Ce blog est clos, voici désormais le nouveau : http://chloeherzhaft.wordpress.com/
12 août 2011
29 juillet 2010
Episode 6 : Jungle et mat
Bus, reins sollicités, yeux partout, roupies, nous continuons le voyage. Après une nuit passée dans un bus de nuit semi-dormeur qui poussa la gentillesse jusqu’à transporter des moustiques nomades, Fort Cochin nous a accueilli pour deux jours. Deux jours de repos.
Sur la mer, en promenade dans les rues intimistes de ce petit morceau de ville, nous découvrons la mousson. Il pleut, de cette pluie continue, inconnue, lourde et chaude, sans répit. Cela me charme littéralement. Je ne sais pas, elle a quelque chose de nostalgique cette pluie, presque quelque chose d’historique. Le sentiment peut-être de vivre l’exacte même saison qu’ont dû vivre les Anglais ou les Portugais passés ici les siècles précédents…
Les maisons sont un peu plus colorées. Rien de faramineux, mais plus structuré, plus homogène, un rien moins fatiguant pour nos cerveaux français. Nous parvenons à isoler le nom des rues dans la multitude des informations et des panneaux, c’est dire. Les villes que nous avons visitées jusqu’ici se caractérisent notamment par une absence frappante d’architecture ainsi que par une omniprésence de publicités. Ce pays croule sous la pub, il plie sous les néons, l’accroche et l’image promotionnelles.
J’ai vu à Madurai un vendeur de fleurs voir son toit en vilaine tôle s’écrouler sur lui à cause du panneau de trop, un panneau vantant des cigarettes à coup de beau gosse et de regard de braise… Il arrive souvent que ces pubs soient accrochées à l’envers ce qui est absolument réjouissant tant cela défie la logique de productivité à laquelle se soumet avec trop d’entrain ce pays-continent. En dehors de cet allègre détail, tous les commerçants, du plus petit vendeur de samosas au vendeur de bouteilles d’eau, pour peu qu’ils aient un étal, ce qui est loin d’être toujours le cas dans le périmètre, couvrent leurs murs de pubs. Pour exacerber encore cet aspect dépersonnalisant des villes, il faut préciser que les panneaux vantent les mêmes pubs. Vous retrouvez donc à 500kms de distance une ville sans architecture avec les mêmes vendeurs de fruit, les mêmes Tuks Tuks et les mêmes pubs. Des villes humides. En pleine jungle. Bon. On verra la suite, je doute que toute l’Inde du Sud réponde à l’injonction publicitaire. J’espère.
Comment font les Indiens pour lutter contre cette humidité et cette chaleur qui insensiblement et sans nuance gagnent la bataille ? Les maisons sont humides, les murs suintent l’humidité, l’air est chargé d’humidité, les constructions humaines résistent plus mal que bien contre le grignotage incessant de l’eau et de la mousse. Ce gain de terrain est visible sur chaque mètre de ces villes entourées de jungle. Fascinant. À se demander comment un Français se débrouille pour planter son installation électrique et rater les fondations de sa maison… Le climat lui aura pourtant, c’est un fait, facilité les choses… L’Inde du Sud, la meilleure école de BTP au monde. Vous réussissez ici ? Vous êtes le maître de l’univers. Finger in the nose.
En arrivant à Fort Cochin, le même enchantement à double visage qui caractérise notre voyage nous a enveloppé. Le visage sincère, les Indiens lumineux, aux gestes gratuits, puis le visage trouble, faussement amical, très « How arrrrrre you my frrrrrrriend !!! » à savoir les Indiens intéressés par l’argent, le nôtre en l’occurrence. Ce qui ne fait pas nos affaires. Néanmoins, l’Inde qui souffre de ce mal du tourisme mondialisé, celui des sentiers balisés par les guides de voyageurs, réussit l’exploit de conserver une générosité dominante, une nonchalance affranchie. S’il est particulièrement déplaisant, même franchement détestable d’être harcelé, transformé en cible privilégiée d’un marché parallèle, le marché des prix quintuplés, il est on ne peut plus touchant d’être invité par un chauffeur de Tuk Tuk à venir fêter en famille les deux ans de sa petite fille…
Et puis il y a l’Inde verte, celle de la nature, de l’eau, de la terre, de la mer… Une journée passée à glisser sur les eaux des marécages, à bord d’une barque au toit tressé des Backwaters laisse une empreinte indélébile. C’est une émotion à part, exilée sur l’étagère des souvenirs saisissants. Dans ces marécages, le ciel bas, la pluie tropicale, les percées de soleil illuminant la nature miroitante vont font plisser les yeux pour mieux voir un oiseau élancé au bec orange. Le bruit surtout est impressionnant, une musique ample, un bourdonnement organique, toute une vie invisible pour le néophyte. Il y également la vie silencieuse plus visible qui vous surprend, ce serpent qui glisse dans l’eau à deux brassées de votre bateau par exemple ou cette Indienne dans l’eau jusqu’à la taille, tache bleue turquoise qui coupe à la serpe du fourrage pour ses vaches…
En une heure de temps, vous êtes de nouveau à Fort Cochin où vous retrouvez les moustachus, les klaxons, les boutiques chères et les rideaux de publicités. Après ces deux jours de mousson atemporelle, nous avons pris un nouveau bus direction Munnar, ville exilée dans les montagnes. Rien ne m’avait préparé à vivre un tel émerveillement…
Ce fut magique. Je restais en arrêt devant la majesté de milliers d’hectares de plantations de théiers, à flanc de montagne, un décor douillet, une époustouflante infinité. Les impressions se succèdent, l’air est d’une pureté remarquable, les nuages passent vite et caressent les collines vertes de leur ombre souple. Quelques taches de couleur trahissent des cueilleuses de thé matinales.
