Il est des jours, curieusement agencés qui, s’ils ne vous permettent pas de les ranger à la mode manichéenne, vous laissent un arrière goût d’ambiguïté, une impression d’ambivalence diffuse ; vous vous répétez alors que, décidément, quand même, on a beau dire, la vie est belle. Curieuse, aléatoire, déroutante, mais belle.
Début de journée : déclaration au commissariat d’un cambriolage qui laisse votre maman dépouillée de tous ses bijoux de famille, et vous oblige à appeler votre papa pour lui annoncer que sa bague de naissance, celle que votre feu grand-mère aimait tant, et a gardé toute sa vie au doigt, ne sera probablement plus jamais portée. Une fois au commissariat, vous attendez trois quarts d’heure dans un courant d’air froid, et vous entendez dire que l’on ne vous croit pas, que l’on ne croit JAMAIS les personnes déclarant des vols et que vous êtes priés de retourner chez vous avec des policiers pour constater les faits.
En ressortant, vous croisez l’affiche de Marianne, fiérote, peu frileuse, qui vous rappelle que le maximum est fait pour vous recevoir dans les meilleurs conditions et autres délais d’attente. Puis vous rentrez manger, conscient soudain de n’avoir aucune importance, aucun appétit en patientant la venue des enquêteurs et le désagréable vent du soupçon qui les portera.
Passés le sobre repas et la visite des trois flics mous et désabusés-qui-vous-croient-oui-si-vous-voulez (et qui vous ont expliqué que le périmètre est victime d’une vague de cambriolages due essentiellement à une population roumaine récemment accrue), vous partez vous promener dans la capitale, tentant sans conviction une improbable évasion, un peu de détente, dans ce monde de parasites de merde qui n’ont décidément rien d’autre à faire que d’emmerder leur monde. Salauds.
Là dessus, vous perdez vos gants tous neufs, spécialement ramenés de Chine.
Fin d’après-midi : rien ne se passe, rien ne trépasse. Vous restez posté.
Soir : sous vos yeux un peu rouges (à force d’avoir scruté l’horizon et parlé à votre sœur Anne), un concert

Stefanus Vivens, musique électro.
électro hindi, toute cithare et autre ordinateur accessoirisé sortis. Cela se déroule plutôt sympathiquement-sa-foi dans une salle parisienne. Remplie pour l’occasion d’un type nouveau de public, elle abrite une foule éclectique de danseurs et buveurs, un savant mélange des genres et horizons croisés, du mondialisme en substance. De-ci de-là, des rappels asiatiques, entre japonais traditionnel, exhibé par quelque savant chignon de samouraï, ou une ébauche sexy de kimono chic, et chinois destroy. Des touches de gothique Europe Centrale standing. Une flopée de vêtements commerce équitable. Bref, tout pleins de motifs bariolés, du solidaire losange écossais au couleurs chaudes de l’Afrique en passant par le classique bloujean à trois milliards de bobocool, abîmé au laser pour l’occasion. Un écran géant renvoie des images du monde passées sous plusieurs couches de couleurs sableuses, vieillies informatiquement, pendant que des notes incertaines surfent en tourbillonnant sur des lignes éperdues de basse. Le tout atteint, sans une ombre de difficulté, votre petit cœur endolori, le massant par vibration. Le temps passe. Vous vous oubliez un peu.
Et vous ratez le dernier métro.
Vous demandez au videur, grand noir attentif et professionnel (qui vous a offert, en début de soirée, le vestiaire et un mot de réconfort suite au cambriolage) où prendre un bus de nuit ? Et vous partez, l’information en tête, en quête de votre moyen de locomotion. Le bus persistant à ne pas se laisser trouver, vous demandez alors à un chauffeur de taxi (vos yeux toujours rougis et les épaules lasses), arrêté au feu rouge là, où attraper le bus de nuit ? et ce dernier, kabyle, vous propose de vous ramener gratis. Et vous dépose sans un mot, juste un sourire, en bas de chez vous.
C’est là que vous vous rappelez que quand même, malgré tout, franchement mince, arg, y’a pas à dire, la vie reste belle.
Mais %ù£1&* !! qu’elle n’est pas simple tous les jours.