
Bateau appelé Bébé collé à papa Bateau Saint George, port de Dieppe, photo E.S.Claës
Une ancienne affiche de publicité pour le casino de Dieppe finit ainsi : le casino de Dieppe est sans concurrent !
Quelque chose dans le genre.
Et bien Dieppe a récemment été sans concurrent !
La 40ème Foire du hareng et de la coquille (Saint Jacques essentiellement) vient de se terminer à Dieppe. Outre le fait qu’elle attire toujours de nombreux visiteurs, la foire a cette année envoyé ses records d’affluence aux oubliettes, elle a attiré plus de 100 000 visiteurs en deux jours (les 14 et 15 novembre 2009).
Malgré le temps versatile, du vent et de la pluie en fin de journée, les promeneurs se pressaient pour commander un hareng grillé, parfois mariné, souvent accompagné d’un verre de vin blanc.
C’est une pure réjouissance de manger un hareng grillé sous vos yeux, les narines pleines d’une odeur délicieuse : contrairement à ce qu’on l’entend souvent, le hareng ne sent pas mauvais quand il est grillé ! Rajoutons que cela est d’autant plus réjouissant quand il coûte 1€.
Pour un parisien, c’est un voyage.
Le hareng est appelé « le poisson roi » dans le coin, un coin adorable au demeurant. Cela explique en partie l’afflux exceptionnel de cette foire 2009. Dieppe est vraiment une jolie ville. Et son histoire est fascinante. Dieppe a pendant des siècles été un des ports de prédilection du hareng, poisson recherché, ces harengs qui ont poussé le grand cuisinier François Vatel au suicide parce qu’ils n’arrivaient pas.

Pèse hareng. Le prix du hareng chute à moins de 40 centimes si vous ne le faites pas griller. Oh bonheur. Photo E.S.Claës
Lors de cette foire, ils sont à l’honneur, c’est le moins que l’on puisse dire. On s’amuse à les voir partout, chaque gobe-hareng faisant ses emplettes, comme dans les grands magasins de New York.
Cette flânerie touristique a quelque chose de désuet et de formidablement détendant.
Et c’est quelque chose d’être détendu devant une tractation savante de hareng frais.
Les harengs grillent partout. Les badauds continuent de s’amasser par milliers, la ronde est insatiable.
Les grilleurs de harengs sont la majorité du temps des hommes. Le plus souvent charmants, presque charmeurs, ils ont le sourire et le teint hâlé.
On fête aussi les travailleurs de la mer. C’est évident.

Charmants et même fashion grilleurs de harengs, photo E.SClaës
Passé les gentilles œillades, tout en se régalant le hareng chaud dans la main, parce que franchement on se régale, on visite un peu la ville.
On se souvient de l’histoire médiévale de la ville, de sa puissance maritime sous François Ier, de sa manufacture des tabacs, de l’extraordinaire engouement des riches vacanciers des XIX et XXème siècles pour cette ville côtière, de la controversée Opération Jubilee de 1942, on se souvient enfin de l’historique victoire de l’UMP emportant les élections contre le parti communiste en 2001.
Histoire de rendre la chose plus invraisemblable encore, la révolution politique fut de courte durée, les élections furent perdues par l’UMP en 2008 au profit d’un PC ragaillardi.
D’aucuns doivent penser que c’est là une des indubitables raisons du succès de la foire du hareng.
Une autre raison est une réflexion écologique dans l’air du temps : les dégâts inconsidérés de la consommation de viande sur la santé de la planète.
En venant à Dieppe, en revenant, en rerevenant, on (re)découvre les bienfaits extraordinaires du hareng, ses oméga 3 en abondance, ses nutriments insolents et ses incontestables propriétés bénéfiques sur nos santés paniquées.
Et cela aussi, c’est réjouissant.
Vivement l’année prochaine.

Site touristique dieppois, après le château médiéval. Photo E.S.Claës

Bon, maintenant, cela devient drôle quand vous sortez avec les pupilles spectaculairement dilatées suite à l’injection de gouttes piquantes dans les yeux et l’effet qu’a eu cet entretien ahurissant sur votre état ahuri. Dehors il fait beau, vous êtes ébloui, comme jamais, presque aveugle à vrai dire.








