Hier soir au JT de 20h, nous, France paralysée par les grèves, avons assisté à deux reportages dont la promiscuité symbolise fort bien notre complexe présent.
Le premier reportage portait sur un sujet vaste et sensible : l’excision. Pour résumer, comme le firent d’ailleurs les journalistes, la quasi totalité des femmes en Egypte sont aujourd’hui (l’aujourd’hui d’aujourd’hui, genre en ce moment là) excisées. Donc la quasi totalité des femmes égyptiennes, soit près de 30 millions d’âmes, sont charcutées (n’ayons pas peur des mots, quand un tiers tient de force les jambes d’une (petite) fille et qu’il la découpe, dans le meilleur des cas, avec une lame de rasoir, c’est de la charcuterie). Les journalistes précisent ensuite, et en vitesse, que l’opération à ciel ouvert s’impose pour faire honneur à la famille, ne pas se faire remarquer, céder à la tradition et éviter aux femmes de se transformer en « furies de sexe » (citation approximative d’une égyptienne parfaitement convaincue). Loisir à chacun d’estimer le nombre de femmes excisées dans le monde qui se retrouve dans le même cas – et l’on ne parle pas de celles qui en meurent-.
Rajoutons ici avant de continuer que la majorité des hommes regrettent pourtant bien que les femmes ne soient pas plus “nerveuses”… Il faudrait que quelqu’un prévienne les mamans égyptiennes, qui tiennent tant à bien marier leur fille, que leur nervosité sera à l’avenir (proche on l’espère) un argument de poids.
Le second reportage, une fois que l’animateur eut déballé ses statistiques et tourné la page de ce sujet, nous apprend qu’un homme, amputé des deux bras, s’est vu greffer deux prothèses robotisées. Nous découvrons alors, ébahis (sauf pour les plus blasés peut-être), les tout beaux tout neufs bras mécaniques, directement reliés aux neurones, prendre vie et obéir au jeune homme blond, propriétaire des neurones qui, tout sourire, attrape un couteau (nous saurons demain si les bras mécaniques étaient une bonne idée).
Ainsi, des électrodes, des sondes, des capteurs peuvent dès aujourd’hui (l’aujourd’hui d’aujourd’hui) animer des membres mécaniques arrachés dans des accidents. Cela se passe dans ce même monde qui ampute et ensanglante les femmes par dizaines de millions.
Il n’est probablement pas nécessaire ici d’imposer une morale à l’histoire.
A défaut de morale, nous pouvons néanmoins, tout de même, ici et maintenant, affirmer que des pratiques purement barbares sont absolument d’actualité sur le globe, et qu’il est fatiguant de toujours devoir prendre des pincettes (mêmes robotisées) pour le rappeler.
Ou pour le dire autrement, le présent est complexe, certes, et il est urgent qu’il soit décomplexé.