
Entrée du Nouveau nouveau musée de l'Acropole ouvert en 2009 à Athènes. Photo E.S.Claës.
En grande pompe, les Grecs et leur ministre de la Culture, Antonis Samaras, ont ouvert le Nouveau nouveau musée de l’Acropole cet été à Athènes.
Ultra moderne comme il se doit, poli et bien élevé sur trois niveaux, haut de 23 mètres, répandu sur 15.000 m2, le musée se visite néanmoins avec peine.
D’accord d’accord, il y a au moins 350 vestiges et sculptures de l’Acropole, d’accord il y a de magnifiques bas reliefs, des céramiques, des sculptures antiques et des pièces rares provenant des lieux de culte alentour, certes il y a les cinq émouvantes Cariatides du temple d’Erexthion, et il y a bien entendu une vue époustouflante… mais ça ne fonctionne pas.
Pire, cela gêne.
La visite du Nouveau nouveau musée de l’Acropole laisse une impression bizarre.

Vue du 2ème étage du nouveau nouveau musée. 2009, photo de E.S.Claës.
Pour peu que vous ayez visité la Grèce, ses villes, discuté avec ses habitants, on se demande bien l’intérêt réel de ce stupéfiant édifice mal rempli où vous n’avez pas le droit de prendre des photos même sans flash (quand vous pouvez le faire dans tout le pays).
On aime néanmoins la gestion étonnante de la lumière, le travail de l’architecte franco-suisse Bernard Tschumi. À la limite. Mais enfin, on est conscient de l’argent investi, des batailles juridiques, des négociations laborieuses, des choix cornéliens et des oui-mais politiciens…
On est surtout conscient de la santé fragile de la Grèce, ce qui rend la visite du musée franchement saumâtre…

Gorgonne du nouveau nouveau musée, 6ème siècle avant J.-C. Photo E.S.Claës (mais il faut pas le dire passque les photos sont interdites).
La Grèce tire la langue.
Entre tendances mafieuses et églises orthodoxes traquant les shorts, entre dette publique et invasions d’immigrés*, entre millions de touristes dépersonnalisants et émeutes passées, le monde politique grec dispute des élections présidentielles anticipées pour mars 2010 et s’accroche à ses vestiges.
La Grèce construit le nouveau nouveau musée et laisse s’effondrer ses jolies maisons anciennes. La réalité est que la Grèce actuelle ressemble à la Chine. La Grèce de 2009 détruit ce qui est ancien, à part ses ruines qu’elle conserve comme une chienne protège ses petits.
À l’image du monde actuel, elle tabula-rase tout pour construire à neuf dans une frénésie commerciale et identitaire.

Béton grec 2009, photos E.S.Claës.
Les Grecs cassent, renient, attirent et rabattent le touriste qu’ils traitent avec un mépris déclaré, en dehors bien entendu des hôtels de luxe et des clubs de vacances, bien entendu bien entendu.

Poissons chinois dans l'eau grecque, Photo E.S.Claës.
Partout se bétonnent les littoraux, se transforment les bords de route en décharge à ciel ouvert, partout les entrepreneurs grecs abattent pour reconstruire d’impersonnels immeubles à la chinoise, avec crépi et tout et tout…

La plage est là, à 10 mètres, Athènes 2009. Photo E.S.Claës.
MAIS ! ils ont un tout nouveau nouveau musée, trop grand, qui porte haut l’étendard et véhicule un ton revanchard.
Pointant du doigt les Anglais, ces voleurs qui ne rendent pas la frise de l’Acropole, les Grecs injectent des centaines de millions dans le musée tandis que le pays perd ce qui restait de son patrimoine post Antiquité.

Maisons de Grèce adorables et agonisantes, partout, 2009, photos E.S.Claës.
Drôle de pays.
Drôle de période.
Les Grecs ne sont pas sortis de l’κατοικία.

Ruines du château de Mystra sous le ciel ombrageux de l'été 2009. Photo E.S.Claës
* De 250 000 à 2 millions immigrés clandestins sur le territoire grec en 2009 pour 11 millions de Grecs ! Concernant l’explosion de l’immigration : “Si l’Europe pesait de tout son poids, ce serait différent. Mais l’Union ne s’occupe que de ce qui se passe à sa porte. Nos partenaires ne réalisent pas l’ampleur du problème qu’ils vont devoir affronter“, Konstantinos Bitsios, Secrétaire général du ministère de l’intérieur, été 2009 dans l’Express. Europe, ma soeur Europe (en train de scruter les frontières), ne vois-tu rien venir ?