C’est quelque chose, tout de même, que les a priori. On a beau s’appliquer à passer les essuie-glace, ils reviennent que cela soit sous la forme d’un insecte qui s’écrase en pleine course ou encore de ce %µ$£¤ d’oiseau dont la grande émotion de la journée est de se soulager sur votre pare-brise tout propre du haut de la 4ème branche, première à gauche.
Les a priori sont résistants.
Un a priori, par exemple, qui persiste et signe, est de croire que la ville de Lyon n’est qu’une grande ville bourgeoise et engoncée. C’est comme ça, c’est un cliché qui a la peau dure. Alors, il est très déstabilisant de débarquer à la gare Part-Dieu, cette idée en tête, et de se balader un peu alentour… À l’observation du serveur Kabyle, un peu homo sur les bords, qui vous sert très chaleureusement votre café à la brasserie la plus proche, et au coup d’œil jeté aux bâtiments modernes environnants, on sent un imminent et radical remodelage de vos attentes pré-formatées. Mais, bizarrement, ce n’est pas désagréable. Inattendu, mais pas désagréable. De la tour de l’hôtel Radisson, plus graaande que la tour Montparnasse, à ce curieux parking circulaire, derrière lequel un immeuble post communiste exhibe un appartement brûlé, et des pères Noël suspendus que personne ne vient secourir, le quartier est à vrai dire, même, franchement sympathique.

Photo de Elle S.Claës

Photo de Elle S.Claës
Loin des immeubles classieux, sur ses versants récents, on se promène dans une ville audacieuse. Bon, il y a bien de-ci de-là quelques filets de protection sur ces modernes façades, à l’instar de celle de l’Opéra Bastille, ne s’improvise pas qui veut architecte de talent, mais, à la limite, cela ne fait que rajouter au charme local, à la lisière de l’insolite.
Une autre chose retint notre attention en cette fin de semaine touristique : une promenade en Velo’V, équivalent lyonnais et antérieur du Vélib parisien, plus coloré (il faut croire que le gris souris se mariait mal avec le décor) et tout aussi pratique. Passé les, plutôt longues, formalités à la borne, et installé sur la bicyclette, on se lance à la découverte du centre, légendaire. C’est là que cela devient amusant.
Petit rappel, le slogan du Velo’V est « Partager, c’est respecter ».
Bien. Revenons au vent dans les cheveux. Vous vous lancez sur la route, pour toute la sainte journée, en théorie. Une portière de taxi s’ouvre soudain devant vous, sur la voie donc. La protection oh bénie du guidon amortit efficacement le coup, même si vos phalanges s’en souviennent encore et une caille du 93 sort, accent de banlieue de circonstance. Vous voyant vous frotter la main, le jeune homme se fend d’excuses sommaires, alors que le chauffeur de taxi, pakistanais fraîchement débarqué, s’affole, avec un autre accent, pour sa portière qui ne porte aucun stigmate de l’accident (maiiis non tout va bien).
Vous continuez, un peu perturbé. Déjà la beauté d’une grande place capte votre attention. Vous empruntez un très joli pont, entre le Rhône et la Saône, quand devant un jeune adolescent, sur un vélo’v comme vous, dérape sur une de ses pédales et passe à deux doigts de chuter spectaculairement entre les voitures. Bon.
Là vous décidez de ranger le vélo, ce n’est pas le jour. Et puis ça tombe bien, vous arrivez dans le quartier médiéval, aux pieds de la légendaire colline de Fourvière. Parfait ! Il y a deux places libres, pour rendre vos deux vélos. Mais ! vous avez le malheur et l’inconvenante idée de tarder quelques secondes en admirant le charmant style florentin de l’endroit : deux lyonnais, la quarantaine, très bien habillés, vous passent devant (en vous ayant parfaitement vu) pour prendre de vitesse vos emplacements. Priés d’attendre leur tour, poliment, ces messieurs se rebiffent, la bouche pincée, et vous accusent : « vous êtes méchants ! Hmph !!! ».
Véridique.
Ra la la, Lyon alors, si pleine de surprises…
Franchement, n’hésitez pas, si ce n’est pas déjà fait, on ne s’y ennuie pas. Maintenant que l’interdiction de fumer est effective dans les lieux publics, on peut même voir la dorée jeunesse lyonnaise, mèche de cheveux apprêtée barrant le front, refoulée sur les trottoirs.
Hé hé.

Photo de Elle S.Claës