Amatrice de thé, c’est avec une émotion réelle et décuplée que je me promène dans ce décor surréaliste. Une paix profonde, une douceur moussue y envahit le corps et l’esprit. Les cueilleuses occasionnelles vous sourient en gloussant, vous êtes leur attraction de la journée. Elles vous laissent prendre une photo avec aménité tandis qu’elles se cassent le dos à longueur de journée, pliées sur les arbustes multipliés par millions pour une paie de 150 roupies par jour (2,50€). Le travail est rendu plus rentable par l’employeur qui met à disposition pour 300 roupies par mois le logement.

Les feuilles les plus vertes et les plus jeunes sont pour le thé blanc. Les suivantes pour le thé vert et le thé noir. Photo E.S.Claes
Les cueilleuses babillent entre elles, elles parlent en travaillant de choses mystérieuses pour moi qui suis si curieuse. Je reste à les observer, elles me laissent faire. Elles font comme moi finalement, elles profitent de cette matinée miraculeuse où le soleil a inondé les versants de montagne…
Bizarrement, il n’y a pas de dégustation de thé ici, il vaut mieux aller au Japon pour cela. Mais il y a les paysages où des éléphants sauvages remontent dans les théiers pour trouver de l’herbe grasse.
En une journée, l’Inde s’est transformée encore.
Quand nous sommes repartis, le lendemain matin, en remontant la route sinueuse et défoncée parcourue à bord d’un Tuk Tuk bien matinal, je restais saisie par la beauté inénarrable des montagnes baignées d’une lumière spectrale et de nuages translucides. Ces nuages passent en s’étirant sur les théiers, donnant l’impression de vous inviter à l’intérieur d’une estampe japonaise. Je regrettais très fort de ne pouvoir profiter de cet instant extraordinaire, ce calme, cette sérénité. Je tentais de faire durer ce plaisir. La magie de l’instant était éphémère, le jour se levait déjà, il chassait l’eau condensée des nuages d’aurore.
Dans une heure, les klaxons de voiture retentiraient, les travailleurs dévaleraient les montagnes, les éléphants iraient boire de l’eau à la rivière et nous serons loin.
Notre bus partit à 7h. Il a fait son boulot de bus indien, il grinça, klaxonna, roula à une vitesse défiant notre tendance toute occidentale à la rationalité. Mais nous oubliâmes bien vite ces futilités. En une poignée d’heures, encore, le décor évolua radicalement. Nous fûmes transportés dans la jungle, mais une jungle de montagne où vivent des singes et des tigres. Les singes nous ont approché dès notre premier arrêt pour attendre, les yeux vifs et les gestes habiles, que nous leur lancions à manger. Cela tombait bien, nous avions des biscuits Indiens immangeables (ne jamais acheter de biscuits indiens à la framboise) que les Singes ont trouvé fort à leur goût.
Finalement il n’y a que les hôtels et les pubs qui ne changent pas, pour le reste ce sont des paysages très divers, des plages, des montagnes, des rizières sans âge, inconnues pour nous, des bisons en liberté et des singes chafouins. On peut choisir de voir l’Inde ainsi. D’autres bien sûr peuvent préférer voir que les 60 000 hectares de théiers environnant la ville de Munnar, ce qui fait de cette région de l’Inde la plus grande plantation de thé du monde, appartiennent tous à la même multinationale prénommée Tata. Ce qui est tout de suite moins poétique. D’autres préfèrent se souvenir que c’est là également que se trouvent les plus hautes plantations de Marijuana du globe. D’autres enfin se focalisent sur les Indiens.
