Carnets de vie de Elle S.Claës

28 mars 2008

Et l’année chinoise est celle du ??…

Aujourd’hui, un magasin Swarovski.

Un client veut acheter un petit animal en cristal pour faire un cadeau. Déjà, il est au bon endroit. Mais il ne sait que choisir, le choix est grand et ses idées timides. Il demande à la vendeuse, veste noire cintrée à la taille, mignons mollets, cheveux blonds et grands yeux gris, si elle sait quel est l’animal de l’année chinoise qui vient de commencer ? La jeune femme ouvre grand ses jolis carreaux et reconnaît sa totale ignorance. Embêtée, elle cherche comment répondre, un coup d’œil à la caisse enregistreuse, non rien à trouver de ce côté là, puis à sa voisine. Là elle semble réaliser quelque chose et propose au client de demander à l’autre femme :

“Posez lui la question, elle, elle devrait savoir : elle est boudhiste.”

27 mars 2008

Mon caporal

Classé dans : Anecdotes — saulclaes @ 11:55
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Dans le RER, une dame d’une soixante dizaine d’années, chapeau rouge naïf sur la tête, et cheveux artificiellement bouclés de sortie, voyage un peu endormie.

Soudain-soudain, elle relève la tête, réalise que le train est à l’arrêt, et s’exclame à voix forte et perchée “sommes-nous à la gare d’Austerliiiitz ?!” Très collectivement informé, le wagon répond tout aussi collectivement et donc de façon tout à fait inaudible. Seuls quelques “madame”, venus ponctuer la symphonie moderne, se distinguent dans le brouhaha souterrain.

Seconde en suspens.

Tout le monde regarde la dadame à chapeau, et elle regarde tout le monde. La scène ne tarde pas à faire réagir une jeune femme là-bas, à quelques sièges, qui, un peu éveillée, comprit subitement que la questionneuse n’avait pas été renseignée, et que, détail d’importance, le temps continuait de passer.

Oui, oui, c’est bien gare d’Austerlitz !!

Branle-bas de combat. La dame crie, se lève d’un bond, et révèle la présence au bout de son bras d’une lourde valise à roulettes qui ne tarde pas à cogner brutalement les jambes d’un monsieur indolent qui avait le malheur d’être assis entre elle et la sortie.

En quelques secondes, après le bip des portes refermées, le silence se fait. Déjà, plus personne ne pense à l’incident, sauf peut-être ce monsieur qui se masse les jambes endolories. La femme à l’origine, par sa réponse positive, de ce petit drame, lui demande, toujours de l’autre côté du wagon, s’il n’a pas trop mal ? Et lui de répondre, complètement blasé : “Boaf ! On ne sait plus à quoi s’attendre dans le métro, même les mémés vous agressent…

Et là, sans crier gare, énorme éclat de rire général.

Mon caporal.

16 mars 2008

Il faut apprendre à danser

Dans le RER en revenance de Rueil-Malmaison, une trentenaire fraîche, blanche, portant des lunettes gentilles et agréablement coiffée se fit ouvertement courtiser par un homme noir d’une quarantaine d’années bizarrement assagies…

Tout commença avec une bouteille d’eau acquise à un distributeur Selecta. La coupable machine, sur le quai de train, si elle accorda la bouteille à la jeune femme, refusa tout net de lui rendre ses cinquante centimes de monnaie, somme qui en ces temps de pouvoir d’achat laborieux reste à considérer. La consommatrice, sans se démonter, releva in extremis le numéro de téléphone que le distributeur suggérait d’appeler en cas de problème, et cela en était un, indubitablement, avant de courir attraper son train. Une fois assise dans le wagon, la coureuse essoufflée composa le numéro sur le clavier de son téléphone portable.

Voilà pour le décor.

