Carnets de vie de Elle S.Claës

22 novembre 2007

L’hallucination

Classé dans : Anecdotes — saulclaes @ 12:44
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C’est curieux cette période que nous traversons…

Le mois de novembre 2007 semble ne pas exister. Il est à la fois tout à fait normal : grèves, fracture sociale, gna gna. Et tout à fait exceptionnel : grèves, fracture sociale, gna gna. Les syndicats syndiquent, les universités hésitent à universaliser, les fonctionnaires ne fonctionnent plus, et les usagers s’usent… Jusque là, rien que de très normal.

Et puis, ça s’emballe…

Certains (probables) syndiqués croient faire de la résistance. Mais de la vraie résistance hein ! C’est qu’ils sabotent les voies de chemin de fer Monsieur ! La direction de la SNCF parle d’« action coordonnée de sabotage ». Pour faire entendre leur voix de cheminot, et des voix de cheminot de fer (ha ha). Ils ont raison, et c’est pour cela, et parce que c’est plus marrant de tout brûler, qu’ils brûlent tout. Non mais ! Il faut préciser que ces saboteurs ne viennent pas des banlieues : certes, ils brûlent, mais ils sont or-ga-ni-sés.

Donc note.

À se demander s’ils existent vraiment. Surtout quand un des lieux de leur forfait se trouve à proximité d’Hallu, ville tranquille de la Somme…

16 novembre 2007

Un complexe présent

Hier soir au JT de 20h, nous, France paralysée par les grèves, avons assisté à deux reportages dont la promiscuité symbolise fort bien notre complexe présent.

Le premier reportage portait sur un sujet vaste et sensible : l’excision. Pour résumer, comme le firent d’ailleurs les journalistes, la quasi totalité des femmes en Egypte sont aujourd’hui (l’aujourd’hui d’aujourd’hui, genre en ce moment là) excisées. Donc la quasi totalité des femmes égyptiennes, soit près de 30 millions d’âmes, sont charcutées (n’ayons pas peur des mots, quand un tiers tient de force les jambes d’une (petite) fille et qu’il la découpe, dans le meilleur des cas, avec une lame de rasoir, c’est de la charcuterie). Les journalistes précisent ensuite, et en vitesse, que l’opération à ciel ouvert s’impose pour faire honneur à la famille, ne pas se faire remarquer, céder à la tradition et éviter aux femmes de se transformer en « furies de sexe » (citation approximative d’une égyptienne parfaitement convaincue). Loisir à chacun d’estimer le nombre de femmes excisées dans le monde qui se retrouve dans le même cas – et l’on ne parle pas de celles qui en meurent-.

Rajoutons ici avant de continuer que la majorité des hommes regrettent pourtant bien que les femmes ne soient pas plus “nerveuses”… Il faudrait que quelqu’un prévienne les mamans égyptiennes, qui tiennent tant à bien marier leur fille, que leur nervosité sera à l’avenir (proche on l’espère) un argument de poids.

Le second reportage, une fois que l’animateur eut déballé ses statistiques et tourné la page de ce sujet, nous apprend qu’un homme, amputé des deux bras, s’est vu greffer deux prothèses robotisées. Nous découvrons alors, ébahis (sauf pour les plus blasés peut-être), les tout beaux tout neufs bras mécaniques, directement reliés aux neurones, prendre vie et obéir au jeune homme blond, propriétaire des neurones qui, tout sourire, attrape un couteau (nous saurons demain si les bras mécaniques étaient une bonne idée).

Ainsi, des électrodes, des sondes, des capteurs peuvent dès aujourd’hui (l’aujourd’hui d’aujourd’hui) animer des membres mécaniques arrachés dans des accidents. Cela se passe dans ce même monde qui ampute et ensanglante les femmes par dizaines de millions.

Il n’est probablement pas nécessaire ici d’imposer une morale à l’histoire.

A défaut de morale, nous pouvons néanmoins, tout de même, ici et maintenant, affirmer que des pratiques purement barbares sont absolument d’actualité sur le globe, et qu’il est fatiguant de toujours devoir prendre des pincettes (mêmes robotisées) pour le rappeler.

Ou pour le dire autrement, le présent est complexe, certes, et il est urgent qu’il soit décomplexé.

8 novembre 2007

Les chiens méchants

Petit village du Lot.

Dans un mignonnet magasin de vêtements, proposant plein de jolies matières et des coupes audacieuses, il fallait, il y a quelques jours, enjamber un énorme chien pour entrer. Ce dernier, confortablement installé dans l’entrée, reposait de tout son long sur le joli tapis rond de la commerçante. Le chien, qui n’avait pas du tout l’air d’appartenir à une grand-mère, laissait en cadeau à chaque cliente (parce qu’il n’y eut que des clientes) une moue inquiète, pour ne pas dire franchement pas rassurée. Une fois la porte d’entrée poussée, elles devaient, il est vrai, lever une jambe (la droite ou la gauche, à la fantaisie de chacune), pour passer au dessus du Cerbère. Aucune nouvelle arrivante n’osait poser ouvertement la question de l’appartenance du molosse. De toute évidence, la porte ouverte donnant directement sur ce canidé aux proportions inédites, il était trop tard pour s’inquiéter de la mise à jour de ses vaccins et tout à fait grossier de ne plus entrer. Donc, chacune bloquait une seconde, laissait échapper un petit “ha” immédiatement suivi d’un rire thérapeutique, se recomposait un visage dégagé après avoir perdu de la fraîcheur de leur teint, et s’aventurait dans l’antre qu’elle n’était pas très sûre de reconnaître. Le tout en une seconde au plus. Un bonjour une chouille trop aigu venait, pour finir, couronner leur souveraine et courageuse entrée.