Pour le clin d’œil, visitons quelques unes des enthousiasmantes manies et coutumes locales. Les Indiens roulent à gauche, ce qui en plus de leur tendance à rouler dans tous les sens achève de vous déstabiliser tout à fait. Les Indiens ont des accidents souvent, preuve faite par les 4 véhicules gravement accidentés que nous avons vu dans les fossés jusqu’à présent et par le léger accident que nous avons eu nous-mêmes dans les montagnes en quittant Munnar. Un pauvre petit camion pris entre notre bus et un autre bus s’en souvient. Pas dit que les chauffeurs de bus s’en souviennent aussi. Les Indiens portent des bijoux, beaucoup d’or, ils ont le front coloré de pigments par coquetterie ou religiosité, ils parlent fort, surtout les plus jeunes, mais pas autant que les Chinois, faut pas déconner. Ils vendent aux touristes, parce que eux-même ne s’en servent pas, le papier toilette « Passion ». Les Indiennes rangent leur téléphone portable dans leur soutien gorge sous le sari, ces téléphones portables ont d’ailleurs des sonneries très bollywood et très fortes qui émergent donc des sari régulièrement dans la journée. Précisons que les Indiens mettent presque toujours leur discussion sur haut-parleur. Le regret est cuisant de ne pas comprendre un mot de ces échanges. Les Indiens ont pour le coup peu de volonté d’intimité, dans tous les cas beaucoup moins que nous. Ils vivent et laissent vivre, toujours en communauté, toujours tranquilles et posés. Nous n’avons jamais vu d’Indien du sud hausser la voix.
Pour finir sur ces quelques détails de tous les jours, nous pouvons, nous DEVONS évoquer la qualité du service en hôtellerie qui globalement nous laisse rêveur, de la douche chaude composée de deux pommeaux séparés l’un vous brûlant la peau l’autre vous gelant le corps, à cette frite inoubliable trouvée dans une boule de glace à la vanille. J’ai bien peur de devoir l’admettre, je ne m’en lasse pas…
20 juillet 2010
Episode 5 : Le voyage dans le voyage
L’effet ne passe pas. Toujours l’impression de vivre quelque chose d’irréel, de dense et d’extrêmement présent.
Nous avons couru pour visiter les « lieux à voir » du Tamil Nadu. Souvent les villes ne proposent qu’un temple à visiter, parfois un musée, l’idée d’y rester une journée entière est inenvisageable. Voilà à quoi s’est résumée notre progression dans le pays. Jusqu’à ce que nous rations le train reliant Trichy à Maduraï dans l’extrême sud de l’Inde.
Notre train nous est parti sous le nez parce que nous n’avions pas compris que c’était le nôtre. Nous avons attendu une heure supplémentaire pour prendre le train suivant. Tous les Indiens qui n’avaient pas pu s’offrir une place dans le train cher que nous avions raté patientaient avec nous. Le train est arrivé.
Une foule pressée s’est précipitée dans l’espoir un peu fou de décrocher une place assise. Une foule compacte, violente, sans tête qui nous a entraîné avec elle sans ménagement. A bord, une chaleur et une odeur pestilentielle de toilettes nous ont immédiatement pris à la gorge. Nous ne cessions d’être bousculés parce que nous étions en plein milieu du passage avec nos gros sacs à dos. Plus aucune place assise ne nous était réservée. Nous commencions à envisager avec amertume et mauvaise humeur, même avec un soupçon de panique, les trois heures de voyage qui nous attendaient. Puis nous nous sommes trouvés embarqués, bien malgré nous, en voyage dans le voyage quand nous fûmes subitement exilés sur le porte bagage au-dessus de la tête des passagers.
Les Indiens étaient amusés de voir deux occidentaux, de toute évidence totalement largués, assis sur le porte-bagage de leur train. Ils nous y avaient fait monter, familiers des méthodes qui se pratiquent à bord, ils pouvaient ainsi nous admirer à loisir. Puis, alors que nous ne nous remettions pas encore du changement plutôt soudain de perspective, le train a démarré.
Les fenêtres, et surtout toutes les portes, sont restées ouvertes. Les passagers debout se sont assis au sol. La vie à bord s’est organisée. Le vent a chassé l’odeur des toilettes qui n’ont dès lors plus beaucoup été empruntées. Les Indiens nous ont oubliés. Nous pouvions à notre tour les observer, longtemps, à notre guise. Leurs visages, leurs attitudes. Des vendeurs ambulants passaient à l’occasion entre les Indiens assis qui se poussaient tranquillement. Un jeune homme jouait avec des enfants qu’il ne connaissait pas. Deux mamies s’organisaient pour dormir l’une sur l’autre, arrangeant leurs bagages et leur sari pour optimiser leur confort. Trois messieurs très moustachus s’esclaffaient en s’échangeant de franches accolages, finissant même par se donner la main. Une jolie douceur de vivre se déposa sur nos têtes.
Un voyage dans le voyage…
Le train semblait avancer au charbon. Par cahot, un tchouc tchouc persistant en prime. Le chauffeur trouvait le moyen de klaxonner souvent. Après une bonne heure d’altitude et de lecture, je suis descendue pour me dégourdir un peu les jambes. « On » me laissa passer. Tout de suite les sourires. Pleins de sourires. Le wagon siestait. Le calme régnait, du vent chaud entrait par rafale par les fenêtres. Des Indiens m’ont fait signe de les rejoindre pour prendre place à une des portes ouvertes. Un vieux monsieur me fit asseoir à sa place malgré mes protestations. Il me fit signe de regarder dehors, avec insistance. Ce que j’ai fait. Avec émotion.
Se doutait-il que le simple fait d’être assise dans l’encoignure de la porte d’un train en marche, les jambes pendantes dans le vide, était déjà en soi une remarquable aventure ?