Une fois l’affaire réglée par l’interlocuteur Selecta, l’argent promis à être remboursé par courrier et des excuses professées pour la gêne occasionnée, la femme raccrocha. Savourant sa victoire, apaisée, elle ouvrit la bouteille d’eau, toute à son plaisir désormais. L’homme, attentif aux mouvements des boucles soyeuses de cette chevelure féminine soudain assise en face de lui, passa à l’action : « Vous avez eu des misères avec une machine ? »

Houuu attention, accostage…

Un peu plus tard :

Dans le flot de mots de l’homme, définitivement lancé, la femme fut à un moment assurée de ses origines guadeloupéennes. Par un curieux mystère, toujours inexpliqué à ce jour, le monsieur apporta en effet cette précision malgré une tête d’antillais comme on n’en fait plus, teint clair et tâches de rousseur sur les joues, malgré un accent typique et vraiment très prononcé, et malgré une casquette colorée affichant un flamboyant et aquatique « GWADA ». Un « haaaa oui d’accord » de la femme, inconsciente, stimula encore la verve déjà véritablement débridée de ce bavard monsieur qui continua, dès lors sans discontinuer, son approche enrichie.

Plus tard encore…

Sans porter attention aux cernes de fatigue apparaissant sur le délicat visage de la femme, le même monsieur parlait toujours. Plus rien désormais ne semblait devoir le détourner de cette si charmante voisine providentielle. Elle devait tout savoir. Ainsi hautement concerné par le degré d’information de son interlocutrice, de plus en plus embarrassée par tant d’honnêtes attentions, l’homme, perfectionniste, finit par lui déclarer qu’il y avait “bien trop de libertés en France“, et de rajouter, emporté par son élan et sa tendresse, que “les françaises sont désobéissantes“. Sans laisser la femme réagir, il précisa ensuite qu’il avait récemment décidé d’aller se chercher une femme aux îles, parce que les guadeloupéennes « restent à la maison elles au moins ». Et, toujours sans se démonter, les yeux brillants et le sourire éclatant, il demanda enfin le numéro de téléphone de la femme, tout à fait paralysée à présent, à la limite de la panique, véritablement incapable de savoir sur quel pied danser.

Vous me direz, savoir danser n’est pas accordé à tout le monde.

14 mars 2008

Un petit Tours

Classé dans : Anecdotes, Pensée de Saulclaës — saulclaes @ 8:10
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En route pour Vierzon, ce milieu de semaine, une voiture de location faisait deux cent kilomètres pour rien. Une sortie a été ratée à Orléans, et la direction de Tours prise. Un très grand classique. Sur le point d’arriver à cette ville de Tours, soit déjà quatre-vingt kilomètres après le coche loupé à Orléans, l’erreur fut dévoilée, le chauffeur fut accusé d’être responsable de la disparition des abeilles, et la prise de conscience fut violente : il fallait faire demi-tour. En effet, une unique nationale relie Tours à Vierzon, mais elle est très très touristique, et très très limitée à 50 klm. Il est donc probablement plus rapide de retourner à Orléans pour ensuite aller à Vierzon, en d’autres termes de rester sur l’autoroute. Ce constat fut tiré suite à la consultation sérieuse et concentrée d’une carte routière emmenée par miracle avec quelques bagages légers.

Donc demi-Tours.

Ronchonnement. Et sandwich à trois milliards acheté sur une aire qui n’aurait jamais dû être foulée.

Cette erreur, hautement non écologique, est à imputer à d’inciviques voleurs de roues. Ces derniers, dans la nuit, avaient dépouillé le conducteur de ses quatre roues, pour de brillantes jantes alu, ce qui entraîna un matinal recours à une société de location automobile. Jusque là, cela n’explique pas le détour inutile. L’information manquante est que la voiture louée, la seule disponible, eut l’inconcevable défaut de ne pas proposer le GPS intégré.

On commence à comprendre ce qui est arrivé.

Ralalala, la technologie est piégée. Il suffit d’en avoir pris l’habitude, puis d’en être dépouillé, pour se retrouver tout nu, ridicule, parfaitement désorienté et accessoirement en retard.

Les passagers, qui avaient évidemment commencé à conspuer la dangerosité du GPS, vile machine, dès le demi-tour, persistaient à lister les conséquences malsaines de l’usage banalisé de tels gadgets quand, enfin arrivés à Vierzon, soit quasiment 250 klm plus tard, ils apprennent qu’une nouvelle autoroute relie Tours à Vierzon.

Cris de désespoir, abattement, rire, et volupté. C’est par habitude du GPS qu’on se paume, et c’est grâce au GPS qu’on ne se paume plus.

