Ce matin, dans la si jolie cité de Lille (avec son centre plein de beaux édifices, dont certains sont en chocolat et en nougatine), je me chauffais au lumineux soleil de cet automne balbutiant, en terrasse d’un des cafés affrontant courageusement l’imposante façade de la gare de Lille-Flandres. Un serveur, parvenu à ma table, après les quelques mots briseurs de glace, me raconta un peu sa vie et me fit part d’une de ses récentes décisions : ne servir que les hommes et les jolies femmes. En réaction à mon accès de crédulité, non maîtrisé, il rajoute, bon seigneur, qu’il refuse en effet, et désormais, de servir les John. Absolument. Oui.
Ha.
Mais que sont donc les John ?!?
L’esprit happé par la curiosité, je laisse pourtant partir le serveur.
Après quelques minutes timides, j’ose revenir à l’attaque. Le bras adossé sur le dossier de mon siège, pour une fois couronné d’un accoudoir, je demande de l’air le plus détaché possible : ”Eeeet qu’est-ce donc qu’un John hmmm ?”
La réponse fut saisissante. Chères ouailles, les John sont les femmes qui s’habillent comme des hommes. Dans la foulée le serveur, fier de son effet, me gratifie d’un court mais percutant commentaire :
“Et des John il y en a de plus en plus, bientôt ils seront tous homosexuels“.
Je mis un petit temps pour refermer la bouche. Puis faisais l’économie d’une réponse. Il est vrai que je n’aurais pas su quoi dire de véritablement pertinent. Ni même d’amusant. Ce cher monsieur semblait tellement convaincu : les femmes qui s’habillent en homme le font pour plaire aux femmes, et son courroux aiderait à remettre sur le droit chemin la féminité coupable de négliger la masse des hommes et leur libido. Je me taisais donc. C’est que je ne voulus pas risquer de mettre en péril de telles certitudes. Les certitudes sont si rares de nos jours…
Le Québec, terre d’accueil, et de détente mentale nous régale en ce moment avec leurs Têtes à claque, personnages délicieux pour qui prend le temps de comprendre ce qu’ils disent : ce qu’il faut c’est tendre l’oreille et faire preuve de beaucoup de bonne volonté (mais franchement cela vaut largement l’effort, et cela n’élargit pas l’oreille, seulement l’esprit).
Ou, si le lien n’est plus valable, copiez-collez :
http://www.tetesaclaques.tv/video.php?vid=241
Un peu de lexique pour ceux qui ont peiné (et peinent probablement encore) :
« J’en r’viens pô ‘stie » : J’en reviens pas (le ‘stie, pour « ostie », est proprement intraduisible en français, « ostie » revêt en québécois une connotation de grossièreté (un juron quoi) qui se dit potentiellement à peu près à tous les endroits d’une phrase, cela traduit la quasi totalité des émotions existantes (agacement, surprise, enthousiasme, colère, lassitude, peur, impatience, joie…) ; pour information il n’est pas rare qu’ostie soit présent plusieurs fois dans la même phrase, et cela n’est pourtant pas redondant) (ha oui, dernière chose, un vague « sssst » à la fin d’une phrase est également un ‘stie, et il est formidablement courant) (en fait, s’tie est une véritable ponctuation).
« Je venais de finir une p’tite cinquante » : je venais de finir une bière (a priori)
« ma r’tourne »: je me retourne (les québécois font sans complexe l’économie du je, et les français devraient en prendre de la graine)
« un gros chris’ d’orignal sssst » : un putain d’gros orignal (ou quelque chose comme ça) (le chris’ revêt également une connotation grossière en québécois, comme pour ostie, et vient du mot Christ)
« Il était monté drete dans le back ( ou le bout ?) de mon pick up sssst » : il était monté tout droit dans le coffre de mon pick up (drete signifie droit)
« C’est ben fucké ton affaire là » : c’est complètement dingue ton histoire
« Il était en train de dropper une grosse bouse » : boaf, il n’est pas super nécessaire de traduire ça…
« j’pense que j’lai pogné juste dans le panache là » : peut-être que la traduction n’est pas indispensable ici non plus…
« J’lui ai coupé son envie d’chier assez raide » : idem
« … un orignal se serrer les fesses et jumper comme un kangourou d’tout partout » : déjà l’image est saisissante, mais en québécois cela fait enrager d’avoir raté la scène
« t’es en train de me dire que t’avais un gros orignal à six pieds d’ta face » : tu es en train de me dire que tu avais un gros orignal juste devant toi (les québécois calculent en pied, et six pieds c’est vraiment peu, surtout pour un chasseur) (un commentaire à cet article, en bas, précise que le Québec a adopté le mètre dans ses mesures, c’est vrai, mais il est également vrai qu’on y apprend encore la taille de quelqu’un en pieds et pouces ; bref, il vaut mieux être capable de savoir évaluer les distances)
« J’suis sûr qu’tu trouverais le moyen d’en manquer un avec une patte coulée dans le béton et une cible de taquée(accrochée) dans le front sssst »
« ça a juste pas de bon sen(s) ton affaire là» : Mais enfin ! c’est insensé ton histoire ! (ou mieux : c’est du délire ton truc)
« Tu m’niaises » : tu me baratines (très usité, très parlant, et vraiment très québécois) (cela peut également signifier « tu me testes », et sous la forme interrogative cela donne « tu m’niaises tu là ? »)
« Dis peanuts sans rire » : Dis cacahuète sans rire (et il est vrai que cela est difficile)
« j’ai pas ri pas en tout’ » : je n’ai pas ri du tout.