L’Inde fut magnifique. Elle m’apparut en mouvement, magique, le vent au visage, dans les cheveux et dans mes rêvasseries. Je vis des montagnes plantureuses, une multitude de verts profonds, des hectares de palmiers et de jungle. Des villages blancs tachetaient parfois le décor. De temps en temps un passage à niveau voyait passer deux jambes blanches et un esprit vagabond. Le temps passait bien vite dans ce train si lent. J’oubliais totalement les gens.
Je prenais des photos, je voulais tout voir, tout toucher. J’embrassais du regard une colline ou la pointe d’un temple coloré. Des vaches, des bisons, des chèvres par troupeaux me surprenaient. Quand le vent finit par me chasser, parce que mes yeux séchaient et que ma peau commençait à tirer, je me levais pour retourner à mon porte-bagage et me confondis en excuse quand je réalisais que j’avais totalement oublié le vieux monsieur. Il se montra charmant, me fit un désarmant sourire et me tapota dans le dos.
Je ne rejoignais pas ma place tout de suite, nous avions fait quelques arrêts et des sièges s’étaient libérés. Je ne pus résister à l’envie d’en essayer deux ou trois pour admirer de nouveaux voisins qui me laissaient faire. Décidemment, ce voyage enchaînait les délicates attentions, il ridiculisait sans effort la peur primitive de « perdre mon temps » qui m’avait envahie en montant à bord. Je décidais confusément de continuer le voyage en faisant passer au second plan « les visites » obligées.
Une fois sur le quai de la grande ville de Maduraï, après que nos voisins nous aient fait descendre de notre nuage ambulant, bien conscients de notre absolue ignorance des réseaux ferrés locaux, un jeune homme a pris mon chapeau pour faire rire ses amis. Un vendeur m’a fait goûter un de ses étranges beignets. Le train est reparti avec ses Indiens souriants.
Nous sommes entrés dans la ville à pied et triomphants. En faisant abstraction bien sûr de l’état lamentable de nos chevelures dérangées par les vents et de nos pantalons noirs de crasse suite au séjour sur le porte-bagage. C’étaient là de bien secondaires détails à côté de la joliesse du souvenir de notre voyage dans le voyage déjà terminé.
Déjà regretté.
« On ne voyage plus : on se déplace comme des représentants en cravate et bonnet de bain. […] J’ai souvent noté que malheureusement l’homme voyage le regard au-dedans de soi-même. […] Toujours se souvenir que le voyageur est venu pour voir. Que la seule richesse qui ne s’achète qu’avec du courage, c’est la lenteur. » Olivier de Kersauson, Ocean’s Song
19 juillet 2010
14 juillet 2010
Episode 3 : une coque sur les vagues
Cinq jours en Inde du Sud. Dont quatre dans la ville de Mamallapuram, ville de bord de mer si connue des touristes.
Nous devions y rester une journée, pour la mer, les poissons et les temples. Puis nous avons rencontré les Tamouls.
Il serait facile de vivre dans cette ville d’Inde du Sud que l’on découvre très doucement. Pourtant l’envers du décor n’est pas aussi nacré que les coquillages proposés dans les restaurants. Il est aisé de deviner derrière la façade lumineuse et colorée les conséquences de l’afflux brutal d’argent dans ces régions prises entre jungle et plages. Il y a encore 15 ans, tous vivaient de la pêche et de l’artisanat. Aujourd’hui, le grand journal du coin annonce la construction d’un vaste complexe sportif.

Un assistant, dans un magasin de sculpture, nous sert du chaï, devant un trimurti détendu. Photo E.S.Claës
Mamallapuram, c’est LA ville spécialisée dans la sculpture sur pierre. C’est le pied à terre des touristes, le paradis des tongs. On peut y voir des singes facétieux, des temples centenaires et fumer de la marijuana. On longe des enchevêtrements de magasins pleins de sables et de statues, des Shivas et des Buddhas à perte de vue. Les boutiquiers proposent du chaï, thé couleur caramel, sucré et doux, ils posent pleins de questions et proposent invariablement d’acheter un de leur Ganesh sculpté allongé avec un ordinateur portable sur le ventre… Le rite est ancestral…
Le touriste accepte ou refuse. Aussi invariablement. C’est ça le rite, un peu partout dans le monde. Le touriste arrive, l’habitant du coin le considère comme une carte bleue ambulante. Et puis cette réflexion, toujours la même, faut-il continuer de venir ?
Quoi penser quand le moindre sourire finit par se monnayer ?
L’argent facile recompose la symphonie, les clans se créent, les rapports mafieux se tissent. Les fonds de boutique se louent aujourd’hui 100 000 roupies dans la ville. Au meilleur payeur. Aucune considération pour les locaux bien incapables de payer une telle somme. Et là, nous ne parlons que de la caution. Pour idée, un plat dans un restaurant pour indien vaut 30 roupies, un hôtel pour indien (interdit aux étrangers) coûte 70 roupies. On imagine le choc que peut entraîner la lecture du montant de cette caution.