Conclusion : il est très probable que la technologie s’impose définitivement, mais il nous faudra aussi faire l’EFFORT de s’y adapter…

Non mais.

Authentique, photo prise sur le retour !

Authentique, photo prise sur le retour !

5 mars 2008

Grippée

Classé dans : Pensée de Saulclaës — saulclaes @ 5:15
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Première grippe. À trente-deux ans. Les impressions ? Curieuses. L’impression essentiellement de n’avoir

Louvre, mois de mars. Photo de Saul Claës.

Louvre, mois de mars. Photo de Elle S.Claës.

pas seulement été malade, mais arrêtée quelques jours au dessus d’une grande flaque d’eau, aux prises avec le reflet du monde.

Surtout d’être restée dans ce reflet.

Du monde.

Alitée, les images ont défilé. Au loin, d’un son déformé, dans le salon de ma mère, les nouvelles du globe ont tourné. La télévision n’a pas cessé. Elle ne cesse jamais, et cela est véritablement insupportable.

Une fois réveillée, guérie, elle continue, elle enchaîne, elle.

Insupportable.

J’y vais peut-être un peu fort. Il faut croire que cela est supportable, mais que c’est à nous d’être capable de l’insupporter.

Après être resté de force couché et enfermé, on se dit simplement que c’est un non sens, une aberration que de rester inactif, dans un intérieur, devant des images qui défilent passivement ; cela revient à être malade sans maladie.

Enfin.

Je vous disais que j’étais un peu restée dans le reflet.

Je vais reprendre du bouillon moi.

1 mars 2008

Haaa l’humour…

Classé dans : Anecdotes, Citation — saulclaes @ 7:57

Marcel Gauchet à la radio, il y a quelques jours, se déclarait chagrin de ne plus retrouver dans les écrivains français d’aujourd’hui ce rôle et cette utile implication : la démarche de réflexion, la vraie. Il a tellement raison ; nous manquons, tous, de cette réflexion des grands penseurs. Certains d’entre nous rêvent même les yeux ouverts de ces regrettés positionnements de philosophes à plume littéraire. Où sont nos professionnels de la pensée, de la passion et de l’humour ?

Beaucoup d’entre nous cherchent cet amour débridé pour l’idée, cet enthousiasme des publics réunis, mobilisés, ce travail de nuit qui inspire aux lecteurs de folles soirées et donne envie de refaire le monde, de le penser, ensemble. On regrette cette réflexion foisonnante qui déclenchait la fureur des critiques bousculés. Parce qu’on moins on se marrait.

Un des meilleurs exemple est peut-être cette saillie entendue à la première de la Bataille d’Hernani.

25 février 1830

Quand rentre le public, mais surtout les « anciens », défenseur du classicisme, c’est une huée. Théophile Gautier s’est fait par la suite le rapporteur de cette soirée capitale pour le romantisme, ainsi que le témoigne cet extrait d’un hommage posthume “Victor Hugo” en 1902 * :

« Oui, nous les regardâmes avec un sang-froid parfait, toutes ces larves du passé et de laThéophile Gautier routine, tout ces ennemis de l’art, de l’idéal, de la liberté et de la poésie, qui cherchaient de leurs débiles mains tremblotantes à tenir fermée la porte de l’avenir ; et nous sentions dans notre cœur, un sauvage désir d’enlever leur scalp avec notre tomahawk pour en orner notre ceinture ; mais à cette lutte, nous eussions couru le risque de cueillir moins de chevelures que de perruques ; car, si elle raillait l’école moderne sur ses cheveux, l’école classique en revanche, étalait au balcon et à la galerie du Théâtre-Français une collection de têtes chauves pareilles au chapelet de crânes de la déesse Dourga. Cela sautait si fort aux yeux qu’à l’aspect de ces moignons glabres sortant de leur cols triangulaires avec des tons de couleur de chair et de beurre rance, malveillants malgré leur apparence paterne, un jeune sculpteur de beaucoup d’esprit et de talent, célèbre depuis, dont les mots valent des statues, s’écria au milieu du tumulte : « À la guillotine les genoux ! » »

Théophile Gautier

Pour ceux qui souhaitent lire Marcel Gauchet au quotidien : http://gauchet.blogspot.com/

* Source : Wikipedia (brûlons un cierge)

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