Carnets de vie de Saul Claës

5 avril 2008

Un sou est un sou

Classé dans : Anecdotes — saulclaes @ 1:03
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Palais Royal. Ministère de la Culture.

Ce matin, autour d’une des 260 colonnes de Buren, qui coûteront environ 3 millions d’euros pour leur restauration cette année, trois hommes observent un petit garçon. Une dizaine d’années, un petit nez mutin, les yeux noisettes sous des cheveux châtains sagement coiffés, le gamin lance un objet sur le sommet de la colonne-fontaine (il n’y en a qu’une). Il tire ensuite cet objet, au bout d’une ficelle, avec moult application vu la concentration qui plisse son adorable front enfantin. Chaque nouvel essai captive un peu plus les trois messieurs. Pris par le spectacle, installés en face du petit, ils encouragent ses efforts.

Nouvel essai. Nouveaux éclats de voix.

Les trois spectateurs, qui se tiennent côte à côte, se redressent et se ré-accotent d’un seul homme. Le premier, noir, en tenue phosphorescente de nettoyage, tout timide, malgré son jaune fluo, n’ose rien dire mais, ne ratant rien des tentatives de l’enfant, lui sourit de la façon la plus encourageante. Le deuxième, arabe d’une cinquantaine d’années, cheveux grisonnants et veste bleue marine, commente tous ses gestes, rit et claque des mains : « vas-y petit ! ». Le troisième, un vieux monsieur distingué, aux cheveux blancs impeccables, caban cachemire et serviette en cuir antilope sous le bras, commente chaque nouvel essai discrètement, le poing balancé : « ha !! raté ! ».

Le petit garçon recommence. Il fait cette fois une prise importante : une pièce de un euro. Au milieu de centimes lancés par des touristes sur le sommet de la colonne, l’euro s’était jusqu’à présent dérobé à ses essais.

Ha ! Là, s’agit d’être concentré…

Collée sur son aimant tout au bout du fil, il ramène très très doucement la pièce… puis, triomphant, il exhibe son trophée. Les trois hommes, jusqu’alors le nez baissé, très attentifs, se redressent à l’unisson et applaudissent.

Une minute plus tard, sous les voûtes du Palais Royal, sans plus les voir, le passant pouvait encore les entendre ; c’est qu’il s’agissait de tenter la pièce de deux euros maintenant.

« Ha ! mince, trop court ! »

« Recommence un peu à gauche peut-être… »

« Voilàààà, ha non ! »

« C’est pas grave, c’est pas grave ! Vas y plus doucement… »

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