En 20 ans, avec le tourisme croissant, deux ou trois familles ont imposé leur loi, les plus douées, les plus riches, les plus perméables aux principes capitalistiques, « Toujours vendre, toujours plus ». Ils ont progressivement racheté les terrains, les hôtels, ils ont construit, ils vendent à des acheteurs étrangers, plus riches encore, en l’occurrence les Kashmiris, qui finissent par tout investir. Le touriste continue d’arriver, les sacs en bandoulière affluent et les cautions des boutiques augmentent. Les locaux sont dépassés.
Combien de temps moi touriste me souviendrais-je de ce fils de pêcheurs tamoul qui nous a invité après deux jours de discussions et de sourire à manger chez lui, avec sa femme et ses deux fils ? Son grand rêve est d’ouvrir une librairie dans la principale rue commerçante, celle qui mène à la plage. Il ne sait, il ne peut y croire. Beaucoup de choses le dépriment, il ignore comment lutter, il ignore quoi faire. Il assiste impuissant aux changements profonds des comportements. Des liens familiaux. Il ne peut pas payer la caution pour ouvrir une boutique. Personne dans le coin ne le peut. Alors il vend et échange quelques livres dans un petit local sur la plage. Il travaille le reste de l’année à la nouvelle centrale nucléaire à quelques kilomètres. Il ne se plaint pas, il veut croire dans sa bonne étoile. Il a de l’esprit critique, il est bon travailleur, il n’a pas d’amertume, il n’en veut pas. Ce qui le rend le plus triste peut-être, c’est l’interdiction récente de l’accès au temple, à moins de payer. Il se souvient comme il allait y jouer et faire la sieste enfant. Ses fils n’y sont plus les bienvenus. Ça, cela le rend vraiment malheureux.
Cinquante mètres plus haut, dans la fameuse rue commerçante, rue en terre battue sans trottoir d’ailleurs, un jeune homme Kashmiri, avec qui nous avons sympathisé, nous a expliqué qu’il est exilé ici par ses parents. Pour l’argent. Il vend 10 mois l’année des vêtements pour touristes. Il est seul et malheureux. Son village et sa famille au Cashmere lui manquent. Il ne se plaît pas ici en bord de mer, il ne sait même pas nager. Mais il doit rester, pour travailler, on ne lui laisse pas le choix.
Une rue plus bas, un vieil homme, retraité de Dubaï, vient s’asseoir tous les matins, face à la mer, aux aurores, pour boire un chaï. J’ai discuté un matin avec lui, devant un saisissant et inoubliable levé de soleil. Nous sommes restés ensemble quelques heures. Il m’a expliqué comment et combien il s’est attaché aux pêcheurs tamouls de ce coin du monde, ces pêcheurs violement secoués par les brutaux afflux d’argent étranger. Il a acheté un filet de pêche à un des frères pêcheurs du libraire en herbe, un filet solide, un de ceux qui durent 10 ans. Ce vieil homme essaie d’aider, comme il le peut. Il espère que tout s’apaisera un jour. Pourtant il sait que cela sera long, il ne le verra probablement pas. Quinze jours plus tôt, des pêcheurs ont refusé de payer le racket hebdomadaire, leur bateau a été incendié. Le vieil homme a continué de regarder la mer, ses cheveux argentés encadrant son sourire gentil et sa jolie espérance.
Et quoi dire de ce gamin de 13 ans, magnifique gypsi aux yeux de femme, resté une après-midi avec nous ? Nous nous sommes baignés ensemble, en jouant, dans les eaux chaudes du golfe du Bengale. Il a dégusté en notre compagnie un poulet au curry, ses beaux yeux intensément reconnaissants. Il a expliqué son « travail », la vente de colliers fabriqués par sa mère et les autres mamans, vendus aux touristes, sur la plage, encore. Il donne l’argent tous les soirs à son père, ce propriétaire prospère de belles maisons qui sait comment habiller salement ses enfants et les jeunes femmes pour aviver la pitié des occidentaux et leur générosité culpabilisée. Il était beau ce gamin, magnifique, une beauté rehaussée d’une subtile intelligence. L’avenir m’interroge. Il a fini cette journée, déjà passée, « heureux », comme il nous l’a dit, les yeux pleins de reconnaissance et les cheveux pleins de sable.
Nous aussi.
Quatre jours à Mamallapuram.
Déjà.
Nous repartons. Nous serions bien restés, pour discuter encore, parler de nos mondes et de nos espoirs, mais Pondichéry nous attend. Même si cette vieille colonie française a tout son temps. Mais nous nous ne l’avons pas, tout le temps. Il ne nous reste que 3 semaines. Quelle très très étrange pensée : il ne nous reste que 3 semaines. Pour toucher à l’essence de ce coin de bout du monde.
Impossible.