Pour les courageux (épuisés mais volontaires) qui en veulent encore, voici pour le plaisir les orignaux, ces chères petites bêtes, québécoises s’il en est….
Si le lien ne fonctionne plus, copiez-collez :
http://www.tetesaclaques.tv/video.php?vid=32
De nouveau un peu de lexique pour les amateurs :
Pick up : pick up (mot transportant toute l’histoire des anglicismes)
« Il pogne son gun » : il attrape son fusil (et le tient bien)
« Ben voyons don(c), ça n’a pas de bon sen(s) ton affaire là» : Mais enfin ! c’est insensé ton histoire !
« Avoue que c’est ton genre de faire ces niaiseries là là » : Avoue que c’est ton genre de faire ces gamineries là (le double la sert à donner le ton en québécois)
« Ben je l’sais-tu moé ? » : je n’en sais rien (à dire sur un ton d’évidence affirmative, toujours, cela signifie à l’autre de faire un effort d’objectivité) (le verbe suivi du tu est une spécialité québécoise, exemple typique : « tu-veux-tu quequechose ? », à prononcer quequechaose)
«T’as pas d’allure…» : tu n’es dé-ci-dé-ment pas raisonnable (ou logique)… (trèstrès courant)
Ta dam
Si vous voulez en voir plus, le site internet (dans l’idée, approximativment, ce site est le 5000ème à être visualisé sur les 100 000 000 de sites internet du monde entier tout de même…) : http://www.tetesaclaques.tv/
Dj Töfel vient de Sarreguemines, Moselle, et nous apprend gentiment quelques rudiments de platt, patois de la Moselle Est, qui vient directement du francique, parlé des deux côtés de la frontière franco-allemande.
La France, pays de culture, voit ses citoyens mosellans s’échanger les nouvelles du jour dans ce langage auquel il faudra penser pour des codes de guerre si nous en venons à nous quereller avec quelques extraterrestres médusés (ressemblant un peu au niveau de la tête à une méduse).
Aujourd’hui dans le RER C, wagon de tête, à 15h22, un monsieur gisait sur le sol. Le train fut immobilisé, en quai de Juvisy dans l’Essonne, pour permettre à des pompiers de secourir ce passager évanoui. Ce dernier, dans la soixantaine, mince, portait un chapeau mou noir, une tenue bariolée. Un bouquet de violettes fatiguées s’éparpillait autour de lui. Quelques secondes avant l’entrée en scène des secouristes, il reprit ses esprits, rassembla ses fleurs et se releva péniblement. Bientôt nez à nez avec les secouristes dépêchés sur les lieux, il les gratifia d’un large sourire édenté, l’haleine avinée. Ces derniers manifestement habitués aux bouquets de violettes, le prièrent de se laisser ausculter. L’homme au chapeau, après avoir opposé deux refus catégoriques, finit par accepter de se laisser examiner : “bon, d’accord, mais vite, vous avez l’air gentil“.
Cela fut folklorique. Ce monsieur, sans chaussure, avait beaucoup bu. Bonhomme, il commença par déclarer tout de go qu’il ne dirait rien si l’on ne le tutoyait pas. La saillie ensuite spontanée, il faisait rire avec une fraîche facilité tout le wagon. En marge de son détendant babillage, et à la vue de la réaction des autres voyageurs, il était très agréable de voir qu’un presque clochard ne faisait pas que choquer ou gêner les autres passagers. Il répondait bon enfant aux questions des pompiers. C’est ainsi que nous apprîmes dans le désordre qu’il fut capitaine en Algérie, allait à Aulnay sous Bois, avait bonne mémoire, n’avait pas de problème de santé et bandait encore.