Le chien, lui, variablement, levait la tête, lâchait un sourd wouf par les narines, s’allongeait un peu plus, bref, persistait à bloquer l’entrée.

La commerçante, elle, chargeait l’air d’une sérénité de circonstance, peut-être un peu forcée, mais relativement efficace. Elle proposait sur un ton de badinerie facile, de ne pas faire attention à l’animal, rajoutait à qui mieux qu’il était gentiiiiil comme tout, puis proposait de montrer la nouvelle collection au fond du magasin. La présence du chien pesait sur toutes les joues. Et au prix de l’anti-ride, cela n’était du goût de personne. Mais enfin, une fois passé l’épreuve, une fois physiquement éloignée de l’animal, après avoir un peu regardé les vêtements sans les voir, chacune finissait par poser LA question: ce chien est à vouuus ?!? Rajoutant parfois qu’il serait peut-être plus à l’aise autre part que dans l’entrée non ?!

Avant de révéler la réponse, tant attendue, on peut le deviner, voici une photo de l’animal, superbe, bien obligé de le reconnaître :

Le corps du mollosse

Il fait face à la lumière, et a l’air d’assez bien patienter (vous remarquerez que la photo est prise dans son dos, faut pas déconner).

Bientôt, la commerçante avoue : ce chien n’est pas à elle. Après un ou deux balbutiements, elle conte sa mésaventure… Une cliente, qui lui tenait la jambe depuis le début de l’après-midi (il était approximativement 17h30 à l’heure de cette confession), l’avait subitement lâchée, quelques trente minutes plus tôt, pour se précipiter en courant dehors. Pieds nus, elle était ainsi partie entièrement habillée d’une tenue de la maison, une des plus chères, toute étiquette sortie, sans plus d’explication, en laissant son chien sur le tapis. Depuis, la commerçante espérait et récupérer son bien et éviter d’énerver l’animal, tout en s’exerçant à rassurer les clientes qui avaient eu le malheur de venir aujourd’hui la visiter. Un petit jeu de nerf s’exerçait ainsi depuis une bonne demie-heure, au fin fond du Lot, et sur fond d’actualité canidée. En effet, l’inquiétude et toutes les pensées avoisinantes, que partagèrent bientôt les clientes et la commerçante, étaient exacerbées par les faits divers alarmants sur ces bêtes qui deviennent folles et tuent les gentils gens, faits divers qui revenaient en boucle dans les informations télévisées depuis quelques semaines maintenant. Ainsi, la population inquiète de la boutique, refoulée au fond du magasin sans oser ressortir, s’entassait en observant à loisir, par la grande vitrine, la propriétaire du chien, démasquée, qui discutait sur la pointe de ses pieds délicats, par ce temps automnal, avec un monsieur manifestement débordé par l’excentricité de cette dame bien habillée. De toute évidence complètement hystérique, la madame avait oublié l’existence de son chien, et n’avait point du tout réalisé que ce dernier, esseulé, pouvait un minimum gêner toute personne rencontrée à point mal nommé. Ce dernier, qui continuait d’inquiéter, sans geste faire, chaque nouvelle cliente, se retrouvait ainsi victime des actualités et de son maître comme bon nombre de chiens gentils ces temps-ci. Probablement candidat à la dépression, ce dernier, adorable sous les caresses qu’une cliente parvint après observation à lui prodiguer, n’était qu’abandonné, aux prises avec une propriétaire complètement siphonnée. Il ne faisait qu’attendre, animé de toutes les apparences de la résignation, que sa maîtresse daigne revenir et recommencer son éternelle scène de théâtre. Moi qui ai tendance à avoir peur des chiens (une phobie, que voulez-vous…), ce chien finit par me faire un peu pitié et bien malgré moi relativiser (je me fendais même d’un gratouillage derrière une de ses oreilles baissées). Bientôt la cliente revint, les pieds rouges, le vent dans les voiles. Une fois dans la cabine d’essayage, hurlant un quelconque babillage tout en enlevant sa tenue, le monde pour public, elle acheva les oreilles et les nerfs de la pauvre commerçante, qui, véritablement, n’avait rien demandé. Puis elle repartit sans rien acheter, son chien derrière elle. Ce dernier, emmené vers son destin, se retournant une dernière fois, nous gratifia d’un ultime regard fatigué. Nous eûmes toutes un peu honte, bien obligées de le reconnaître : même si l’animal nous avait ému, nous étions soulagées de le voir partir, on ne sait jamais… Haaaa les dégâts du JT…

Le mollosse charmant

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