Pourtant le temps nous aide un peu, il s’est dilaté. Comme nos pupilles. Mais nos têtes n’ont pas fini de tourner. Il ne semble pas qu’elles soient prêtes à arrêter…
11 juillet 2010
Episode 2 : Fatigue, claque et volupté
Arriver dans un pays très différent du sien est épuisant. Enfin, cela dépend surtout de la façon dont on voyage. Disons que si l’on débarque sans aucune notion de la langue, aucun programme, aucune réservation d’hôtel, ni de billet de train, zéro notion géographique ni culturelle, pas de repère d’aucune nature, là oui c’est fatiguant. Mais c’est également fantastique, cela revient à marcher les mains ouvertes, à ramasser tout ce qui vient, accepter une aventure où toute rencontre ouvre ou ferme une porte. Et après deux jours en Inde, on nous a ouvert et fermé beaucoup de portes, déjà, avec une constante douceur et une violence érodée.
Arrivés à Bombay, nous avons opté pour un nouvel avion direction Chennaï, Grosse ville du Sud Est de l’Inde, à 1000kms. Nous avons acheté un billet d’avion directement à l’aéroport, ce qui fut tout un poème. Trouver l’ascenseur pour changer d’étage fut en soi un voyage. Les couloirs un peu éloignés, où jamais aucun ou presque touristes ne va, ne ressemblent déjà plus à rien de connu… Pour un habitué de l’Inde, c’est une pichenaude, pour nous ce fut au moins une grosse tape derrière la tête. Sans parler des militaires qui gardent férocement les entrées et vous en interdisent l’accès parce qu’ils n’ont jamais vu des billets comme ceux que vous avez acheté directement au comptoir…
Dans l’avion. Nous attendons le décollage. Il est 2h00 du matin, l’avion a plus de deux heures de retard lorsque un stewart indien, avenant et très beau, vient nous voir et nous explique que nos billets ont été vendus deux fois par erreur (les places 10B et 10C) avant de nous inviter à faire le voyage en première classe et de s’excuser platement pour le retard entraîné. Et l’avion d’enfin décoller.
On vous ferme une porte, on vous ouvre une porte.
Chennaï. Enfin. Trois avions, au moins 30 heures de voyage, première minute en dehors d’un aéroport… Nous sommes peut-être épuisés, l’esprit embrumé et le corps sensible, mais nous découvrons les premiers mètres de l’Inde. Alors bien sûr, la sortie dans sa jungle tropicale et humide, aux aurores, peut avoir l’air de rien. Tout au plus une anecdote. Mais ce fut prodigieux. La nuit, les voitures partout, les indiens partout, l’accent chantant, les cris d’oiseaux étranges, les propositions spontanées de nous aider, les trottoirs défoncés… Les passants semblent plutôt contents de voir deux occidentaux prendre le train pour le centre-ville, comme eux, plutôt que d’embarquer vite dans un taxi prépayé parce que l’on ne sait jamais. Et nous nous étions aux anges. Silencieux. Presque recueillis.
Le train nous a accueilli toutes portes ouvertes. Un modèle type vieille Micheline, chromé, du moins qui a dû l’être il y a des années. Ce train aussi fut une longue poésie. Les voyageurs, un joueur de flute aveugle, les sièges en métal et bois, nos cheveux aux vents et le paysage ragaillardi. Têtes dehors, l’Inde se laissait approcher sans résistance.
Puis, avec le soleil levant, le tourbillon de couleurs, de visages, de végétation luxuriante, tout semble piquant et sucré, rien ne semble durer. A peine si l’on croit qu’une seule chose soit bel et bien née.
La majorité des routes sont défoncées, la vie court partout, l’erreur, l’imparfait, la sensualité, les lignes courbes et affables. Quand elles existent, les maisons sont inégales, bigarrées. Les trottoirs sont rares. Il y a des motos, des Tuk Tuk jaune, sorte de moto trois roues avec compartiments pour passagers, des voitures, des vélos partout. Il y a des choses jamais vues partout.
D’ailleurs, je ne vois plus rien. Les yeux trop pleins, les oreilles remplies, les idées intenses, la tête qui tourne… L’Inde c’est ça ? Les yeux pleins et la tête qui tourne ?
Sans excès de sagesse, nous allons tout de même attendre quelques jours pour tirer une première conclusion. On ne comprend rien à ce qui nous entoure. Pris entre la carte postale, le déjà vu des reportages télé et la réalité, les sensations se mélangent et s’annulent presque. Pas encore remis de la claque, pas encore plongés dans le présent. Mais une impression tenace subsiste : plusieurs vies ne suffiraient pas pour conclure quoi que ce soit ici. Tout ce que l’on croit ressentir, c’est qu’il est impératif de ralentir le rythme autant qu’on le peut. Si l’on veut se donner une petite, toute petite chance de sentir un peu de cette odeur de millénaire qui flotte dans l’air humide.
Pour l’instant, il s’agit de se remettre de la claque. De la chaleur. Des sourires. Des regards.
Des regards…
8 juillet 2010
Episode 1 : Départ saoudien
Hey fellas,
Nous y sommes.
Depuis le temps que j’ai envie d’écrire une chronique de voyage dans ces carnets de vie, il n’est jamais trop tard. Qu’est-ce que 2 ans et demi pour se lancer ? Un exercice pour se décomplexer.