L’opération prenait un peu de temps, une poignée de minutes jusqu’alors. Les passagers se tenaient tranquilles. Tout se passait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Puis, sans crier gare, mais en criant tout court, un passager du wagon voisin entre en scène. La colère rentrée, il tance les secouristes, les gratifie généreusement, en substance, d’incompétence et autres bande d’incapables, et s’exerce à ramener dans son sillage nombre d’ondes négatives (qui doivent encore se répandre sur les voies à l’heure qu’il est). Nous, les passagers, ne vîmes pas la tête du monsieur au premier abord car il était arrivé dans nos dos : la surprise fût coquette. Cet insatisfait agressif, qui jugeait le travail des pompiers, et l’incapacité du monde entier-tous-des-cons, était un rasta. La tête au chaud dans un énorme bonnet aux couleurs de la Jamaïque, le bedon paisible et affranchi, il ne faisait pas l’économie de sa voix rocailleuse : “Bon ! ça va maintenant ?! C’est quoi ce bordel ! Sortez le ce type, il emmerde tout le monde ! Putain, y’en a qui foutent rien dans ce pays“.
Au moment où ce charmant monsieur expliquait dans ces termes aux pompiers leur métier, les secouristes relevaient un rythme cardiaque inquiétant chez l’ancien capitaine qui déjà se redressait pour protester : “hey ! je voulais pas me faire ausculter moi monsieur ! Je ne veux embêter personne.” Les pompiers le firent se rassoir, et cesser de parler (sans y parvenir tout à fait, et ceci est un euphémisme misme).
Après un dernier reproche au moins universel, le rasta retourna dans son wagon. Le capitaine refusait à présent d’être emmené à l’hôpital : “j’ai tout de même le droit de ne pas vouloir“. Négociations infructueuses. Deux minutes plus tard, les secouristes, obligés, faisaient remplir un imprimé à leur patient récalcitrant officialisant ainsi le refus de ce dernier d’être soigné. L’ivresse n’aidant pas à la formation rigoureuse de majuscules respectueuses des cases, cela prit quelques minutes de plus (mais à peine cinq minutes). Là-dessus, notre grondeur-yeah-peace revient, éructe de plus belle, recommence le même spectacle, la colère froide et le point levé.
Cela faisait un gros quart d’heure, en tout, que nous étions à quai, un simple quart d’heure pour venir en aide à un monsieur, et personne ne se plaignait.
En fond sonore, l’énervé persistait à déverser sa bile, le jugement rendu, sûr de son autorité. Tout le monde le regardait. Les secouristes continuaient leur travail sans se démonter, toujours souriants. L’ancien capitaine, toujours saoul, faisait des ratures malgré sa sincère application. Le décalage était simple, presque doux. Un des pompiers finit par emmener l’agité à l’écart, manifestement habitué à devoir gérer les superhéros. Nous ne le vîmes plus (oh que c’est dommage). Bientôt, un autre train, aux destinations identiques au nôtre arriva sur la voie d’en face. Tout le monde descendit-descenda, tout le monde remontit-remonta. Le train partit de suite. Et ce fut tout.
Nous venions d’être passivement en présence de désespoir, d’entraide, de limites, d’éclats de nature humaine, de mélange des cultures, de passé, de futur, d’histoire.
Le train était reparti, comme si de rien n’était. Les regards étaient de nouveau tournés dehors. Et la France continua de défiler. Confiante dans l’avenir.
Cette semaine en France, la troisième du mois d’octobre, une grève généralisée des transports se déclare. Nous savons tous à peu près pourquoi. Et cela est plus ou moins douloureux selon l’endroit d’où l’on part. Mais là où le bât blesse à coup sûr (et on peut imaginer que cela fait vraiment mal), c’est que cette grève ne doit pas être une cessation concertée du travail, comme sa définition le veut, mais une cessation non concertée de la vie des autres, de tous les autres : on ne vous demande pas votre avis, et si c’est possible fermez là, c’est encore mieux. Zen effet, Monsieur Delanoë (qui bénéficiait d’un relatif capital sympathie de ma part jusqu’à cette semaine) estime le plus simplement du monde que les Velib, en tant que moyen de transport (et cela en est un il n’y a pas de doute) ne doivent pas servir d’élément anti-grève : “La mairie de Paris n’est pas là pour gêner les grévistes”.
Pour gêner les grévistes… Le mieux eut encore été d’attacher tout le monde au radiateur, baillonné, et sermonné. Mais c’eut été un peu compliqué à organiser.
