste. Autant qu’il se fasse aveuglément confiance, voir même qu’il soit excessif, tant qu’à faire. Et puis, il est le reflet de la situation d’ensemble, de notre incapacité actuelle à nous assumer. Alors, dépensons l’avenir. Ou faisons de la politique.

« Je suis déterminé à poursuivre la modernisation de notre économie et de notre société quelles que soient les difficultés parce que nous n’avons plus le choix parce que nous ne pouvons pas attendre. Alors que les vieilles idées et les vieilles structures sont balayées, nous devons être imaginatifs et audacieux.Nous avons le choix de subir ce changement ou d’en prendre la tête. Mon choix est fait. Françaises, Français, au milieu des difficultés nous devons précéder la marche du monde et non la suivre.

Vive la République ! Vive la France ! »

Texte intégral du discours typiquement sarkozien du 25 septembre 2008 sur son blog (qui fait accessoirement de la pub pour sa femme tellement elle est belle) :

http://www.sarkozynicolas.com/nicolas-sarkozy-discours-de-toulon-texte-integral/

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