Donc nous y sommes. Un sac de 4,1kg et de l’eau d’Issey Miyake sur les poignets et en voiture les enfants. Enfin, en avion.
Saudi Arabian Airlines, cela ne s’invente pas. Majoritairement des stewarts MAIS il y a UNE hôtesse de l’air. Je la regarde. Elle porte un air froid, un foulard sur la tête et ses jambes restent invisibles. Elle n’est pas indigne, juste un argument commercial. A l’instar du film d’ailleurs qu’ils passent sur les écrans. Film américain, actrices américaines : tous les décolletés et les morceaux de jambes sont floutés. Pas indigne, juste commercial. Les quelques femmes qui se sont regardées interloquées dans l’avion sont toutes Françaises.
Nous faisons une escale à Riyad en Arabie Saoudite dans deux heures. Puis direction Mumbaï. On ne dit plus Bombay mais Mumbaï, comme on ne dit plus Pékin mais Beijin. Une odeur de déclin occidental et de montée des pays autrefois occupés ? C’est probable. C’est certain. La réappropriation toute capitalistique et culturelle du nom en est un indice plutôt fiable. Curieuse de voir ça. Extraordinairement curieuse de voir ça.
Derrière notre rang, une femme intégralement voilée. Passé le premier choc, parce que oui cela me choque, et cela me choque même beaucoup, je ne fais plus attention à elles. Elles au pluriel parce qu’elles sont plusieurs dans cet avion. Première fois de toute ma vie que je me trouve en proximité de tant de femmes intégralement voilées. Autant de paires d’yeux qui me fixent quand je passe entre les sièges pour me dégourdir les jambes. Au demeurant suffisamment jolies pour que je les montre au moins un peu.
Je n’aurais pas supporté de m’asseoir à côté de l’une de ces femmes. Cela m’angoissait réellement au moment de l’embarquement. Surtout que comme d’habitude, parce que ce genre de choses arrive toujours avec moi, nous fûmes illustrés parmi le flot de voyageurs anonymes : « Ah ! C’est vous ! Il y a eu un petit problème, nous avons dû vous déplacer, etc, etc… »
J’angoissais donc de me trouver assise à côté de l’un de ces femmes. Je crois que je n’aurais pas pu faire autrement que de demander à être changée de place. En m’excusant auprès d’elle. Auprès du monde entier (je suis Française, les Français n’assument rien). Parce que je n’aurais jamais pu faire comme si tout est normal. Jamais. Me cantonner dans une attitude de normalité s’associerait à une acceptation tacite, silencieuse. Un Why not, je comprends… Je respecte.
Mais non. Je ne comprends pas. Et je ne respecte pas.

Decollage imminent de Riyad vers Bombay, entoures par le desert. Juillet 2010. Photo E.S.Claes
Je déteste le monde qui voile les femmes et qui se paie le luxe de leur acheter un téléphone portable dernier cri tout en criant au scandale à la première critique. Non, je ne comprends pas, et je ne respecte pas. Mais enfin, cette femme voilée est assise derrière notre rang, je ne la vois pas, cela me suffit pour aujourd’hui. Et puis sa petite fille de six ans n’arrête pas de donner des coups de pieds dans mon siège. Pour mon plus grand plaisir. Donne des coups de pieds petite chérie, n’arrête jamais.
Et l’Inde ?
Etrange continent étranger. Nous y serons demain matin. L’Inde est un mystère encore lointain. Quant au dépaysement, s’il a été moins prude, il ne s’est pas fait attendre.
15 juin 2010
Show me your genitals
Le garçon, un certain Jon Lajoie, a mis en ligne quelques 23 clips vidéos “maison” et frôle les 250 millions de visionnages.
Voilà pour idée.
25 avril 2010
Les métis juifs
On n’en parle jamais des métis juifs. On parle beaucoup des Juifs, mais jamais des métis juifs. Même les métis juifs ne parlent jamais des métis juifs.
C’est quoi un métis juif ? C’est très simple, cela ne peut être qu’une chose : un enfant né d’une mère non juive et d’un père juif.
Pourquoi un métis ? Parce que l’enfant n’est pas Juif, étant donné que la judaïté est “donnée” par la mère [2], MAIS il est métis parce qu’il hérite de la culture juive par le père, sans parler de l’incontestable héritage sanguin. Une moitié de judaïté sanguine est assurée, on ne peut pas contester cette hérédité. Ajoutez à cela l’héritage du nom. Et vous vous retrouvez avec un Samuel Cohen ou une Myriam Rosenberg non juifs.
Mère non juive
+ culture juive
+ hérédité juive
+ nom de famille juif
= Juif non Juif, un métis juif.
C’est con tout de même. Au bout du compte, l’enfant se retrouve Juif sans être Juif, il a donc les mêmes emmerdes que les “vrais” Juifs auxquelles s’ajoutent les traditionnelles emmerdes de tous les métis du monde : le rejet des deux communautés.