Paris est prise en otage. Son maire, apparatchik reconnu, PS power my dear, a tranché, et ce ne sont pas les liens. Le choix est fait, les yeux fermés sur ce qui embête, et les yeux des autres ouverts sur ce que son parti estime être juste. Cela a de désagréables relants d’autoritarisme. Le parti… BHL va encore vendre des livres…
La période est au dépassé. Dépassées les pensées, et courants de pensées, dépassés les nerfs, dépassées les réactions, dépassés les politiciens. L’interdiction du Vélib, cette location de vélos dont le slogan est “la ville est plus belle à vélo”, est d’une maladresse attérante et très révélatrice. Le Vélib est un service, avec un abonnement, un engagement (c’est aussi sensé être un délassement, mais nous n’avons pas le droit de nous délasser un jour de grève). Sa suspension arbitraire bêtifie son utilisateur, décide de son budget, lui dicte sa conduite, et mieux sa morale. Il FAUT que tous les français soient paralysés les jours de grève non mais. Ils veulent décider de leur vie ? Pardonnez-leur ils ne savent pas ce qu’ils font.
La France a perdu contre l’Angleterre. Une vieille histoire, un vieux couple. Paris était hier, dimanche, sous le soleil, un rien convalescente, quelques artères fermées aux voitures, oxygénées. La capitale prenait un peu soin de sa santé.
Cette semaine sera pleine d’articles sur, par et avec BHL, Popstars confirmera les faux départs, Cécila ne refera probablement pas surface, et la même question se pose pour Ségolène. Mais RIEN n’empêche l’organisation des brocantes ! De saison, elles évitent de perdre le Nord et autorisent la détente à bas prix (même si quelques disputes surgissent à l’occasion entre brocanteurs jaloux de l’espace que prend le carton du voisin). Chinons nobles lecteurs, cela fait plaisir, fait circuler l’argent, le sang, et ne vient ni conforter le capitalisme galopant, mot à la mode, ni mettre en danger la croissance, mot bien commode.
En matière de brocante, la prochaine fin de semaine sera possiblement la dernière, les villes qui organiseront la leur seront les last but not least, et l’évènement désignera peut-être la commune de vos rêves. L’attention aux aguets, elle vous dévoilera un salon complet ou un fauteuil à bascule grinçant de plaisir dont le prix vous laissera tremblant d’émotion…
Aux infos, cette semaine, la ville du Havre (qui se veut de paix) nous dévoile sa dernière trouvaille : la fausse cage d’escalier pour vrais squatteurs.
Quartier de Graville la Vallée, défavorisé, est désormais débilisé. C’est officiel.
Construite sur un petit terre plein recouvert d’une herbe grasse (rappel de la petite maison dans la prairie), la fausse cage d’escalier, tendance rouge, trône devant les vrais immeubles avec son faux départ d’escalier, ses fausses boîtes aux lettres et des fenêtres. On assiste la bouche ouverte au discours promotionnel du responsable de l’office HLM qui, sans se démonter, explique la pertinence du projet (pour donner un espace aux squatteurs, et bla), et des 15000 euros que la merveille a coûté. Un jeune noir témoigne ensuite de l’absence absolue de fréquentation, terminant son analyse d’un “tout cela n’est que parodie” un rien rappé.
Franchement, la ville du Havre inauuuve ; elle nous auuuufre là un improbable sursaut d’art contemporain.
Le “suréalisme urbain” : preuve par l’architecture de la perte fulgurante du bon sens et de l’ère ouverte, saignante, de l’intellectualisme sans cerveau, ramure de marketing coupé des racines.
Quand on disait que ce mois-ci était à suivre de près.
L’équipe de Rugby gagne contre les All Blacks, improbable, fantastique (nombre d’entre nous a pleuré, que cela était mimi…), et Sarkozy fait son premier malaise officiel en pleine foulée dans Central Parc.
Nous y sommes. C’est clair. C’est sûr. L’été a bien passé, la chaleur ne devrait pas revenir. Enfin selon des lois climatiques espérées. L’année scolaire, sur laquelle nombre de nous se câle, commence. Ayé. Il fallait un évènement. Un tremblement. Quelque chose qui vienne faire la différence entre l’année passée et la nouvelle… Et cet évènement fut : cette mise en ligne.
Arf.
Grand soleil en ce début de mois d’octobre 2007. La journée, qui ne reviendra pas, est magnifique. La France joue dans quelques heures contre les All Blacks (ils doivent donc gagner contre une équipe entièrement constituée de noirs, ça se regarde). L’année scolaire achève de commencer. Bientôt, les femmes porteront beaucoup moins haut les jolies jupes (les lâcheuses) et les hommes porteront beaucoup moins haut leur bonne humeur (les fâcheux).
Arf
Maintenant, parlons de vous… Vous qui lisez ces lignes… Prenez ce siège, il vous sera réservé pour vos prochaines visites, noble visiteur.
Ces carnets s’efforceront de vous faire honneur en évitant le”prêt à penser”, les confettis recyclés et les effets de manche.
Prenez-place, et revenez visiter ces pages à l’occasion.