Carnets de vie de Elle S.Claës

16 mars 2008

Il faut apprendre à danser

Dans le RER en revenance de Rueil-Malmaison, une trentenaire fraîche, blanche, portant des lunettes gentilles et agréablement coiffée se fit ouvertement courtiser par un homme noir d’une quarantaine d’années bizarrement assagies…

Tout commença avec une bouteille d’eau acquise à un distributeur Selecta. La coupable machine, sur le quai de train, si elle accorda la bouteille à la jeune femme, refusa tout net de lui rendre ses cinquante centimes de monnaie, somme qui en ces temps de pouvoir d’achat laborieux reste à considérer. La consommatrice, sans se démonter, releva in extremis le numéro de téléphone que le distributeur suggérait d’appeler en cas de problème, et cela en était un, indubitablement, avant de courir attraper son train. Une fois assise dans le wagon, la coureuse essoufflée composa le numéro sur le clavier de son téléphone portable.

Voilà pour le décor.

Une fois l’affaire réglée par l’interlocuteur Selecta, l’argent promis à être remboursé par courrier et des excuses professées pour la gêne occasionnée, la femme raccrocha. Savourant sa victoire, apaisée, elle ouvrit la bouteille d’eau, toute à son plaisir désormais. L’homme, attentif aux mouvements des boucles soyeuses de cette chevelure féminine soudain assise en face de lui, passa à l’action : « Vous avez eu des misères avec une machine ? »

Houuu attention, accostage…

Un peu plus tard :

Dans le flot de mots de l’homme, définitivement lancé, la femme fut à un moment assurée de ses origines guadeloupéennes. Par un curieux mystère, toujours inexpliqué à ce jour, le monsieur apporta en effet cette précision malgré une tête d’antillais comme on n’en fait plus, teint clair et tâches de rousseur sur les joues, malgré un accent typique et vraiment très prononcé, et malgré une casquette colorée affichant un flamboyant et aquatique « GWADA ». Un « haaaa oui d’accord » de la femme, inconsciente, stimula encore la verve déjà véritablement débridée de ce bavard monsieur qui continua, dès lors sans discontinuer, son approche enrichie.

Plus tard encore…

Sans porter attention aux cernes de fatigue apparaissant sur le délicat visage de la femme, le même monsieur parlait toujours. Plus rien désormais ne semblait devoir le détourner de cette si charmante voisine providentielle. Elle devait tout savoir. Ainsi hautement concerné par le degré d’information de son interlocutrice, de plus en plus embarrassée par tant d’honnêtes attentions, l’homme, perfectionniste, finit par lui déclarer qu’il y avait “bien trop de libertés en France“, et de rajouter, emporté par son élan et sa tendresse, que “les françaises sont désobéissantes“. Sans laisser la femme réagir, il précisa ensuite qu’il avait récemment décidé d’aller se chercher une femme aux îles, parce que les guadeloupéennes « restent à la maison elles au moins ». Et, toujours sans se démonter, les yeux brillants et le sourire éclatant, il demanda enfin le numéro de téléphone de la femme, tout à fait paralysée à présent, à la limite de la panique, véritablement incapable de savoir sur quel pied danser.

Vous me direz, savoir danser n’est pas accordé à tout le monde.


Un commentaire »

  1. enfin un qui ne bride ni son inconscient, ni ses pensées profondes et qui annonce la couleu’ si j’ose dire….

    Comment par marie — 30 mars 2008 @ 5:50 | Répondre


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