Antisémitisme occasionnel
+ rejet par la communauté juive
+ rejet par la communauté non juive (de la mère)
+ quête d’identité propre aux métis
= Emmerdes des métis juifs
Un métis juif est considéré comme non juif par tous les Juifs mais comme Juif par le reste de l’humanité. En chiffre, le rapport est assez vertigineux. Le métis Juif est considéré comme non Juif par un peu moins de 15 millions d’humains (les Juifs) et comme Juif par plus de 6,8 milliards d’humains [1] (tous les autres). Dans le genre métissage pas évident, il existe moins radical.
La question des métis juifs, jamais appelés comme ça d’ailleurs, mais plutôt “les enfants de l’intégration“, ou “les enfants issus d’union mixte“, etc… ce qui n’est pas très parlant parce que dans le genre intégration on fait mieux, est épineuse. Extrêmement controversée même. Les rabbins ne l’aiment pas beaucoup cette question des enfants à sang juif métissé. La population juive peine à garder sa culture ? Le nombre de juifs inquiète par son insuffisance ? La réponse est simple : les Juifs vrais Juifs doivent faire des enfants.
Valà.
Et les métis Juifs ? Un jour intégrés de fait ? Quand Israël manquera de Juifs de culture juive ? Tendance laïque ? Tendance ashkenaze même ? Parce qu’il n’y a plus beaucoup ? Parce que tout ça ?
Du jour au lendemain, les métis Juifs pleinement Juifs, quelque chose du genre vous voyez. C’est que l’on pourrait avoir besoin d’eux, un de ces quatre.
Jeez.
[1] Population mondiale au mois d’avril 2010.
[2] Qui est juif ? sur Wikipédia.
20 avril 2010
Mon rendez-vous avec Jacques Chirac
Ce matin j’ai rendez-vous avec Jacques Chirac. Ce tête à tête est réitéré tous les matins depuis une petite semaine. Bien obligé de reconnaître que c’est bien agréable.
Je nous sers un café, du raisin frais, un peu de pain de seigle (il aime bien), nous nous installons confortablement et il raconte. Entre formules chocs, souvent jouissives pour le lecteur, pudeurs avouées et parfois malmenées, comme dans ses rapports avec Valéry Giscard D’Estaing, ses mémoires sont tout à fait plaisantes à lire.
Néanmoins, monsieur Chirac parle de tout mais ne livre pas grand chose. C’est que l’on sait déjà beaucoup de choses sur lui, difficile dans ces conditions de dévoiler quelque chose de vraiment nouveau. Sa vie c’est la politique et cela se trouve être très médiatisé. Le temps a entraîné l’homme et son agenda dans sa ronde déformée (pour ne pas dire réformée). Cela peut se comprendre.
Néanmoins, on ne peut s’empêcher de croire que Jacques Chirac a décidé que ses élans et ses espoirs, à part ceux de sa jeunesse, qu’il partage avec tendresse et abandon, ne méritent pas d’être racontés. A peine s’il confesse un éclat de ses rêves rationnalisés. Il tait sa vie bien remplie, celle “d’à côté”, les ressentis, les rencontres d’amitié, les aventures humaines, les échecs et réussites personnelles, tout ça quoi. Jacques Chirac doit penser que ces petits choses n’ont décidément pas d’intérêt.
Il le pense c’est certain. Et c’est bien dommage. Pas que l’on veuille connaître les détails croustillants, ce sont tous les mêmes et on s’en fout. Non, c’est juste que l’on voudrait connaître le véritable humain qui se cache derrière le bureau, derrière les réflexes de formalisation synthétisée contractés avec les années de métier. En fait, on adorerait lire des conseils de vie, le pourquoi du comment de ses choix intimes, qu’il éclaire un peu notre quotidien, nos doutes, nos questions, avec ses lumières bien à lui.
Mais bon. Cela reste très agréable à lire. Il distille. On prend ce qu’il donne. Cette retenue naturelle, c’est un peu ce qui le caractérise après tout. Cet équilibre savant entre don de soi, prédation, complaisance, cœur, égoïsme, luxe, dialogue et fermeté. Le propre d’un bon homme politique finalement. En cela, c’est un beau présent.
Mais quand même, pour le deuxième tome de ses mémoires, ça serait teeeeellement enrichissant qu’il se détache de son aventure politique… On a du mal à croire que sa vie ne se résume qu’à cela. Politique et politique. Une succession de dates historiques, de rapports ministériels, d’actions gouvernementales, de priorités nationales et de je m’efface derrière la fonction.
Si c’est possible, Monsieur Chirac, arrêtez la politique, lâchez prise, livrez-nous des mémoires dépouillées, excentrées, recentrées, pourquoi pas ?
Parler de vous, en somme, ça serait tellement plus… fort.
Promis, promis, cela n’aurait rien de vulgaire. Cela ne serait qu’un peu plus populaire. Cela deviendrait éternel.
Alors ? C’est oui ?
Prenez le temps de réfléchir, vous me direz ça demain.
























